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Thursday, October 29, 2026

Réveiller l’ours qui dort

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Le centre de gravité diplomatique se déplace à Montréal ce jeudi pour le Sommet Canada-Union européenne (UE). Pendant deux jours, le premier ministre Mark Carney et les leaders européens, dont la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, jetteront les bases d’une alliance pour faire face au monde hostile échafaudé par le triumvirat États-Unis–Russie–Chine.

Le Canada deviendra-t-il un « membre associé » de l’UE ? Cette idée lancée dans l’enthousiasme par Mme von der Leyen a frappé les esprits et fait sourciller bien des Européens. Les diplomates ont été prompts à remplacer ce concept qui n’a aucune base juridique par des synonymes flous, telle une « alliance pour l’avenir ».

Faute d’avoir, à ce stade, une meilleure compréhension, parlons d’un flirt qui devient steady, mais où chacun conserve son appartement et ses clefs.

Ce qu’il faut retenir de ce rapprochement, c’est l’ambition qui le sous-tend. Cette ambition est devenue existentielle pour défendre l’intégrité des territoires et la souveraineté numérique du Canada et de l’Europe. Cette souveraineté est menacée, que l’on songe aux volontés d’annexion du Groenland par le président américain, Donald Trump, ou la domination outrancière des géants de la tech, dont les dirigeants entretiennent des liens souvent étroits avec les leaders politiques.

Quand le Wall Street Journal rapporte que SpaceX, une entreprise privée des États-Unis, aurait nui à la défense de l’Ukraine en limitant l’accès à son réseau de satellites Starlink à la demande de son grand patron, Elon Musk, allié notoire du gouvernement Trump, on n’est plus dans la science-fiction de conspirationnistes.

Uniquement pour ces enjeux de souveraineté, les discussions de Montréal sont capitales. Ainsi, si le Canada peut réduire sa dépendance aux États-Unis en se joignant au système de navigation par satellites Galileo de l’Europe, ce sera déjà un énorme acquis.

Inutile de ratisser plus large. Or, c’est exactement ce que fait le gouvernement canadien quand il évoque dans un communiqué à la sauce Protégez-vous que, réunis, le Canada et l’Europe pourront offrir « davantage de choix et des prix plus bas aux consommateurs, de nouveaux marchés d’exportation aux entreprises ».

Ce n’est pas sur le terrain du commerce qu’il y a le plus à faire. Les échanges entre le Canada et l’Europe sont relativement libres d’entraves tarifaires depuis la conclusion d’un accord de libre-échange ambitieux en 2016.

Vrai, neuf des 27 pays de l’UE ne l’ont pas encore ratifié, dont la France, l’Italie et la Grèce. Mais la quasi-totalité de l’Accord économique et commercial global (AECG) est en vigueur depuis sa mise en application « provisoire » en 2017, voilà neuf longues années. Seules quelques dispositions qui sont de la compétence des pays membres de l’UE, notamment celles sur l’investissement, ne sont pas en vigueur.

Ainsi, rien n’empêche le Canada de vendre des avions-citernes construits par De Havilland Canada aux pays européens qui brûlent l’été venu. Rien n’empêche l’exportation vers l’Europe d’énergies fossiles ou de minéraux critiques dont les prix sont, à tout événement, déterminés sur les marchés internationaux.

Tout comme rien n’entrave véritablement les investissements des deux côtés de l’Atlantique, même si la protection des investisseurs étrangers n’est peut-être pas optimale. L’Europe est le deuxième investisseur étranger au Canada, après les États-Unis. Pour l’année 2025, Ottawa estime à 219 milliards de dollars la valeur totale des investissements directs européens au Canada et à 315 milliards de dollars la valeur des investissements directs du Canada en UE.

Ces exemples ne sont pas fortuits. Ils font partie d’exemples cités dans une ébauche du communiqué final du sommet montréalais qui a été divulgué dans plusieurs médias.

Est-ce qu’il peut y avoir des améliorations au commerce canado-européen à la marge ? Sans aucun doute. Il reste des mesures non tarifaires, comme la réglementation lourde, qui, avec ses relents de protectionnisme, rend la vie difficile aux exportateurs qui cherchent de nouveaux marchés.

Le jeu en vaut-il la chandelle ? Pas si clair.

Certes, la tentation est forte de braver la colère du président Trump en se rapprochant encore plus de l’Europe, d’autant qu’il s’est encore surpassé cette semaine avec un yoyo tarifaire pour favoriser la réélection de la sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins. Sa baisse de tarifs ciblée pour apaiser les électeurs du Maine, à l’aube des élections de mi-mandat, a aussitôt été compensée par une nouvelle salve de tarifs visant d’autres produits canadiens, dont — et c’est assez singulier — les petits canots et les arcs à flèches !

Cependant, si l’accord « provisoire » du Canada et de l’UE se montre aussi résilient, vaut mieux ne pas ramener le sujet sur le tapis.

Avec la montée populaire de partis d’extrême droite, comme l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et le Rassemblement national (RN) en France, l’humeur européenne est plus au repli sur soi et au protectionnisme qu’à une libéralisation des échanges — peu importe que cela soit fait au nom des consommateurs ou des exportateurs.

Par exemple, le RN se nourrit de l’appui des agriculteurs français, qui ont été parmi les opposants les plus farouches à l’AECG en raison des craintes liées aux exportations canadiennes de bœuf. Dans le contexte social bouillant en France, il ne manquerait plus que les fermiers amplifient les protestations avec leur « pancarte » de prédilection — des tas de fumier dans des emplacements urbains ciblés.

Le Canada et l’Europe ont déjà fort à faire pour renforcer leur souveraineté. Il ne sert à rien de réveiller l’ours qui dort.

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