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Tuesday, September 22, 2026

Gronde sociale, défiance, vote de la jeunesse: les grands enjeux des élections législatives au Maroc

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Vingt-sept partis politiques vont se disputer les 395 sièges qui garnissent le Parlement marocain, mercredi 23 septembre. Lors des dernières élections, en 2021, une coalition composée du Rassemblement national des indépendants (RNI), du Parti authenticité et modernité (PAM) et de l’Istiqlal, parti royaliste, avait formé une majorité et porté Aziz Akhannouch au poste de Premier ministre. Cinq ans plus tard, le contexte social et économique a fragilisé les partis politiques qui ont tenté de renouer la confiance avec les Marocains en abordant leurs préoccupations.

La grave crise migratoire du côté de l’enclave espagnole de Ceuta, au nord du Maroc, où plus de 70 000 personnes ont tenté de franchir la frontière terrestre et maritime en juillet, a rythmé la courte campagne pour les prochaines législatives. Selon Mehdi Alioua, sociologue à l'université internationale de Rabat, « il n’y a pas vraiment de débat sur les questions migratoires et par extension sur ce qu’il s’est passé à Ceuta ». Selon lui, il existe une « réaffirmation chez certains partis traditionnels de l’attachement pour Ceuta et Melilla. Sur le fond, les promesses électorales se font sur des choses qui ne sont pas complètement développées et chiffrées ».

Si les partis politiques marocains tentent de faire campagne sur des programmes détaillés, le sociologue déplore pour autant leur manque d’identité. « Selon moi, la majeure partie des Marocains ne connaît pas les programmes des partis », avance Mehdi Alioua.

« Les partis politiques sont à court d’idées »

Ajoutez à cela des critiques vives sur la gestion de crises graves, comme lors du séisme de septembre 2023 dans l’ouest et le centre du pays... Trois ans plus tard, plus de 3 000 familles affectées n’ont toujours pas bénéficié de l’aide de l’État, selon les données de la Coordination nationale des victimes du séisme d’Al-Haouz. « Les personnes touchées rejettent le gouvernement, mais plus largement toutes les autorités. D’ailleurs d’autres partis s’en servent pour discréditer la coalition », ajoute Mehdi Alioua.

Les questions dites sociales sont bien présentes dans cette campagne. Mais ce qui prédomine, « c’est la défiance des Marocains vis-à-vis de la classe politique actuelle », qui résulte, selon l’expert, « d’une incapacité de contre-pouvoir de la société civile marocaine, pour que le gouvernement soit à la hauteur des ambitions du peuple ».

Pour Meryem Belhoussine, docteure en science politique, même si les partis partagent les mêmes constats dans leur programme, « ce qu’il manque parfois dans les discours électoraux, c’est l’articulation entre les annonces et les mécanismes de mise en œuvre ».

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Si les questions sociales auraient pu être mieux mises en avant selon Mehdi Alioua, les différents partis en lice axent leur campagne sur des thématiques bien connues : l’éducation, le droit du travail, l’agriculture et la ruralité ou encore le développement territorial. « Les partis politiques sont à court d’idées », pointe le sociologue.

Sèchement battu lors du dernier scrutin, en 2021, le Parti de la justice et du développement, une formation islamiste, encourage le vote sanction et tente de capitaliser sur la fracture sociale actuelle. Si les trois anciennes formations de la coalition, qui ne se ménagent pas lorsqu’il s’agit de dresser un bilan critique concernant leurs anciens partenaires, devraient encore être plébiscitées, le PJD pourrait retrouver une place de premier choix sur l’échiquier politique, le 23 septembre prochain.

« C’est difficile de trancher et savoir qui va gagner ces élections, les trois grands partis sont favoris [PAM, RNI et Istiqlal, NDLR] mais tant que nous n'avons pas de chiffres, il faut rester prudent », précise Meryem Belhoussine. Et d’ajouter : « Je doute qu’une coalition entre ces trois mouvements puisse de nouveau être mise en place. »

Un taux de chômage record chez les 15-24 ans

Comme souvent, la participation des jeunes sera une donnée clé à analyser juste après les élections législatives. Cette année encore, l’abstention prédomine, regrette Mehdi Alioua, qui s’attend à une faible participation, notamment en raison du chômage de masse. « Ces jeunes ne sont pas intégrés dans les rapports de force socio-politiques par le travail, les jeunes s’abstiennent mais ce n’est pas une nouveauté », tempère-t-il.

En chiffres, la tranche des 18-24 ans, qui équivaut à 12 % de la population, ne représente que 3 % des inscrits pour voter. De plus, alors que le Maroc a connu une croissance de près de 5 % en 2025, selon les chiffres publiés par le Haut-commissariat au Plan, le taux de chômage pour les 15-24 ans frôle les 30 % lors du deuxième trimestre 2026.

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Le découragement de la jeunesse marocaine s’explique également par le déclassement d’une partie de la population. « Il y a un Maroc à plusieurs vitesses avec des gens qui sont exclus de la croissance économique. Les partis politiques, s’ils s’adressent à eux, n’ont aucune solution. Pour l’instant, ce qui est sur la table, ce sont des mesures sur l’avenir. Il n’y a pas de plan d’urgence, d’où le rejet de la population », analyse le sociologue.

Ce sentiment s’est matérialisé en septembre 2025 avec le mouvement de la Gen Z, né sur les réseaux sociaux. Parmi les revendications principales des manifestants, un accès digne aux soins de santé, une refonte du système éducatif ainsi que la création d'emplois pour les jeunes. « Le mouvement n’a pas été abordé directement dans la campagne », pointe cependant Meryem Belhoussine, qui précise que certains partis ont tenté d’intégrer des profils issus de ce mouvement dans leur liste. « La Gen Z doit nous inviter à interroger la capacité des partis à renouer le dialogue et à offrir aux jeunes un espace de participation », conclut-elle.

Un renouvellement des pratiques jugé nécessaire

Peu de garanties semblent avoir été obtenues, et les conséquences devraient s’observer dans les urnes, selon Mehdi Alioua. « Ce n’est qu’une observation, mais j’ai le sentiment que c’est la plus grande défiance que je n’ai jamais vue. Avant, les campagnes étaient plus festives et mouvementées. Je crains une abstention record. »

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50,18 % des Marocaines et des Marocains inscrits ont glissé un bulletin dans l’urne lors des dernières élections législatives, un chiffre en hausse par rapport à 2016. Même s’il est difficile d’anticiper la mobilisation du 23 septembre prochain selon Meryem Belhoussine, la population marocaine s’attend à un renouvellement de la classe politique. « C’est devenu une nécessité, le renouvellement est souvent abordé sous l’angle de la féminisation ou l’arrivée de nouveaux profils », explique la docteure en sciences politiques, avant d’ajouter que « la question est plus profonde aujourd’hui parce que l’enjeu c’est aussi le renouvellement des pratiques partisanes. Ce qui doit être interrogé dans cette campagne, c’est le décalage entre l’intensité des discours électoraux et l’intensité du travail politique entre deux élections ».

La question de la confiance politique est un défi majeur pour les 27 partis en lice qui ont tenté, durant la campagne, de retrouver un lien de confiance avec les électeurs. Pour engager ce processus de reconnexion, le règlement électoral a quelque peu évolué : circonscriptions régionales réservées aux femmes, incitations financières pour attirer les jeunes dans les listes. Ces nouvelles mesures porteront-elles leurs fruits ? Première réponse lors du vote, le 23 septembre.

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