La mer Méditerranée est-elle une poubelle?

Le film documentaire Oxygène montre le travail sans fin de plongeurs engagés à ramasser les tonnes de déchets jetés à la mer dans la région de Marseille. Canettes, plastiques et pneus tapissent les fonds marins et menacent la biodiversité et la beauté des profondeurs.
C’est une poubelle, invisible, sous-marine, insoupçonnée quand on est sur la plage. La mer Méditerranée est une véritable décharge, mais pas à ciel ouvert puisqu'il faut plonger dans les profondeurs pour s'en apercevoir. Le documentaire Oxygène, réalisé par les Marseillais Roxanne Perrot et Ugo Isoard, suit ainsi le travail bénévole de plongeurs apnéistes qui nettoient les fonds marins dans la région de Marseille.
« Je crois que ça m'étonnera toujours de voir des objets qu'on utilise tous les jours et qu'on retrouve dans des endroits qu'on pensait plutôt épargnés », témoigne dans le film l’une ces apnéistes, membre de l’association Oxygène. « Les gens ont vraiment pris l'habitude de balancer des trucs dans l'eau, mais dans l'eau, on ne voit plus rien en fait. Une fois que c'est sous l'eau, c'est sous l'eau. Pas vu, pas pris ! », souligne un autre. « C'est comme si on avait un joyau, quelque chose de, de magnifique. Et là, on vient le salir ».
Deux tonnes de déchets en une semaine
Lors du tournage du documentaire, deux tonnes de déchets ont été remontées à la surface, « un chiffre énorme, évidemment, constate Ugo Isoard, le coréalisateur du film. Le point de départ de ce documentaire, c'était un peu le mythe de Sisyphe. Les déchets reviennent toujours, et on a un peu l'impression que ces gens, ces bénévoles, reviennent chaque semaine et refont un peu les mêmes choses et récupèrent énormément de déchets. En période estivale, une ou deux tonnes, c'est assez commun, mine de rien ».
Ces déchets qui jonchent les fonds de la Méditerranée sont un véritable échantillon de la société de consommation. On y trouve de tout : des pneus, des sacs plastiques, beaucoup de plastique. Les apnéistes ont même retrouvé une voiture et un obus de la Deuxième Guerre mondiale. Mais la pollution la plus visible, c’est celle des canettes, par milliers. « À côté des plages du Prado, donc un endroit où énormément de gens vont se baigner, on met la tête à 4 ou 5 mètres sous l’eau, et ce sont des tapis de cannettes, raconte l'autre réalisatrice d'Oxygène, Roxanne Perrot. C'est vraiment la marque de la société, de la surconsommation de sucre, de sodas, etc. qui se retrouvent dans cet environnement qui n'a rien demandé ».
Un poulpe dans une canette
L'environnement est évidemment la première victime de ces déchets. Vous n'aimeriez pas vivre dans une poubelle ; les plantes et les poissons non plus. « Les apnéistes ne peuvent même plus retirer les déchets quand un poulpe va vivre dans une canette, souligne Roxanne Perrot. Après, ces déchets se désagrègent en des milliers de microparticules de plastique que les poissons mangent, que les êtres humains mangent après. Ce sont des microparticules de plastique qu'il est très compliqué de récupérer dans les océans. C'est une catastrophe écologique, évidemment ».
Les déchets qui peuvent être récupérés sont en revanche parfois difficilement recyclables. « C’est le truc un peu terrible des déchets sous-marins, constate Ugo Isoard. Au bout d'un moment, en fait, s’ils sont trop rongés par le sel, il y a une vraie difficulté à le recycler. Donc c'est un peu la double peine ». Et ça fait de la peine.
« La mer, le poumon de la planète »
Un sentiment d’abattement peut d‘ailleurs envahir le spectateur de ce film où on voit moins de poissons que de déchets. Mais même si le travail de ces éboueurs de la mer peut sembler « une goutte d'eau dans la mer », comme le dit l'un d'entre eux, la force de l'engagement est plus fort que le découragement.
En dévoilant cette poubelle cachée, Oxygène veut nous alerter, nous, simples citoyens (pauvres buveurs de canettes), mais aussi pouvoirs publics et industriels. « Il n'y aura plus de mer. Qu'est-ce qu'on va faire ? La mer, au-delà des poissons, au-delà des beautés, c'est le poumon de la planète », rappelle l’un des héros du film. « Peut-être qu'il faut se rappeler qu'en la protégeant, on se protège nous-mêmes », espère une autre. Les Romains appelaient la Méditerranée Mare nostrum, notre mer à tous. Elle est notre mère aussi, mais ses enfants sont en train de la saccager.
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