« Je sais que je ne la trouverai pas en vie » : elle cherche sa fille depuis 30 ans

Mélanie Ethier revenait d’une soirée entre amis. Elle devait traverser un pont pour rentrer à la maison après avoir passé la veillée à regarder des films chez des copains, la nuit du 29 septembre 1996.
Mélanie, alors âgée de 15 ans, avait décidé de faire le trajet à pied seule, vers 2 h du matin. Elle n'a jamais été revue, comme si elle s'était volatilisée.
Cette tragédie bouleverse la vie de Céline, la mère de Mélanie, depuis 30 ans.
Sur la rive du lac Témiscamingue, qui sépare le Nord-est de l'Ontario et le Québec, des affiches – devenues un symbole de la disparition de la jeune fille – sont accrochées à un arbre.
Contempler l’arbre est devenu un rituel pour Céline Ethier. C'est là où elle prend son café, tous les matins depuis trois décennies.
Trente ans plus tard, la mère de Mélanie ne se décourage pas et garde l'espoir de trouver sa fille. Elle continue d'enquêter pour obtenir des réponses sur sa disparition, malgré son grand épuisement.
Le troisième jour, quand je me suis réveillée, je ressentais comme si Mélanie était morte. [...] J’ai fait une promesse que j’étais pour la trouver
, confie-t-elle.

Les affiches rappellent aux gens de la région de partager tout renseignement qui pourrait faire progresser le dossier de Mélanie.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Honorer la promesse faite à sa fille
Céline explique qu’elle continue de distribuer des affiches dans la région, ainsi que dans les communautés environnantes de l’Abitibi-Témiscamingue, au Québec.
Je vais continuer jusqu’à ce que je trouve Mélanie.

Une grande enseigne avec l'image de Mélanie se trouve au bord de la route 11, près de la municipalité de Latchford.
Photo : Radio-Canada / Nicolas Mongeon
Céline ne cesse de récolter dans la région des témoignages qui, elle l'espère, pourront mener à une intervention de la police. Toutefois, elle n'a obtenu aucun succès jusqu'ici.
Il faut toujours que je continue, il faut que je pousse au moins par moi-même. Je dois suivre moins de règlements que les policiers. Je peux contacter la personne, je peux leur faire signer un papier pour demander que je fasse de la recherche
, raconte-t-elle.
Je sais que je ne la trouverai pas en vie, que je ne vais pas être capable de lui parler, mais c'est la dernière chose que je peux faire pour mon enfant.

Céline Ethier garde précieusement des photos d'elle et de ses filles Jessie et Mélanie prises lorsqu'elles étaient enfants, en 1994. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Mathieu Grégoire
Mélanie Ethier : une personne aimante
Roxanne Caldwell a côtoyé Mélanie à l’école, et les deux jeunes filles se sont beaucoup rapprochées au secondaire.
Elle se souvient de Mélanie comme d'une personne souriante et curieuse qui dégageait une énergie positive.

Roxanne Caldwell raconte à sa fille des souvenirs de son enfance avec Mélanie.
Photo : Capture d'écran
Cette soirée bouleversante à New Liskeard a beaucoup marqué Roxanne, surtout l'appel de la mère de son amie.
On était dans l’inconnu. Je me souviens juste de son appel. Elle recherchait sa fille, puis elle ne savait pas ce qui se passait
, raconte-t-elle.
La nouvelle a été très éprouvante pour les amis de Mélanie.
Avec des amis qui avaient leur permis de conduire, on embarquait, puis on allait chercher à certains lieux proches du lac, où l’on allait se baigner des fois, puis à différentes places. C’était vraiment difficile de se concentrer à l’école. On ne voulait pas être là, on voulait la trouver
, se souvient-elle.
Une communauté marquée depuis 30 ans
Roxanne vit avec l'image de son amie au quotidien.
Elle se souvient que le sentiment de sécurité qui régnait à l'époque s’était évanoui face à l’incertitude entourant cette perte, largement médiatisée dans l'espace public.

On voit un peu partout dans la communauté des traces de Mélanie, notamment le symbole d'une libellule sur le terrain de basketball qui porte son nom.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Maintenant mère d’une fille de 15 ans, le même âge qu'avait Mélanie au moment de sa disparition, Roxanne admire l'attitude de Céline, la mère de Mélanie, devant cette adversité épouvante.
C'est difficile parce qu'elle a 15 ans maintenant, ma fille, puis Céline, je la trouve tellement forte. Je ne sais pas comment elle a fait ces derniers 30 ans.
Roxanne continue de raconter à son enfant des histoires de Mélanie dont le visage est affiché à plusieurs endroits dans la communauté de Temiskaming Shores.
Une leçon primordiale qu’elle tente de transmettre est l’importance de faire preuve de vigilance envers son entourage.
Tu ne peux pas faire confiance aux gens nécessairement. C'est une petite ville, mais il faut quand même faire attention
, insiste-t-elle.

2:51
La Police provinciale demande au public de fournir des informations sur la disparition de Melanie Ethier.
Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier
L'enquête est toujours en cours
La Police provinciale de l’Ontario soutient que l'enquête est toujours en cours, malgré l'absence de nouvelles pistes.
Martin Thibault, agent de la PPO de Temiskaming Shores, soupçonne que certains membres de la communauté possèdent des renseignements qui pourraient mener à des réponses concrètes.
C'est certain qu'il y a des gens, malheureusement qui ne sont plus avec nous, qui avaient de l’information dans ces temps-là. Alors ça peut être difficile maintenant d'essayer de trouver de la nouvelle information, mais c'est certain qu'on ne perd jamais espoir
, souligne-t-il.
Toutefois, il ne donne aucun renseignement concernant les individus qui seraient impliqués.

Le policier Martin Thibault indique que la PPO est toujours à la recherche de renseignements pertinents pour le dossier, mais souligne que le passage du temps accroît la difficulté de l'enquête.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
En 2021, le balado The Next Call de CBC, qui exposait les détails de la disparition, a ravivé l'intérêt du public.
Cette production avait même mené la police à effectuer des recherches dans un boisé à une dizaine de kilomètres du centre-ville de New Liskeard, mais cette intervention n'avait mené à rien.

Sur un tableau d'affichage dans le bureau local de la Police provinciale de l'Ontario se trouve la photo de Mélanie parmi les affiches de multiples personnes disparues.
Photo : Radio-Canada / Nicolas Mongeon
La volonté de mobiliser les intervenants impliqués
Tout comme les policiers, Céline Ethier souhaite obtenir davantage d’informations pour faire avancer le dossier.
Elle veut préserver la mémoire de Mélanie, jusqu'à ce qu'elle soit retrouvée.
Trouver ma fille, ça voudrait dire qu’elle pourrait être mise au cimetière comme tout le monde, elle pourrait avoir des funérailles comme tout le monde
, conclut-elle.
Si vous avez des renseignements additionnels sur la disparition de Mélanie Ethier, veuillez contacter la Police provinciale de l’Ontario au 1-888-310-1122.
Si vous souhaitez garder l’anonymat, vous pouvez aussi appeler Échec au crime (Crime Stoppers) au 1 800 222-TIPS (8477).
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