«Wicker»: un genre d’homme à soi
Dans un village lointain, au Moyen Âge, les relations entre les hommes et les femmes sont simples : les premiers dominent, les secondes se soumettent. La chose est d’ailleurs explicitée à chaque noce lorsque, au moment de jurer obéissance, la mariée se fait passer au cou un large collier de métal à verrou. Très peu pour la femme émancipée qu’incarne Olivia Colman dans Wicker (Wicker : l’homme d’osier), laquelle, par bravade autant que par envie, se fait fabriquer un « mari d’osier » par le maître vannier local.
Coécrit et coréalisé par Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson (Save Yourselves!), Wicker est un conte tout à la fois drôle, tendre et salace (ça y va dans le vocabulaire coquin !). Cette irrésistible excentricité est en l’occurrence à l’image de la protagoniste.
Lauréate de l’Oscar de la meilleure actrice pour The Favorite (La favorite), Olivia Colman possède ce don rare lui permettant de passer de l’humour quasi burlesque au drame viscéral en une même scène, voire en un même plan. Ainsi, dans Wicker, qui se plaît à alterner les registres, l’actrice est comme un poisson dans l’eau.
Justement, son personnage s’appelle « la pêcheuse », puisque dans cet univers imaginé par l’autrice Ursula Wills-Jones, les métiers, pour les hommes, et les statuts filiaux ou maritaux, pour les femmes, ont valeur de noms : « l’aubergiste », « la femme de l’aubergiste », « le tailleur », « la femme du tailleur », etc.
Encore là, le personnage de Colman est l’exception. Ce qui lui vaut d’être ostracisée de longue date, puisqu’en ces contrées, on ne refuse pas impunément de se marier.
Faire fi des diktats
Pour le compte, la pêcheuse n’est pas contre l’idée d’aimer et d’être aimée… Même que, certains soirs, la solitude lui pèse. En ces occasions, la contemplation d’un feu de foyer ne parvient guère à l’émoustiller. Et s’il existait un moyen pour elle de nouer une relation amoureuse qui ferait fi des diktats en vigueur ?
D’où sa visite chez le maître vannier et l’arrivée subséquente de ce « mari d’osier » (l’infiniment doux Alexander Skarsgård). Mari d’osier qui continuera d’être désigné ainsi, tandis que la pêcheuse conservera son appellation et son occupation : exception, exception…
Sauf que l’évidente félicité du nouveau couple a tôt fait d’exacerber les insatisfactions secrètes des villageois. C’est particulièrement vrai de « la femme du tailleur », qui, à force d’avoir vu son intelligence et son potentiel ignorés par son père, puis par son mari, est devenue dangereusement mesquine.
À ce propos, le film réserve une fascinante courbe à cette antagoniste, de la misogynie intériorisée à la résignation, en passant par l’expression de ses frustrations.
Élégance et fougue
Le tout est mis en scène avec un mélange séduisant de fougue, d’élégance et de fantaisie.
Loin de s’en remettre uniquement à la beauté des paysages naturels magnifiquement captés par le directeur photo Lol Crowley (45 Years / 45 ans ; The Brutalist / Le brutaliste), Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson insufflent, selon la teneur de la séquence, dynamisme (ce cauchemar filmé comme un hommage à Evil Dead / L’opéra de la terreur), sensualité (la danse au village), ou drôlerie (la première nuit torride), au moyen de cadrages et de mouvements de caméra des plus expressifs.
Bref, il s’agit là d’un film hors norme traitant d’une femme — et d’un amour — tout aussi hors norme. Et puis, devant Olivia Colman, on se sent comme le mari d’osier : impossible de ne pas craquer.
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