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Tuesday, November 3, 2026

L’OM et la «Symphonie du vivant», le leurre de la symbiose

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L’Orchestre Métropolitain (OM), sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, présentait dimanche à la Maison symphonique Symphonie du vivant, ambition de « symphonie imagée », ou projet ciné-concert, dont l’objet visuel n’est pas un film comme Le seigneur des anneaux ou La guerre des étoiles, mais un documentaire animalier de Marie-Julie Dallaire. Le projet se réclame de la symbiose, mais à l’épreuve des faits, on la cherche.

Si l’énoncé du sujet paraît complexe, c’est parce que le sujet l’est et que toutes les définitions, questions sémantiques, balises et valeurs demandent à être cadrées. Le projet Symphonie du vivant implique nombre de partenaires, dont TV5+ et le festival Cinemania. Le film de Marie-Julie Dallaire qui habille le projet ne s’intitule pas Symphonie du vivant, mais Murmures, et sera présenté officiellement en première à Cinemania le 12 novembre. Il sortira au cinéma le 13 novembre partout au Québec. Dans la trame sonore du film, l’OM est dirigé par Simon Rivard.

Références

Cette trame sonore est signée par Anaïs Larocque, qui, dans les notes de programme, professe une « admiration pour Jóhann Jóhannsson, Viktor Orri Árnason et Ólafur Arnalds » ainsi qu’un « respect pour Max Richter et Thomas Newman ». Mais — et c’est là qu’on entre dans une autre forme de modernité — la Symphonie du vivant est l’œuvre d’une créatrice qui a besoin d’un orchestrateur (François Vallières) pour transposer ses (maigres) idées à l’orchestre.

Jadis, on aurait pris pour écrire une symphonie de quelque chose (y compris du vivant, s’il le fallait !) quelqu’un comme Maxime Goulet ou Julien Bilodeau, ou bien d’autres qui savent composer pour orchestre. Cela dit, tant qu’à habiller diversement le tout d’intervalles, de bouts mélodiques de trois à six notes, voire, variante suprême, de quelques formules rythmiques, si tel était le cahier des charges, ces gens-là avaient mieux à faire.

Question film, nous laisserons nos collègues de la section cinéma en parler, mais il convient, dans le cadre de ce concert, de poser la question de la symbiose revendiquée entre musique et images. C’est là que se pose d’abord la question : quelles images ? Des animaux, donc. Mais un film « à mille lieues des documentaires animaliers traditionnels ». Pas de narration, juste la musique. Le débat est donc de déterminer si l’œuvre visuelle atteint une dimension poétique nouvelle par la musique.

Microcosmos. Le peuple de l’herbe n’avait pas besoin de mutisme en 1996 pour être un choc onirique. La musique poétique de Bruno Coulais y contribuait si bien que Coulais a été réengagé par le producteur Jacques Perrin pour son chef-d’œuvre Le peuple migrateur et pour le film Les saisons. Il est vrai que l’absence totale de texte dans Murmures favorise l’exportation, nous y reviendrons.

Nous avons, plus proche du schéma du projet qui nous occupe, le travail de Philip Glass sur Koyaanisqatsi. Life Out of Balance, de Godfrey Reggio, en 1982, deux complices qui se sont retrouvés six ans plus tard pour Powaqqatsi. Glass démontre le bien-fondé de l’idée de « musique anempathique » du théoricien et compositeur Michel Chion, cité par Karol Beffa dans notre récent article « L’érosion qualitative de la musique de film ». La musique anempathique va à l’encontre de ce qu’on voit. Lorsque c’est bien utilisé, c’est très astucieux et efficace.

Exportation

Le son qui alourdit ici les images de Marie-Julie Dallaire (Murmures est un titre étonnant puisque le ramdam sonore les couvre) va imiter une cavalcade texane quand un cheval court, se faire menaçant quand un ours se cache derrière un arbre et convoquer quelques sopranos pour faire « ouh, ouh » quand la caméra se plante pendant une minute face à un chevreuil ou un phoque. Du point de vue de l’orchestre, tant qu’à jouer des choses pareilles, pourquoi ne jamais interpréter la Grand Canyon Suite de Ferde Grofé ? C’est du picturalisme musical efficace, qui n’a besoin ni d’orchestrateur ni d’images.

Alors, symbiose ? Pas vraiment. Pourquoi, sinon, serait-on si heureux d’entendre les vrais sons de la nature pendant les diverses secondes où l’orchestre s’arrête enfin ? Pourquoi est-on aussi frustré de ne pas percevoir le bruit que font les phoques quand un renard approche ? Qu’y a-t-il de plus beau que le chant des baleines ? Certainement pas un solo de clarinette qui vient nous en priver. Dans une relation de commensalisme, la musique tirerait profit de l’interaction avec le film sans lui nuire (cela marche au mieux ici quand la nature ne crée pas de son, lors d’une bataille entre une fourmi et une araignée). Dans le parasitisme, la musique se nourrirait du film. Nous laisserons nos collègues du cinéma trancher (se pose notamment la question du montage du film, et de savoir si la musique l’a influencé — favorablement ou non).

Et si, finalement, il s’agissait de marketing ? La Symphonie du vivant vise de toute évidence, en habillant Murmures, un créneau et un marché : celui des ciné-concerts (le live to projection en Amérique du Nord), qui se développe à la vitesse grand V au sein des saisons symphoniques, jusqu’à représenter de 5 % à 15 % des calendriers. De facto, même son inanité musicale devient une sorte d’atout, un « petit dénominateur commun », qui ne dérange personne et surtout pas le public ciblé, que les majors du disque, Universal en tête, biberonnent désormais avec — devinez qui ? — Viktor Orri Árnason, Ólafur Arnalds et Max Richter.

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