Cancer : vers une immunothérapie « surpuissante » contre les tumeurs résistantes ?

Pourquoi certains cancers résistent-ils aux immunothérapies les plus récentes ? Au cœur des tumeurs, les cellules cancéreuses et les cellules immunitaires se disputent les ressources nécessaires à leur fonctionnement. Dans cet environnement hostile, nos défenses peuvent perdre leur capacité à combattre la maladie. Comment leur redonner l'avantage ? Une équipe du Cold Spring Harbor Laboratory de l'État de New York, a identifié un levier biologique intéressant. Leurs travaux, publiés dans la revue Nature Immunology, mettent en lumière une protéine à double visage : PPARδ (ou PPARD).
Une protéine « double jeu » au cœur des cellules
PPARδ agit comme un chef d'orchestre du métabolisme : elle contrôle l'activité de certains gènes et participe à l'utilisation des graisses pour produire de l'énergie. Mais ses effets dépendent des cellules dans lesquelles elle est activée :
dans la cellule cancéreuse, elle favorise la croissance de la tumeur ;
dans la cellule immunitaire (lymphocyte T), elle peut renforcer les défenses anticancéreuses.
Les chercheurs ont notamment montré qu'elle améliore l'utilisation des acides gras par les lymphocytes T CD8, des cellules capables de détruire les cellules cancéreuses.
« Nous avons supposé que les facteurs déterminants de la vitalité des cellules cancéreuses et de nos cellules immunitaires ne sont pas si différents. Elles évoluent dans le même environnement et sont soumises aux mêmes contraintes physiques et chimiques », explique le Dr Semir Beyaz, chercheur au Cold Spring Harbor Laboratory.
Une même protéine peut favoriser le cancer ou aider à le combattre, selon les cellules dans lesquelles elle est activée. Dans cette publication, le CSHL présente comment son équipe exploite ce double rôle pour tenter d’améliorer l’efficacité des immunothérapies. © Cold Spring Harbor Laboratory — via X (@CSHL)— Cold Spring Harbor Laboratory (@CSHL) October 19, 2026CSHL Assistant Professor Semir Beyaz says PPARD (a gene that helps regulate how cells use energy by switching other genes on and off) is like “the force” from #StarWars.
It can promote disease, like Darth Vader carrying out the will of the Emperor. Or, like Anakin Skywalker, it… pic.twitter.com/coHpgkGIeT
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Une solution contre les cancers d'ordinaire insensibles ?
Les chercheurs se sont d'abord attaqués au cancer colorectal, devenu la première cause de décès par cancer chez les moins de 50 ans. Ses formes les plus fréquentes sont réputées « insensibles » aux immunothérapies classiques.
Chez des souris présentant un cancer colorectal métastatique, des lymphocytes T dont PPARδ était activée ont rendu les tumeurs plus sensibles à une immunothérapie. Un résultat qui suggère qu'améliorer les capacités des cellules immunitaires pourrait aider à surmonter certaines résistances.
L'équipe a également testé des cellules CAR-T humaines, des lymphocytes génétiquement modifiés pour reconnaître une cible cancéreuse. Ces thérapies sont déjà utilisées contre certains cancers du sang, mais leur efficacité reste limitée contre les tumeurs solides.
Après activation de PPARδ, les cellules CAR-T détruisaient plus efficacement des organoïdes de cancer colorectal : de petites structures cultivées à partir de tissus de patients, reproduisant certaines caractéristiques des tumeurs.
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Des résultats prometteurs étendus au sein et aux ovaires
Si cette découverte redonne de l'espoir pour le cancer colorectal, l'équipe a également obtenu des résultats encourageants dans des modèles expérimentaux de cancers du sein, de l'ovaire et de mélanome. Selon le laboratoire, les chercheurs explorent aussi cette approche dans l'endométriose, une maladie inflammatoire chronique.
Ces travaux restent à ce stade précliniques (réalisés sur des modèles animaux et des cellules humaines en culture) et ne permettent pas encore de connaître l'efficacité ni les risques d'un futur traitement chez l'humain.
Le double rôle de PPARδ constitue précisément un défi : il faudra déterminer comment renforcer les cellules immunitaires sans avantager les cellules cancéreuses, puis vérifier la sécurité et la durée des bénéfices avant d'envisager une application médicale.
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