Glaner dans les champs pour faire sa part contre l’insécurité alimentaire

La journée est fraîche à Sainte-Anne-des-Plaines en ce mercredi de la fin octobre. Heureusement, le soleil est là pour réchauffer la poignée de bénévoles venus donner un coup de main à la Ferme Entre ciel et terre.
Dans ma production, on se garde tout le temps une certaine marge de manœuvre
, explique le propriétaire des terres, Vincent Guenette. L'entreprise fait des paniers de légumes hebdomadaires. Cette année, la saison a été particulièrement belle, ce qui veut dire : des surplus.
Un excédent qui prendrait trop de temps aux employés de la ferme à récolter pour son juste prix, et que des bénévoles sont donc venus glaner. Ils pourront ramener à la maison une partie de leur cueillette, le reste ira chez Moisson Laurentides.
Le glanage, c'est un mot ancestral qui veut dire, simplement, d'inviter la communauté dans les champs après les récoltes.
L'organisme propose des matins ou des après-midi de glanage depuis trois ans. Il en est déjà à sa 85e activité cette année.

Les bénévoles réunis à la Ferme Entre ciel et terre ont rapidement terminé le glanage des patates laissées au sol, et sont donc passés à la récolte de carottes.
Photo : Radio-Canada / Raphaëlle Drouin
Parmi les bénévoles : des retraités ou semi-retraités, des femmes enceintes ou encore des gens en arrêt de travail à la recherche d'un peu de nature et de socialisation.
Normand Faucher prend une pause de sa récolte de patates, agenouillé dans la terre, pour nous révéler ce qu'il aime le plus de ses journées aux champs : On récolte des légumes qu'on n'a jamais vus, qu'on ne connaît pas, comme des rabioles, des patates douces. On a même récolté du gingembre, ce qui est assez exceptionnel au Québec!
.
L'homme de 76 ans donne aussi de son temps à une banque alimentaire de Blainville. Les patates et les carottes qu'il glane cet après-midi pourraient d'ailleurs se retrouver dans les paniers distribués par l'organisme.
Des besoins records
C'est vraiment important de voir dans nos régions où il y a des pertes et d'aller travailler là-dessus
, croit Gabrielle Labadie. Cette année, quelque 15 000 kilos de fruits et de légumes glanés par des bénévoles auront été distribués dans plus de 120 organismes des Laurentides.
Encore cette année, les Banques alimentaires du Québec ont enregistré un record de demandes d'aide alimentaire. Plus de 3 millions de requêtes ont été enregistrées chaque mois dans la province en 2026. Pendant ce temps, 70 % des organismes affirment avoir manqué de denrées.

C'est dans l'entrepôt de Moisson Laurentides que se retrouvent les fruits et les légumes glanés. Certains produits sont d'abord cuisinés, d'autres sont envoyés directement vers des organismes.
Photo : Radio-Canada / Raphaëlle Drouin
Il y a très peu de temps, on recevait l'équivalent de 42 millions en denrées et en dons chaque année. On est rendu à 37 millions.
L'organisme a besoin d'environ 4,5 millions de kilos de denrées annuellement pour répondre aux demandes grandissantes des banques alimentaires. Donc, c'est sûr que le glanage ne va pas fournir ça, mais ça crée une solidarité régionale
, estime le directeur général de Moisson Laurentides, Guillaume Richard, qui rappelle que les produits glanés sont aussi des aliments de qualité, puisqu'ils sont frais et locaux.
Des solutions régionales
Chez Moisson Laurentides, on trouvait ça important de tendre la main aux agriculteurs de notre région. On trouve qu'une ferme, c'est quasiment un projet collectif
, explique Gabrielle Labadie, chargée de projet du glanage.
L'organisme travaille d'ailleurs sur d'autres projets d'agriculture pour créer des chaînes d'approvisionnement plus directes afin de mieux pallier à ses besoins.

Une vingtaine de fermes ont participé au programme de glanage de Moisson Laurentides cette année.
Photo : Radio-Canada / Raphaëlle Drouin
Pour son directeur général, il faudra faire preuve de créativité pour faire face à la hausse des demandes en aide alimentaire qui ne semble pas s'essouffler.
Je pense que l'avenir est dans une économie régionale, plutôt qu'une économie à grande échelle. Alors je pense qu'il faut que l'on soit tous très intentionnels dans nos façons de développer nos programmes et nos solutions
, précise-t-il.
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