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Friday, November 6, 2026

Fady Dagher, homme sous pression

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Le Service de police de la Ville de Montréal vit une année 2026 tout à fait bizarre, à la fois exceptionnelle et catastrophique.

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Exceptionnelle : les statistiques révélées récemment sur les indicateurs du crime en 2025 sont à plusieurs égards encourageantes. Les taux de résolution de meurtres ont été élevés, les fusillades de gangs sont en baisse.

Ajoutez à ça la réponse héroïque des agents dépêchés dans Côte-des-Neiges fin juin pour y confronter un tireur fou : le SPVM sait répondre avec courage et sang-froid quand une menace semblable éclate.

Mais 2026 est aussi une annus horribilis, pour reprendre les mots de la reine Élisabeth II dans son discours de la fin de l’année 1992, qui fut calamiteuse pour sa famille, éclaboussée par plusieurs scandales.

La « famille » SPVM a également été éclaboussée, cette année : depuis juin, trois affaires hautement médiatisées ont ébranlé la confiance du public.

En juin, 16 policiers du poste 39 suspendus, déplacés ou réaffectés, dans Montréal-Nord, sur fond de traitement raciste de suspects noirs arrêtés par des agents.

En octobre, on apprenait qu’un agent du poste 21, au centre-ville, avait été suspendu, sur des soupçons d’avoir uriné sur le matelas d’un sans-abri. Un de ses collègues du 21 l’a été, lui, pour d’autres actes racistes présumés.

Fin octobre, nouvelle bourde dans le 39 : un agent aurait effacé de la preuve soumise par une plaignante de violence conjugale.

Dans les trois cas de dérapages présumés – parce que rien n’a été prouvé en arbitrage, en discipline ou devant une cour de justice –, des groupes qui ont des griefs historiques face à la police sont en cause.

Un, les populations noires qui vivent leur part de déboires avec la police, sur fond de profilage racial. Deux, les sans-abri, souvent dans des interactions tendues avec la police. Trois, les femmes au sens large, qui ont aussi des griefs historiques face à la police dans le traitement des agressions sexuelles et de la violence conjugale.

D’où ce coup de tonnerre, lundi : le directeur du SPVM a annoncé le congédiement de sept policiers dans la foulée de ces trois affaires, des congédiements dits « administratifs ».

Fady Dagher a juré ses grands dieux n’avoir cédé à aucune pression pour donner le feu vert à ces congédiements…

Mais c’est difficile à croire, vu la pression publique et politique.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Foule manifestant devant le poste de quartier 39, dans l’arrondissement de Montréal-Nord, pour dénoncer des gestes racistes allégués qui auraient été commis par des agents du SPVM, en juin dernier

Pression publique : le SPVM a été la cible de manifs bruyantes à la suite de ces affaires, au centre-ville et à Montréal-Nord. Les policiers du terrain se font remettre ces dérapages sur le nez lors d’interventions de routine. Ces critiques remontent bien sûr jusqu’au bureau de la direction.

Pression politique : Québec solidaire réclame une enquête publique, la cheffe de l’opposition à l’hôtel de ville, Ericka Alneus, veut questionner Fady Dagher, et la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, n’est pas exactement délirante de chaleur quand elle soutient M. Dagher.

Mais M. Dagher ne ressentirait pas cette pression ?

Il est fait fort…

Il ne faut pas être complotiste pour penser que toute cette pression a poussé Fady Dagher à faire un coup d’éclat, sous la forme d’un congédiement massif.

Mais ce coup d’éclat pourrait se retourner contre le SPVM : comme employeur, le « Service » a court-circuité les procédures habituelles et normales pour congédier ces sept policiers.

Les sept agents n’ont pas été invités à livrer leur version des faits et, dans leur lettre de congédiement, il n’y a nulle mention de ce qui leur est reproché. Pour utiliser une autre locution latine popularisée par Bernard Landry : audi alteram partem, écoute l’autre partie…

Ajoutez à cela que Fady Dagher a parlé de « venger » les citoyens lésés et un arbitre du travail pourrait conclure que – nonobstant ce qui leur est reproché – les policiers congédiés ne l’ont pas été dans les règles de l’art.

Est-ce que le SPVM, en tant qu’employeur, pourrait alors être forcé de réintégrer ces sept policiers congédiés ?

La question se pose.

J’ai dénoncé dans le passé la propension de certains syndicats à défendre l’indéfendable. La Fraternité des policiers et policières de Montréal a annoncé qu’elle allait contester le congédiement administratif de ces sept policiers.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francœur

En entrevue, le président, Yves Francœur, m’a dit que la contestation vise la manière choisie par le SPVM pour congédier les sept policiers, pour éviter de créer une nouvelle façon de congédier ses membres.

Sur le fond, s’il est prouvé que des policiers ont méprisé des suspects noirs et un sans-abri et lésé une femme voulant porter plainte pour violence conjugale, Yves Francœur a été clair : ceux-là n’auront pas l’appui du syndicat policier parce que les gestes n’ont aucun lien avec le travail attendu d’un policier.

Défendre un policier qui est la cible de sanctions dans le cadre d’un geste policier normal, mais qui a dérapé : oui. Défendre un policier-barbier qui coupe des dreadlocks ou pisse sur la seule possession d’un itinérant : non.

Je ne pense pas qu’ici, la Fraternité défend l’indéfendable. Elle défend le principe que les congédiements doivent suivre un cours normal.

Peut-être que le SPVM sait que le syndicat a raison et que, vu le climat, vu la preuve connue du Service, congédier sept policiers « administrativement » enverrait un signal fort…

Quitte à devoir marcher sur la peinture en les réembauchant, sur ordre d’un arbitre.

Mais pour Fady Dagher, les périls réels ne sont pas dans les avocasseries ni dans le spectre d’une réintégration forcée.

Ils sont dans ce fait têtu : trois évènements allégués de mépris racial et social en moins de cinq mois, c’est… beaucoup.

Le chef ne contrôle évidemment pas les gestes et paroles de ses 4600 policiers et il est injuste de lui attribuer le blâme pour les dérapages individuels des uns et des autres.

Mais une autre dégueulasserie du genre pourrait pousser le politique au sens large – la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec, qui nomme le chef du SPVM – à se demander s’il est toujours l’homme de la situation.

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