Jordan Bardella, président du RN, hanté par des propos antisémites qui lui sont attribués

Les réactions s'enchaînent après la publication lundi par le site d'information Mediapart d'anciens messages à caractère antisémite attribués à Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RN).
Des messages qui lèveraient le voile sur le passé du jeune politicien de 29 ans, que certains, au sein du parti d’extrême droite, voient déjà comme un potentiel premier ministre l’an prochain.
L'enquête de Mediapart, un quotidien de presse en ligne fondé en 2007 par un groupe de journalistes et dirigé par Edwy Plenel, présente des écrits que Jordan Bardella aurait rédigés à l'âge de 17 ou 18 ans. Les banques sont toutes détenues par des juifs. Ce sont les sionistes qui sont à la tête des banques. C'est ce qu'ils veulent, un nouvel ordre mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale
, peut-on lire.
Jordan Bardella a réfuté tous ces propos en bloc, lundi soir, dans la foulée de la publication de l'article. Ils ne sont pas les miens, pas plus qu'ils ne sont ceux du jeune adolescent de 17 ans que j'étais à l'époque, qui était adhérent du Front national à l'époque... Ça ressemble à une opération de barbouzerie
, a-t-il déclaré.
Une barbouzerie
est une opération clandestine, illégale ou secrète menée par des agents secrets, des mercenaires ou une police parallèle.
Une manipulation, selon le RN
Il n'y a pas un Français, parce que maintenant les gens me connaissent depuis très longtemps, qui peut douter de ma probité et de mon honnêteté sur ce sujet, donc, encore une fois, je n'ai jamais tenu de tels propos
, a ajouté M. Bardella.
Pourquoi une opération de ce type sort maintenant? Je pense avoir ma petite idée, mais en tout cas, c'est une opération de manipulation d'envergure.

Celui que certains voyaient comme un potentiel premier ministre en cas de victoire du RN en 2027 nie les propos qu'on lui reproche.
Photo : Getty Images / AFP / JULIEN DE ROSA
Le journaliste de Mediapart Antton Rouget affirme avoir les preuves de ces propos accablants. On n'a pas reçu des captures d'écran anonymes vendredi soir en se disant qu'on allait faire un article lundi sur le sujet. Ça fait des mois qu'avec mon collègue Alexandre Berthot on travaille sur le sujet, avant même les vacances d'été.
Selon Mediapart, il existerait des documents écrits par Jordan Bardella comprenant à la fois des courriels et des conversations, notamment sur des services de messagerie.
M. Rouget met de l’avant le travail d’authentification des écrits, qui passe par une authentification technique, on sait qu'à l'heure de l'IA [intelligence artificielle], il faut qu'il soit très précautionneux en tant que journaliste quand on manipule des matériaux comme des messages, comme des conversations, comme des mails, donc on a vérifié d'un point de vue technique, et puis il y a des sources humaines dans cette enquête
.
Nous sommes absolument formels quant au fait qu'il a bien été l'auteur de ces écrits aux dates indiquées dans l'article.
Lundi, après la publication des propos rapportés, la candidate d’extrême droite à la présidentielle de 2027, Marine Le Pen, a semblé prise au dépourvu par la tornade médiatique.
Vous ne ferez croire ça à personne, pas une personne normalement constituée ne peut croire à cette dinguerie, je ne sais même pas de quoi vous parlez, a-t-elle lancé. Mais ça me paraît tellement dingue que oui, ça ne peut être évidemment qu'un faux, qu'une manip', qu’une barbouzerie dont Mediapart a l'habitude.
Réactions politiques
La polémique enfle et les opposants politiques y vont de leurs commentaires, comme Mathilde Panot, du parti d’extrême gauche La France insoumise (LFI), deuxième dans les sondages derrière le RN.
Nous ne sommes guère étonnés de tout cela, une cravate ne lave pas de l'antisémitisme, qui est l'héritage du Rassemblement national, et derrière la façade qui s'est fait polir, il y a toujours le même poison du racisme, d'où le fait qu'il nous faudra les battre en 2027
, a asséné Mme Panot.
À droite, l’ancien ministre et maire de Meaux, Jean-François Coppé, a dit attendre de voir les preuves, mais s'est dit outré par les propos. Ils reprennent tous les clichés de l'antisémitisme tels qu'ils ont été inventés par la pensée d'extrême droite depuis 120 ans et ont imprégné malheureusement l'Europe et le monde.
Rien d’étonnant pour Benjamin Haddad, ministre de l’Europe dans le gouvernement français. Qui peut être surpris? L'extrême droite reste l'extrême droite, le RN est un mouvement d'extrême droite, il n'est en aucun cas un bouclier pour la communauté juive
, a-t-il martelé.
Mardi matin, Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui semblaient mieux préparés, ont tiré à boulets rouges sur les révélations.
Jordan et moi avons enfilé nos costards en Kevlar, parce que là, c'est du lourd qui tombe, et j'avoue que la manipulation est légère comme un congrès de charcuterie.
Mais il y a quand même quelque chose qu'ils doivent savoir, ajoute-t-elle, c'est qu'on ne va pas se laisser faire, nous n'allons pas nous laisser faire.
M. Bardella a ajouté y voir une tentative de Mediapart de tuer sa carrière politique. Ce média est un journal d'extrême gauche composé de fanatiques qui useront de tous les moyens, y compris les plus déloyaux, pour nous empêcher de gagner l'élection présidentielle. Ils sont dans une guerre qui est une guerre totale.

L'état-major du Rassemblement national s'est rallié à Jordan Bardella pour nier tout en bloc.
Photo : Getty Images / AFP / VALERY HACHE
N’empêche, d'anciens propos du président du Rassemblement national sur Jean-Marie Le Pen, ancien dirigeant du parti qui s’appelait alors le Front national, refont surface.
Jean-Marie Le Pen, pour vous, n'était pas antisémite?
, lui demandait, en 2023, le journaliste Benjamin Duhamel.
Je ne suis pas juge, M. Duhamel
, répondait Jordan Bardella.
Les juges ont parlé, puisqu’il l'a été condamné
, rétorquait le journaliste.
Les juges ont parlé, je ne crois pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite
, répondait encore M. Bardella.
« Une stratégie de dédiabolisation »
Face à cette tourmente, Philippe Meyer, vice-président Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), déplore le contenu des écrits attribués à Jordan Bardella. Si ces propos de Jordan Bardella étaient avérés vrais, étaient confirmés, évidemment, ce serait d'une gravité absolue, ce serait très choquant.
Il y a une stratégie de dédiabolisation qui est mise en place par le Rassemblement national et ses dirigeants depuis plusieurs années, et c'est vrai que si ces propos-là ont été avérés et confirmés, cela mettrait très à mal cette stratégie de dédiabolisation
, explique M. Meyer.
Poursuite judiciaire
L’avocat de Jordan Bardella, David Dassa-le-Deist, entend porter plainte contre Mediapart. Selon toute vraisemblance, pour faux et usage de faux, tentative d’escroquerie, nul ne le sait
, a-t-il énoncé.
Antton Rouget, de Mediapart, persiste et signe. Nous avons sollicité un rendez-vous, que ce soit physique, en visio ou téléphonique; Jordan Bardella a refusé tout dialogue et n'a même pas souhaité consulter les éléments dont nous disposions. C'est une stratégie du forcené, aujourd'hui, qu’il adopte.
Mediapart dit qu’elle publiera prochainement les documents incriminant le président du RN. En attendant, la tempête politique continue de souffler à contre-courant sur les aspirations du jeune politicien.
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