Primé à Cannes et triplement récompensé à Annecy : Le Corset, ce bijou de cinéma qui va faire battre votre cœur très fort !

Christophe grandit au sein d’une famille d’agriculteurs où les émotions peinent à trouver leur place. Entre premiers émois et désir de liberté, Le Corset, en salle le 14 octobre, raconte ce moment où l’on grandit et cherche enfin à devenir soi-même.

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Dans une ferme au cœur de la Beauce, Christophe, 11 ans, règle ses pas sur ceux de son père. Mais à l’école, à la maison, sur le tracteur, Christophe penche… et tombe. Il est obligé de porter un corset pour se tenir droit. Tandis que la ferme traverse des moments difficiles, Christophe grandit comme il peut. Il découvre la musique et fait la rencontre de Clara, avec qui tout semble devenir possible.
Quand l’animation sublime les émotions
Le Corset, récompensé par le Festival de Cannes et par le Prix du Jury et du Public au Festival d’animation d’Annecy, est le premier long-métrage personnel de Louis Clichy. Ce dernier a notamment travaillé sur WALL-E des studios Pixar, avant de co-réaliser avec Alexandre Astier, Astérix : Le Domaine des Dieux (2014) et Astérix : Le Secret de la potion magique (2018).
Le film est réalisé à l’aquarelle et à l’encre de Chine, selon une méthode artisanale qui permet à son réalisateur de privilégier l’essentiel : “Ça permet de ne pas se perdre dans des détails inutiles, laisse le champ libre à l’incarnation, à l’authenticité, à une certaine vérité des sentiments.” Un choix esthétique qui se ressent à l’écran : les images, volontairement épurées, laissent toute leur place aux paysages comme aux visages. Les jeux de lumière et de contraste viennent ainsi renforcer les émotions sans jamais les surcharger.
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Le corset, lui, devient un formidable outil de mise en scène. À la fois handicap et super-pouvoir, il traduit physiquement la colère de Christophe : lorsqu’elle devient trop forte, le jeune garçon peut renverser le sol, les décors et même les personnages qui l’entourent. Tout son environnement bascule alors au rythme de ses émotions. Le réalisateur confie : “J’avais envie d’en témoigner mais aussi de m’en amuser, d’en faire un élément presque fantastique, comme si le corps corseté devenait une porte vers l’imaginaire.”
La musique occupe également une place essentielle dans le film. Entièrement intradiégétique, elle accompagne les personnages au plus près et nous permet de partager ce qui les touche. Le Requiem de Gabriel Fauré berce ainsi Christophe et ponctue plusieurs de ses prises de décisions tandis que Ouragan de Stéphanie de Monaco s’immisce dans les moments de tension entre les personnages. Sa passion pour la musique lui offre un espace dans lequel il peut s’épanouir, loin du quotidien familial qui l’étouffe. Elle devient à son tour un moyen de s'évader et, surtout, de trouver une forme d’émancipation.
Devenir adolescent, ou la recherche de l’émancipation
Le Corset capte ce moment décisif où l’enfance laisse progressivement place à l’adolescence. Une période faite de découvertes, de premiers désirs et d’un besoin grandissant de s’affranchir du cadre familial. “On éprouve un désir d’ailleurs, une envie d’autre chose, des pulsions nouvelles, tout en s’accrochant encore à des éléments de l’enfance. Une forme de naïveté subsiste, mais elle est vouée à disparaître”, explique Louis Clichy.
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Ces nouvelles sensations sont aussi celles des premiers émois amoureux. Avec Clara, Christophe découvre ses premiers sentiments, mais aussi la complicité et la jalousie. Une relation qui lui offre un refuge face à ses difficultés familiales et lui fait entrevoir un autre quotidien. L’organiste de l’église, qui lui donne gratuitement des cours, devient lui aussi une figure réconfortante. Doux et généreux, il représente pour Christophe une présence adulte bienveillante, à l’opposé du cadre familial dans lequel il peine à exprimer ce qu’il ressent.
Le corset qu’il porte traduit, lui, les bouleversements physiques et intérieurs propres à cette période. Il devient la métaphore d’un corps qui se transforme, que l’on ne maîtrise pas encore et dans lequel on peine parfois à se reconnaître. “Je trouvais intéressant de traiter cette métamorphose exacerbée à travers cette contrainte”, explique le réalisateur, qui a lui-même porté un corset plus jeune.
En situation de handicap mais dynamique, profondément seul mais extraverti, courageux mais fragile, Christophe traverse des frustrations qui dépassent largement son environnement rural. Loin de ressembler à l’idée que l’on peut se faire du “garçon de ferme”, il devient finalement le reflet d’une expérience dans laquelle chacun peut se reconnaître : celle d’un enfant qui grandit, découvre le monde et cherche peu à peu à devenir lui-même.
Un regard sincère sur un monde rural en mutation
Le réalisateur Louis Clichy choisit de planter son décor en Beauce, une région naturelle particulièrement fertile qui s’étend sur près de 600 000 hectares. Un territoire agricole peu représenté au cinéma, que le réalisateur connaît bien puisqu’il y a grandi. Mais au-delà de cette dimension personnelle, la Beauce lui offre surtout un paysage à rebours de l’image idéalisée que l’on peut se faire de la campagne : ici, les terres sont immenses, plates et intensément exploitées. Et le réalisateur d’ajouter : “Des fermes carrées, très fermées, pour se protéger du vent. C’est un aspect révélateur d’ailleurs, d’une sorte de renfermement social aussi.”
En effet, hormis la coopérative pour laquelle sa famille travaille, le jeune Christophe semble évoluer dans un monde coupé du reste de la société. Dans sa famille d’agriculteurs, les sentiments ont rarement leur place : la parole n’est pas naturelle, les émotions restent souvent enfouies et l’introspection semble inexistante. Seule la mère de Christophe laisse entrevoir un peu de tendresse. Un environnement particulièrement difficile pour un enfant qui cherche justement à comprendre ce qu’il ressent et à pouvoir l’exprimer.
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Là encore, Louis Clichy puise dans son propre vécu : “Des phrases comme « Je suis en colère » ou « J’ai des sentiments pour toi » ne sont jamais prononcées.” En effet, Christophe souffre de ce silence qui s’est installé au sein de sa famille, et plus particulièrement de celui de son père, peu démonstratif, dont le mutisme contraste avec ses éclats de voix. À travers cette famille, le réalisateur donne ainsi à voir un milieu où la parole et les émotions peinent à trouver leur place.
Mais derrière cette difficulté à communiquer se joue également une autre rupture : celle de la ferme familiale. On comprend au fil du film que celle-ci est vouée à disparaître, probablement rachetée par une exploitation plus importante qui récupérera les terres avant de laisser les bâtiments à l’abandon. “C’est ce constat que j’ai eu envie de mettre en scène, de raconter”, confie Louis Clichy. Sans porter de jugement sur ce bouleversement, Le Corset montre ainsi les conséquences de cette agriculture en mutation sur celles et ceux qui la pratiquent encore de façon traditionnelle.
Le film choisit ainsi comme toile de fond un environnement dans lequel Christophe peine à trouver sa place, donnant lieu à un enfermement dont le jeune garçon va peu à peu chercher à s’affranchir.
Derrière le récit singulier de Christophe se dessine une expérience universelle : grandir, s’émanciper et chercher sa place dans le monde. Un film sensible pour petits et grands, à découvrir le 14 octobre au cinéma.
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