«Souffrir au féminin»: la médecine peine encore à accorder le féminin
Des problèmes gynécologiques sous-diagnostiqués. Des réalités encore négligées. Dans un nouvel essai, Florence Meney explore les angles morts qui persistent quand vient le temps pour la médecine de soigner les femmes. Souffrir au féminin rassemble une quinzaine d’entrevues avec des spécialistes, mais aussi des témoignages de femmes ayant vécu des expériences difficiles, de l’errance médicale aux complications post-partum.
Un constat en ressort. « Au Québec, on est quand même très bien soignés, mais l’accès aux soins est difficile. Et selon qui tu es, tu y as plus ou moins accès », souligne l’autrice en entrevue.
Dans Souffrir au féminin, Mme Meney donne entre autres la parole à la gynécologue Élise Dubuc, qui aborde les réalités de migrantes encore trop souvent perçues comme « marginales ou étrangères à la société québécoise ». Elles concernent toutefois un « nombre de femmes non négligeable […] pleinement intégrées à notre monde : éducatrices, infirmières, préposées, travailleuses sociales », écrit-elle.
La Dre Dubuc note, entre autres, que les professionnels de la santé québécois sont souvent mal outillés pour traiter les femmes ayant subi des mutilations génitales : les formations à ce sujet existent, mais sont sous-utilisées par les soignants. Une situation que la gynécologue juge inacceptable. Car, au Canada, « environ 100 000 femmes vivent avec une excision — un chiffre probablement bien en deçà de la réalité », affirme la médecin dans Souffrir au féminin.
En matière de santé gynécologique, la Dre Dubuc estime aussi qu’il reste du chemin à faire pour améliorer le diagnostic de l’endométriose, une maladie caractérisée par la croissance de tissus semblables à ceux de l’utérus à l’extérieur de cet organe. Un test salivaire permettant de diagnostiquer plus rapidement la maladie est déjà offert dans certains pays européens, souligne la gynécologue dans l’essai. Mais, ici, il n’est pas encore autorisé par Santé Canada, précise au Devoir l’entreprise Ziwig, qui l’a développé.
Délaissées à certaines étapes de la vie
Les Québécoises sont généralement très bien prises en charge durant leur grossesse, note Florence Meney en entrevue. « C’est un âge de la vie où tu vas être bien entourée, avec une équipe multidisciplinaire. Mais avant et après, surtout au troisième âge, les femmes âgées, c’est un peu invisibilisé. Une fois la ménopause réglée, c’est “débrouille-toi”. »
On parle encore trop peu de la santé pelvienne, poursuit-elle. Bon nombre de femmes croient ainsi qu’il est normal d’avoir des fuites urinaires en vieillissant alors qu’il existe des moyens de les prévenir ou de les traiter, indique Mme Meney.
Dans Souffrir au féminin, Chantal Dumoulin, professeure à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal, remet d’ailleurs en question les publicités de protections absorbantes où l’on voit des femmes souriantes en train de danser. « Cela invisibilise la souffrance des femmes et entretient l’idée qu’il faut simplement “vivre avec” [ces problèmes] », soutient d’ailleurs Mme Dumoulin dans l’ouvrage.
Reprendre une « part de pouvoir »
Au Québec, les patientes peinent aussi souvent à s’orienter dans le réseau de la santé, déplore Florence Meney. « Elles ne savent pas par quelle porte y entrer. »
Faire entendre ses préoccupations auprès de professionnels de la santé peut d’ailleurs être ardu, dit-elle. « Il faut vraiment être très solide pour dire au médecin : “Bien non, je ne suis pas sûre [de ce que vous dites].” » Pourtant, les femmes possèdent une connaissance intime de leur corps qui mérite d’être prise en compte, écrit-elle.
Dans Souffrir au féminin, l’essayiste et romancière Martine Delvaux encourage d’ailleurs les femmes à s’informer sur leur propre santé, sans pour autant « faire reposer sur elles seules le poids du système ». « Être informée peut déstabiliser certains professionnels, mais cela permet aussi de reprendre une part de pouvoir », écrit Mme Meney.
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