Qu’est-ce que la défaite du camp de Trump changera à ses tarifs? Peut-être rien.
La sévère défaite de Donald Trump aux élections de mi-mandat pourrait bien ne pas être suffisante pour le forcer à changer de cap en matière commerciale. En fait, ce sera peut-être même le contraire.
C’est une gifle que les électeurs américains ont servie à leur président et à sa majorité républicaine au Congrès lors des élections de mi-mandat mardi. Non seulement Donald Trump a-t-il perdu le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, mais ses représentants ont mordu la poussière dans de nombreux châteaux forts du Parti républicain, comme le Texas, la Caroline du Sud et le Kansas.
À en croire les sondages, le verdict des Américains s’est notamment basé sur leur colère contre un président qui a aggravé plutôt que réduit la hausse du coût de la vie qui les accable, notamment en déclenchant une flambée des prix de l’essence avec sa guerre contre l’Iran, en augmentant le coût de l’assurance maladie publique, en réduisant l’aide financière offerte aux ménages les plus modestes et en multipliant les tarifs commerciaux sur les importations.
Sur ce dernier front, le risque est grand que les Américains ne voient pas de grands changements, du moins pour les deux dernières années de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Même si sa politique commerciale a fait l’objet de multiples attaques de la part du camp démocrate tout au long de la campagne électorale et que le sujet spécifique de la guerre des mots et des tarifs contre le Canada est même devenu un improbable enjeu électoral dans certains États limitrophes, comme le Maine et le Michigan, « il est trop tôt pour annoncer les funérailles des tarifs américains », disait déjà, la semaine dernière, le chroniqueur du Financial Times, Alan Beattie.
Modérer ses attentes
C’est que, s’il est relativement facile, pour un géant comme les États-Unis, d’imposer de nouveaux tarifs douaniers, l’expérience a montré qu’on a ensuite beaucoup plus de mal à s’en débarrasser, peu importe le parti au pouvoir, a observé dans le Globe and Mail Bradley Saunders, un économiste pour la firme d’analyse Capital Economics.
Le protectionnisme a des racines profondes au Parti démocrate, a rappelé l’analyste.
Candidat pressenti à l’investiture présidentielle, le gouverneur démocrate sortant de la Californie, Gavin Newsom, a promis de mettre fin au manque de respect à l’égard du Canada s’il entre à la Maison-Blanche en 2029. Mais cela signifierait-il une levée des tarifs ? « Je ne peux pas le garantir », a-t-il répondu.
L’élu de New York et chef du camp démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, a bien promis d’abolir des tarifs de Trump. Mais il n’a pas dit lesquels ni comment, a observé, la semaine dernière, le chroniqueur du Wall Street Journal Grep Ip. Il se peut qu’une telle abolition devienne difficile à Washington à mesure que les industries américaines s’habitueront à leur protection, que les promesses d’investissement de compagnies étrangères se concrétiseront et que les élus s’attacheront aux 200 milliards de revenus annuels qu’ils rapportent.
Et même si la nouvelle majorité démocrate au Congrès voulait abolir les tarifs de Trump, il est peu probable qu’elle y parvienne tant qu’il est à la Maison-Blanche, expliquait la semaine dernière Alan Wolff du centre de recherche Peterson Institute for International Economics à Washington.
Recourant, depuis le début, à son pouvoir de décret plutôt qu’à un processus législatif plus fastidieux au Congrès, le président dispose, en la matière, non seulement d’une grande marge de manœuvre politique, mais a démontré aussi une remarquable créativité et capacité d’adaptation toutes les fois que les tribunaux, notamment, ont remis en cause les fondements de ses tarifs.
« Rien n’indique que Trump cessera d’imposer tous les tarifs qu’il voudra, quoiqu’en pense le Congrès », disait l’expert.
Une nouvelle escalade commerciale ?
On peut même craindre que le président républicain voie ses guerres commerciales comme une façon de détourner l’attention, notamment lorsque les démocrates au Congrès lanceront différentes enquêtes de corruption et de favoritisme contre son administration, pense Ryan Hass, un politologue au Brookings Institution.
C’est aussi la crainte de Richard Ouellet, professeur de droit commercial international et titulaire de la Chaire sur les nouveaux enjeux de la mondialisation économique à l’Université Laval. Comme le pouvoir du Congrès sur le budget va contraindre Donald Trump en matière de politique intérieure, et peut-être même aussi en matière de défense, la politique commerciale pourrait être l’un des derniers terrains de jeu qui lui restera, a dit l’expert en entrevue au Devoir.
« Décidera-t-il de mettre la pédale douce dans l’intérêt de son parti aux prochaines élections présidentielles ? Voudra-t-il, au contraire, se faire plaisir et montrer toute la force qu’il dispose sur la scène internationale ? On verra. Avec Trump, il peut toujours arriver n’importe quoi, n’importe quand. »
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