Ferme des Ambassadeurs | Des légumes haïtiens cultivés à Québec

Natifs d’Haïti et agronomes de formation, Jorry Doréus et Exalien Exatul se sont lancés dans la culture de légumes exotiques à Québec. Plus de la moitié de leur production trouve preneur à Montréal.
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— Moi, je veux un petit sac pour ma tante…
— Ça, c’est à 10 $ ?
— Si c’est haïtien, ça goûte bon !
En ce samedi matin ensoleillé, les questions et les blagues en créole fusent à l’arrière du camion de Jorry Doréus et d’Exalien Exatul. Autour d’eux, des montagnes de légumes feuilles d’un vert éclatant, appelés lalo en Haïti. L’arrivage de cette denrée, aussi connue sous le nom commun de molokhia (Corchorus olitorius), attire une clientèle nombreuse.
Le lalo, qui permet de préparer un plat mijoté du même nom, ressemble à l’épinard, et peut aussi être utilisé en accompagnement, nous explique un client, Jean-Michel Antoine. « C’est comme un légume qui accompagne le riz, c’est très vitaminé. »
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PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE
Marie Sainte-Rose Dorélus Agénor a décidé d’essayer le lalo de la Ferme des Ambassadeurs.
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Une cliente est venue faire le plein de haricots romains.
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Marie Sainte-Rose Dorélus Agénor a aussi pris de jolis haricots romains aux fèves blanches mouchetées de rouge. Pour les cuisiner, elle « prend [son] temps, avec amour, c’est vraiment appétissant », dit-elle avec un sourire évocateur.
« Ce qu’ils sont en train de faire là, je trouve que c’est extraordinaire. Ici, c’est un pays froid, ils arrivent, ils essaient de s’intégrer à l’agriculture d’ici », souligne M. Antoine en désignant les agriculteurs.
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Jean-Michel Antoine est venu de Laval pour acheter du lalo de la Ferme des Ambassadeurs à Montréal-Nord.
Avant que ce lalo et ces haricots ne soient offerts ici, dans le stationnement de Damesara, une épicerie de Montréal-Nord spécialisée dans l’alimentation antillaise, africaine et latino-américaine, il a fallu tout un parcours.
Servir la communauté
Ayant grandi dans des familles d’agriculteurs en Haïti, MM. Doréus et Exatul sont devenus agronomes, profession qu’ils ont tous deux exercée au Québec, notamment dans la canneberge.
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Jorry Doréus et Exalien Exatul, copropriétaires de la Ferme des Ambassadeurs à Québec
Notre passion, c’est la terre, les plantes. Et le désir de servir la communauté, de cultiver quelque chose qu’elle ne trouve pas ici, au Québec.
Établis tous deux à Québec, ils ont d’abord cultivé du molokhia pour leurs familles avant de participer, en 2024, au camp d’entraînement agricole de l’Université Laval, un incubateur qui leur a donné accès à une parcelle de terre. À la fin de cette saison, leur projet de Ferme des Ambassadeurs a remporté un doublé à un concours agricole régional – deuxième prix et prix du public. L’année suivante, leur entreprise est devenue l’un des deux projets horticoles sélectionnés par le ministre de l’Agriculture pour cultiver un lopin sur les fameuses terres des Sœurs de la Charité, que Québec a acquises en 2022 pour les sauver d’un projet immobilier.
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Récolte à Québec pour la livraison à Montréal du lendemain matin
C’est sur ces 3,5 hectares bordés par des quartiers de banlieue de Beauport et de Charlesbourg qu’ils cultivent leurs légumes, sans produits chimiques de synthèse. Ils y produisent notamment de la courge giraumon, utilisée dans la tradition haïtienne pour préparer la célèbre soupe joumou du Nouvel An, divers haricots (appelés pois par les Haïtiens), et des okras, ou gombos. Sans oublier leur culture principale, ce lalo dont ils ont récolté plus de 20 tonnes l’an dernier. Plus de 60 % de cette récolte a trouvé preneur à Montréal.
« Nous voulons être vraiment les ambassadeurs de ce produit, qui est notre produit phare », souligne M. Doréus, en nous faisant visiter le champ où des bénévoles les aident pour la récolte.
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Une caisse de haricots romains
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Des haricots romains et une variété de haricots rouges cultivée en Haïti, produits à la Ferme des Ambassadeurs à Québec
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Une courge giraumon
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Des okras (gombos)
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Une section du champ de la Ferme des Ambassadeurs à Québec, où le molokhia pousse en abondance
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Déjà, les Haïtiens ne sont pas la seule clientèle, puisque le molokhia est consommé ailleurs, notamment en Afrique. Des épiceries et des distributeurs de spécialités afro-caribéennes leur en prennent, des Ivoiriens étaient passés en acheter directement au champ quelques jours avant notre visite.
Les Ambassadeurs voient plus grand. Ils ont fait analyser la valeur nutritionnelle du molokhia et fait développer des recettes, dont une pizza et une trempette. Ils les remettent à leurs clients pour les inciter à varier les usages, et au grand public lorsqu’ils participent à des évènements.
Mangées crues en salade, les feuilles ont un goût très frais proche du concombre et à la cuisson, leur saveur se rapproche de celle de l’épinard. Une recette de soupe qui pourrait être produite commercialement est d’ailleurs dans les cartons.
Désherber à la main
Cultiver des légumes afro-caribéens à Québec ne se fait toutefois pas sans défis. L’an dernier, la saison n’a pas été assez longue pour permettre aux courges giraumon de mûrir au champ. Et le lalo, « ça demande beaucoup et ce n’est pas encore mécanisé ici ». « On fait des tests, mais on n’a pas encore vraiment trouvé la bonne technique. On désherbe et on récolte à la main », indique M. Doréus.
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Jorry Doréus, copropriétaire de la Ferme des Ambassadeurs
Pour celui qui travaille encore comme agronome, comme pour son associé qui a récemment quitté la profession pour d’autres projets, la ferme est un deuxième emploi à temps plus que plein. Une troisième associée, la fille aînée de M. Doréus, Carelove, leur donne un coup de main pour la gestion.
L’agriculture, c’est une passion, mais il y a autre chose. Nous sommes des immigrants, il y a une communauté qui nous accueille, qui nous donne des opportunités. Nous aussi, on apporte ce qu’on a : notre culture, notre savoir-faire.
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Exalien Exatul, copropriétaire de la Ferme des Ambassadeurs
Il fait un parallèle avec la canneberge.
« C’est une culture que je ne connaissais pas avant d’arriver ici et j’ai appris à apprécier sa valeur nutritive, j’en ai toujours chez moi. Nous aussi, on essaie d’apporter ce qu’on peut, pour diversifier l’agriculture québécoise le plus possible. C’est tout cela qui nous amène à ce projet. »
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