Relocaliser des reptiles et des amphibiens est souvent voué à l’échec
Le déplacement d’amphibiens et de reptiles lors de projets de construction n’aboutit que rarement à des succès de conservation à long terme, selon une étude menée par l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) sur trois continents.
Relocaliser des tortues, des serpents ou des rainettes faux-grillons vers d’autres habitats pour les protéger, que ce soit dans le cadre de projets autoroutiers, résidentiels ou industriels, se solde souvent par des échecs.
Les chercheurs de la UBC ont analysé 313 cas de translocation à travers le monde entre 2007 et 2023, qu’ils ont séparé en deux catégories : la translocation d’atténuation et la translocation axée sur la conservation.
Des résultats différents selon le type de translocation
Les chercheurs définissent la translocation axée sur la conservation comme un déplacement soigneusement planifié d’espèces sauvages dans le but direct de secourir ou de rétablir une population. Par exemple, lorsqu’on souhaite réintroduire une espèce en déclin dans une réserve protégée.
De son côté, la translocation d’atténuation est définie comme une démarche menée principalement pour répondre à la destruction ou à l’altération d’habitats causée par des projets de développement humain.
Or, l’étude publiée dans la revue Conservation Biology souligne un écart important entre les taux de succès des deux types de relocalisation.
À peine 6 % des translocations d’atténuation, donc celles liées au développement, ont entraîné une croissance démographique de l’espèce, et aucune n’a atteint le seuil de réussite ultime, soit l’établissement d’une population autonome, capable de survivre et de se reproduire sans intervention.
En comparaison, 19 % des translocations à des fins de conservation affichaient une croissance démographique ou un potentiel de survie à long terme.
« Nos résultats soulèvent des questions quant au recours fréquent à la translocation pour pallier la perte d’habitat causée par les activités humaines », a expliqué Megan Winand, auteure principale de l’étude et directrice du Laboratoire des décisions en matière de conservation à l’Université de Colombie-Britannique.
« Notre analyse met en évidence que le simple fait de déplacer ces espèces loin d’un chantier ne garantit ni leur survie dans leur nouvel environnement ni le rétablissement de leur population », a ajouté la chercheuse dans un communiqué qui accompagne la publication de l’étude.
Une rigueur différente selon le type de translocation
En examinant les facteurs qui influencent le succès des translocations d’amphibiens et de reptiles, les chercheurs ont identifié deux pratiques déterminantes : la suppression des menaces avant le déplacement des animaux et un suivi prolongé après leur remise en liberté.
Ces deux mesures sont plus fréquemment intégrées dans les projets de conservation, contrairement aux relocalisations liées au développement, qui s’avèrent moins rigoureuses.
« Sans un suivi adéquat, nous ne saurons pas si les animaux survivent dans leur nouvel environnement, se reproduisent ou établissent une population viable à long terme », a écrit Megan Winand.
« Les animaux relocalisés peuvent également quitter les sites où ils sont relocalisés, rencontrer de nouvelles menaces ou faire face à des conditions d’habitat difficiles. »
Selon les auteurs de l’étude, lorsque les translocations d’atténuation s’avèrent inévitables, elles devraient être soumises à la même rigueur scientifique, à la même planification et aux mêmes exigences de suivi à long terme que les translocations axées sur la conservation.
Ils soutiennent aussi que les résultats de l’étude renforcent leurs inquiétudes quant au recours à la translocation d’atténuation pour compenser la destruction d’habitats causée par des projets industriels.
Pour les auteurs, déplacer des animaux ne devrait pas servir d’alibi à la destruction d’habitats : la vraie priorité devrait être la protection et la restauration des milieux naturels dont la faune a besoin pour survivre.
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