The Daily Newsstand · Free, Always
Monday, August 24, 2026

En quête de solutions | L’Ontario, école de la réussite ?

Translate

(L’Orignal, Plantagenet et Alliston) Michael Simard en est persuadé : s’il avait pu quitter les bancs d’école à 16 ans, il l’aurait fait. Mais en Ontario, la fréquentation scolaire est obligatoire jusqu’à l’âge de 18 ans, ou jusqu’à l’obtention d’un diplôme, depuis 2006. Le voici donc, à 17 ans, diplômé du secondaire – et sur le point de prendre le chemin de l’Alberta afin de parfaire sa formation.

Publié à

Les deux dernières années scolaires ont été fertiles en apprentissages pour l’adolescent. Il a rencontré le roi Charles à Ottawa, en mai dernier, et il est allé à Calgary en prévision du Stampede.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

L’école secondaire catholique de Plantagenet

Ces expériences, il les a vécues en suivant la tournée de l’emblématique Carrousel de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Et elles ont été comptabilisées comme des crédits scolaires, puisqu’elles ont été réalisées dans le cadre du cours d’éducation coopérative (coop).

Ce cours permet aux élèves de 11e et de 12année de réaliser des stages en milieu de travail durant les heures de classe et d’accumuler des crédits en vue de l’obtention de leur diplôme d’études secondaires. Ils sont encadrés par des enseignants, qui leur dénichent les places en stage.

« J’ai beaucoup d’amis du bord du Québec qui auraient voulu avoir le cours coop. Moi, ça m’a vraiment aidé, en tout cas, parce que je ne suis pas un gars du genre papier-crayon », lance Michael, rencontré à l’école secondaire catholique de Plantagenet, dans l’Est ontarien, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière entre les deux provinces.

Sans cette bouée, « je serais parti de l’école », tranche-t-il sans hésitation.

« Je n’ai jamais voulu lâcher », assure pour sa part Hugo-Charles GC Lalonde, qui vient lui aussi de terminer sa 12e année. Il s’est demandé, en fait, s’il voulait suivre les traces de ses deux parents enseignants. Alors dans le cadre de son cours coop, il a fait deux stages en enseignement de l’éducation physique, à sa propre école.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Hugo-Charles GC Lalonde

Et puis ? « Ça reste un métier qui m’intéresse, mais l’année prochaine, je vais étudier en business », relate le jeune homme de 18 ans dans un couloir quasi désert de l’école, à la veille de la cérémonie de remise des diplômes. Ici, une infime minorité d’élèves termine son parcours sans toge et mortier.

Des résultats à faire rougir le Québec

« On a eu 95,3 % de taux de diplomation en 2023-2024 », se félicite Chantal-Christine Gratton, du Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO). Le secret du succès, croit la surintendante, tient à la « flexibilité » du parcours scolaire, au « suivi des crédits » (voir autre texte) et à l’école obligatoire jusqu’à 18 ans.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Chantal-Christine Gratton, surintendante du Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien

Il y a aussi peut-être quelque chose dans l’eau de la rivière des Outaouais à la hauteur de L’Orignal, car la moyenne à l’échelle ontarienne est moins élevée. Il reste qu’avec un taux atteignant 89,5 %, l’Ontario fait mieux que le Québec, où il s’est établi à 82,4 %, selon les données de 2023-2024⁠1.

Au jeu des comparaisons, il faut toutefois user de prudence.

D’abord, il y a le système. Les taux de diplomation des deux provinces étaient à peu près les mêmes lorsqu’elles ont chacune lancé des réformes au tournant des années 2000. Le modèle a cependant évolué de façon très différente : il n’y a pas, en Ontario, de système dit « à trois vitesses » (écoles privées, écoles publiques, programmes sélectifs au public).

Ensuite, pour revenir aux chiffres : la note de passage est de 50 % en Ontario contre 60 % au Québec – le ministère québécois de l’Éducation a dit « ne pas disposer » d’une modélisation pouvant permettre de comparer les deux taux, à note de passage égale.

Les élèves ontariens n’ont pas non plus à subir d’examens ministériels pour décrocher leur diplôme en 12e année⁠2.

« Ça fait quand même une différence », indique Karine Chartrand-Binette, conseillère d’orientation à l’école Plantagenet.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Karine Chartrand-Binette, conseillère d’orientation à l’école Plantagenet

On a plus d’élèves qui vont réussir leurs cours si la note de passage est à 50 %. C’est clair que c’est un élément à considérer dans l’équation qui peut aider notre taux de diplomation.

Karine Chartrand-Binette, de l’école Plantagenet

Le diplôme ontarien n’en a pas moins de valeur, nuance-t-elle, en saluant les « pratiques gagnantes » en place. « Au Québec, il y a certains cours au niveau enrichi, mais le reste, c’est pareil pour tout le monde. Nous, nos élèves, ils sont placés dans la bonne filière, où ils vivent des succès », expose Karine Chartrand-Binette.

La réforme McGuinty-Wynne

Le programme coop n’est pas une nouveauté. Ses filières ont été modernisées au fil des ans. Mais la fréquentation obligatoire jusqu’à l’atteinte de la majorité s’inscrivait dans cet écosystème favorable, soutient l’ancienne première ministre de l’Ontario Kathleen Wynne.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Kathleen Wynne, ancienne première ministre de l’Ontario

Il n’y a rien de magique à faire passer l’âge à 18 ans. Cela ne donnera pas de résultats s’il s’agit d’une mesure isolée. En fait, si je veux être honnête, je me demande si ce n’est pas l’élément le moins important. On envoie un message sur l’importance que la société accorde à l’éducation, mais ce n’est pas ça qui va motiver un jeune.

Kathleen Wynne, ancienne première ministre de l’Ontario

Les éléments punitifs de la première mouture du projet de loi qu’elle a fait adopter à titre de ministre de l’Éducation au sein du gouvernement de Dalton McGuinty – menace de retrait du permis de conduire, amendes – sont d’ailleurs passés à la trappe. La carotte a été préférée au bâton.

« Il y avait beaucoup de carottes », corrige la politicienne retraitée sur la terrasse de son repaire d’Alliston, au nord de Toronto. « Nous avons embauché 1300 enseignants de la réussite scolaire. Il y a environ 800 écoles secondaires ; on parle de plus d’un enseignant par établissement formé pour travailler avec les jeunes à risque », illustre-t-elle.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

L’Ontario compte des enseignants affectés à la réussite scolaire.

Aujourd’hui, Kathleen Wynne, qui détient un diplôme de maîtrise en linguistique et un autre en éducation, s’inquiète pour l’avenir du système d’éducation ontarien. Sous le gouvernement de Doug Ford, la taille des classes a augmenté, le nombre d’enseignants a diminué, et près de la moitié des conseils scolaires sont sous la tutelle du gouvernement, énumère-t-elle.

De quoi lui rappeler le contexte du début du millénaire. « Il y avait eu plusieurs crises en éducation pendant les années [Mike] Harris. Il y avait eu des coupes de milliards de dollars, et il y avait cette perception que l’école publique ne fonctionnait pas comme elle devrait, et une forme de glorification du système d’éducation privé », se remémore-t-elle.

Du pour et du contre

En tant que représentants de la génération Z, Leah et Ayden n’ont pas connu l’époque où la fréquentation scolaire n’était pas obligatoire jusqu’à 18 ans. S’étonnant d’apprendre ce qu’il en est au Québec, les élèves de l’école secondaire Westside, à Orangeville, semblent à l’aise avec les règles du jeu de l’Ontario.

  • Ayden, à droite, en discussion avec notre journaliste

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    Ayden, à droite, en discussion avec notre journaliste

  • L’école secondaire Westside, à Orangeville

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    L’école secondaire Westside, à Orangeville

1/2

« Je trouve que 16 ans, c’est jeune pour prendre ce genre de décision. Si tu abandonnes l’école, tu peux te retrouver un peu n’importe où. Je suis heureuse qu’on nous incite à nous rendre le plus loin possible », fait valoir Leah, âgée de 17 ans, qui fera ses études en théologie à Toronto l’an prochain.

« Si tu veux un emploi pour lequel tu n’as pas vraiment besoin de diplôme, c’est un peu inutile, donc c’est bien d’avoir la possibilité [de quitter l’école à 16 ans]. Mais d’un autre côté, aller à l’école plus longtemps, c’est bien aussi, parce que les gens auront davantage de connaissances », avance de son côté Ayden, 15 ans, qui voudrait étudier en médecine.

À la petite école

Laissons aux enfants de la classe de Mme Stéphanie leur insouciance à cet égard.

Le petit Samuel, 5 ans, tente une réponse lorsqu’on lui demande jusqu’à quel âge on est tenu de fréquenter l’école.

« Sept ans ? », souffle timidement le blondinet bouclé.

  • À l’école élémentaire catholique Saint-Jean-Baptiste, à L’Orignal

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    À l’école élémentaire catholique Saint-Jean-Baptiste, à L’Orignal

  • L’ensemble des écoles ontariennes accueillent les enfants dès l’âge de 4 ans.

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    L’ensemble des écoles ontariennes accueillent les enfants dès l’âge de 4 ans.

  • En Ontario, la journée pleine pour les maternelles 4 et 5 ans a été instaurée en 2010, sous le gouvernement du premier ministre libéral Dalton McGuinty.

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    En Ontario, la journée pleine pour les maternelles 4 et 5 ans a été instaurée en 2010, sous le gouvernement du premier ministre libéral Dalton McGuinty.

  • Commencer l’école dès 4 ans est un facteur de réussite, soutient Mme Stéphanie, qui enseigne en maternelle.

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    Commencer l’école dès 4 ans est un facteur de réussite, soutient Mme Stéphanie, qui enseigne en maternelle.

1/4

On lui apprend la vérité. Il l’accueille sans trop grincer des dents.

De son côté, Maxime, 5 ans aussi, se voit encore longtemps user les bancs d’école.

« Cinquante ! », laisse tomber celui qui veut travailler « à l’hôpital » ou comme pompier (dans l’intervalle, cet été, il fera du camping).

Leur enseignante, Stéphanie Goyer, n’en doute pas une seconde : accueillir les petits à l’école dès 4 ans favorise leur réussite scolaire. Sous le gouvernement McGuinty, le réseau des maternelles 4 ans a été élargi à l’ensemble des écoles, puis la journée pleine pour les maternelles 4 et 5 ans a été instaurée. « Sa philosophie, et la mienne, c’est qu’il faut prendre les enfants en charge quand ils sont jeunes, surtout pour la littératie », dit l’ex-première ministre Kathleen Wynne.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

En Ontario, les enfants de 4 ans sont regroupés avec des enfants de 5 ans.

Le fait qu’ils soient regroupés avec des enfants de 5 ans et qu’ils aient souvent la même enseignante pour les deux premières années de leur parcours scolaire s’avère généralement un facteur de réussite, avance Mme Goyer dans la salle des enseignants de l’école élémentaire catholique Saint-Jean-Baptiste, à L’Orignal.

« Il y a un lien qui se fait entre eux, et ça fait vraiment une différence. Si l’élève de 4 ans est rendu aux phonèmes, ben c’est parfait. L’année suivante, au jardin [la maternelle 5 ans], je sais où il en est », explique la Québécoise d’origine.

1. Sources : Catalogue de données du gouvernement ontarien et Tableau de bord du ministère de l’Éducation

Consultez les chiffres de l’Ontario

2. Le gouvernement Ford prévoit apporter des changements en ajoutant des examens, et en accordant des points pour l’assiduité et la participation en classe.

Lisez l’article « Les examens finaux vaudront jusqu’à 25 % de la note finale en Ontario »

View the original on La Presse

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.