Augmentation de la surveillance | Big Brother dans le métro

Certains s’en réjouiront, d’autres s’en scandaliseront : la surveillance augmentera (encore) de plusieurs crans dans le métro de Montréal.
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La Société de transport de Montréal (STM) ajoutera une cinquantaine de constables spéciaux, pour un total de 230, d’ici la fin de l’an prochain. Une douzaine de policiers supplémentaires arpenteront aussi le réseau souterrain, aux côtés de la centaine d’agents déjà en poste.
Mais ce qui a le plus retenu mon attention, dans l’annonce conjointe faite mardi par l’administration Martinez Ferrada et la STM, est l’explosion prévue de la surveillance par caméra.
Dans les trains, sur les quais, autour des stations : le nombre de paires d’yeux qui scruteront les moindres faits et gestes des usagers grimpera en flèche.
Le réseau est déjà doté de 2500 caméras. Mais seule une infime portion des images captées par ces appareils – 72 au total – sont surveillées en tout temps par des employés de la STM.
Ce nombre sera bientôt multiplié par six. Les flux vidéo de 432 caméras seront scrutés en permanence, de l’ouverture à la fermeture du métro, d’ici au printemps. Le transporteur investira 3 millions de dollars pour doper les capacités de son centre de « vigie ».
Un dispositif aux airs de Big Brother, qui fera glisser un peu plus le réseau montréalais dans la même catégorie ultrasurveillée que ceux de New York, Londres ou Séoul…
La dégradation de la sécurité, depuis la pandémie, relève autant des faits que de la perception.
Plusieurs évènements très médiatisés ont marqué les esprits. Par exemple : cette jeune passagère de 24 ans frappée au visage par une femme en crise à la station Lionel-Groulx, en 2024, sans aucune provocation. Ou ce sexagénaire attaqué par un sans-abri à la station Jean-Talon, le mois dernier, alors qu’il se rendait au travail.
Ces évènements sont graves, mais assez rares.
Ce sont plutôt les incivilités en tous genres qui minent l’image du métro, au quotidien. Consommation de drogues dures sur les quais, personnes itinérantes affalées dans les stations, défécation et actes sexuels en public, etc.
La palette des méfaits est troublante, et chiffrée.
Les constables de la STM ont effectué près de 69 000 interventions dans le métro l’an dernier, contre 26 000 en 2019, juste avant la pandémie. Du simple au triple, ou presque.
Même si le réseau demeure dans l’ensemble sécuritaire, l’addition de tous ces évènements refroidit la clientèle. Avec raison !
À peine 47 % des usagers se sentent maintenant en sécurité dans le métro, selon un sondage mené en août par la STM. Un pourcentage en chute libre depuis des années…
Ce qui me ramène à la surveillance. Les caméras existent déjà : il y en a plus de 2500, je le rappelle. Leurs images servent le plus souvent à alimenter des enquêtes menées après coup, c’est-à-dire après la commission d’un acte criminel ou d’un méfait.
Selon ma lecture de l’affaire, la STM veut faire davantage de prévention. En auscultant de plus près son réseau, elle souhaite améliorer l’efficacité de ses troupes sur le terrain, en les envoyant vers les situations chaudes avant qu’elles ne dégénèrent.
Sans parler de l’effet dissuasif de toute cette surveillance vidéo. Espéré, mais pas garanti…
Dans tous les cas, si ce dispositif peut améliorer l’expérience des utilisateurs du métro, ceux qui demandent juste à se rendre du point A au point B sans se faire embêter, je vote pour.
Point bonus : la présence de ce Big Brother contribuera peut-être à calmer les ardeurs de certains constables de la STM, comme Mikaël Lahaie, accusé d’agression armée et de voies de fait pour avoir rudoyé un usager avec un bâton télescopique et du poivre de Cayenne à la station Berri-UQAM, l’an dernier1.
L’offensive sécuritaire annoncée mardi n’est pas une attaque en règle contre les sans-abri qui se réfugient dans le métro, heureusement. La STM et la Ville de Montréal investiront aussi pour bonifier la présence de travailleurs sociaux dans les 68 stations du réseau.
Autre bonne nouvelle : la fréquence du passage des trains augmentera de 5 % à la prochaine rentrée scolaire, une promesse de campagne de la mairesse Soraya Martinez Ferrada.
L’horizon est lointain : dans un an. Mais cet investissement contribuera à atteindre deux objectifs de la STM : donner un meilleur service à ses clients et réduire le sentiment d’insécurité causé par les longues périodes d’attente sur les quais, le soir et les week-ends.
À court terme, l’autre gros défi de la STM et de l’administration montréalaise sera de convaincre le nouveau gouvernement péquiste de Paul St-Pierre Plamondon de réinvestir dans les infrastructures croulantes du métro. Des centaines de millions supplémentaires chaque année.
Ce n’est pas un caprice : la dégradation du réseau souterrain pose un danger bien réel pour les usagers. Il est moins visible que le grabuge dans le métro, mais de plus en plus imminent.
1. Lisez « La STM dit non aux pistolets pour ses constables »
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