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Monday, November 2, 2026

Il a fait cinq victimes en 2016 | Un assassin se plaint de ne pas pouvoir sortir de Pinel sans escorte

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Un homme « très dangereux » détenu en institut psychiatrique depuis une terrifiante virée meurtrière en 2016 se plaint de subir un châtiment « cruel » en étant privé de sorties sans escorte. Son statut actuel équivaut à une peine « à perpétuité », dénonce-t-il devant le tribunal.

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Aux Galeries d’Anjou. Au parc La Fontaine, à Montréal. À côté d’un Tim Hortons, café à la main, et cigarette au bec. Dans la dernière année, l’assassin Frédérick Gingras a souvent pris la pose dans des lieux publics, selon son compte Facebook. Sa dernière publication date du 9 octobre dernier.

Sur une photo publiée en octobre 2024, il se dit même « free » [libre], alors qu’il fume une cigarette devant un restaurant Bâton Rouge.

Pourtant, Frédérick Gingras est loin d’être un homme libre, en théorie. Il a été condamné à 19 ans de pénitencier en avril 2019, en plus d’être déclaré « non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux ». Il a tué deux personnes et tenté d’en tuer trois autres.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE FRÉDÉRICK GINGRAS

En 2024, Frédérick Gingras se disait libre sur une publication Facebook.

Il a aussi été déclaré « accusé à haut risque », un statut réservé aux délinquants « non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux » particulièrement dangereux. Ce statut implique un encadrement accru pour la sécurité du public. Or, Frédérick Gingras bénéficie de nombreuses sorties avec escorte de l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel.

Son cadre a été « allégé jusqu’au maximum » de ce qui était permis dans la loi, selon un document judiciaire. Mais ce n’est pas assez, selon ses psychiatres.

Rappel des faits

Cinq citoyens ont fait les frais de la folie de Frédérick Gingras. Un soir de décembre 2016, après avoir joué au jeu vidéo Grand Theft Auto, l’assassin a abattu son ami James Jardin de deux coups de feu dans l’est de Montréal. Il a ensuite appuyé sur la détente pour tuer un autre homme, mais l’arme n’a pas fonctionné.

Comme dans le célèbre jeu vidéo, Frédérick Gingras s’est mis à tirer sur des citoyens au hasard, avant d’être pourchassé par les policiers. Il a tué Chantal Cyr, une mère qui attendait sa fille dans une station-service. Il a tiré sur une femme à l’intérieur de sa maison et sur un homme pour lui voler sa voiture.

Sa virée meurtrière a pris fin dans le secteur du Quartier DIX30, à Brossard, lorsqu’un pneu éclaté lui a fait perdre la maîtrise du véhicule. Il était alors plongé dans une grave psychose toxique, exacerbée par sa consommation de cocaïne, de cannabis et d’alcool.

La peine prononcée en 2019 était de 19 ans de pénitencier.

En novembre 2022, la Commission d’examen des troubles mentaux a recommandé qu’on retire à Frédérick Gingras son statut d’accusé à haut risque, puisque son médecin traitant jugeait que sa dangerosité avait « diminué ».

Une demande rejetée par la juge France Charbonneau en mai 2023.

« Sa grande dépendance aux drogues combinée à sa maladie mentale le rend imprévisible et par conséquent très dangereux. […] La stabilité de [son] état mental demeure préoccupante », a-t-elle retenu.

Malgré la prise de médicaments et le cadre strict de l’Institut, Frédérick Gingras se montrait toujours intimidant. Il a par exemple mimé l’utilisation d’un fusil. Aussi, il entendait des voix « plusieurs fois par jour » et se montrait réticent à révéler « les messages » entendus.

Des psychiatres mécontents

Changement de cap à la Commission d’examen des troubles mentaux en 2024 : pas question de recommander que Gingras perde son statut. Pourtant, la position de son psychiatre, le Dr Mathieu Dufour, n’a pas changé. Selon lui, Gingras n’est pas plus dangereux que les autres détenus de son unité sans statut d’accusé à haut risque.

Mais entre-temps, une décision de la Cour d’appel de l’Ontario est venue resserrer les critères. Maintenant, les tribunaux doivent évaluer la « probabilité marquée » que l’accusé soit violent envers autrui, s’il n’était plus du tout supervisé, au lieu de considérer sa dangerosité sous l’encadrement de l’État.

Cette interprétation rend désormais « plus difficile » l’obtention d’une révocation du statut d’accusé à haut risque, affirmait en 2025 le Dr Dufour dans le dossier de Pierre Ny St-Amand, le chauffeur d’autobus qui a tué des enfants dans une garderie de Laval en février 2023.

Depuis, les psychiatres de Pinel se plaignent d’être incapables de déterminer si les accusés à haut risque remplissent ce critère, sans leur accorder des sorties sans escorte. Il n’existerait pas « d’outils d’évaluation du risque » permettant de statuer à ce sujet, disait en 2025 la psychiatre Véronique MacDermott.

Selon la Dre MacDermott, la prochaine étape pour Gingras « en termes de besoins cliniques » serait de sortir en groupe, avec un accompagnement, puis de sortir sans aucune escorte. Son statut l’interdit toutefois.

« Cela revient à une condamnation à perpétuité si la [Commission] et la Cour supérieure attendent une évaluation clinique qui repose sur un critère qui n’est pas cliniquement reconnu », affirme le camp Gingras dans une requête.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Me Kaven Morasse au procès de Frédérick Gingras en 2019

Se disant brimé dans ses droits fondamentaux en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés, Gingras demande de rendre inapplicables à son endroit plusieurs articles du Code criminel.

Son avocat, Me Kaven Morasse, demande plus précisément de retirer dans la loi la phrase qui oblige un accusé à haut risque à être escorté en tout temps pendant ses sorties.

En juillet 2026, la Commission d’examen des troubles mentaux a refusé la demande de Gingras pour des motifs de compétence constitutionnelle. Le camp Gingras s’est donc tourné vers la Cour supérieure à la fin de l’été pour forcer la Commission à trancher ces questions. Le dossier sera de retour en cour le mois prochain.

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