« Cessez d’expulser ceux qui travaillent déjà chez nous », lance le président de Canam

Alors que la ministre Catherine Gentilcore s’apprête à amorcer la préparation du premier plan en immigration du gouvernement du Parti québécois, l’homme d’affaires Marc Dutil demande au nouveau premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, une intervention immédiate pour renverser la tendance.
Cessez d’expulser ceux qui travaillent déjà chez nous. Cessez d’expulser ceux dont les enfants sont à l’école, ceux dont la conjointe ou le conjoint a trouvé du travail, ceux qui sont à un test de français de rester chez nous. Cessez d’expulser ceux qui n’ont pas coché la bonne case
, a lancé le président et chef de la direction de Canam, en entrevue à Zone économie, mercredi soir.
Ils feront ce qu’ils voudront avec les cibles
a-t-il ajouté. Le Parti québécois prévoit réduire l’accueil de résidents permanents de plus de 20 %, de 45 000 à 35 000, en plus de réduire de moitié le nombre d’immigrants temporaires, d’environ 500 000 vers une fourchette de 250 000 à 300 000, d’ici quatre ans.
Les cibles, c’est selon notre capacité d’absorption. Ceux qui sont ici ont déjà été aborbés!

7:25
Ils ne sont pas rentrés par la fenêtre le soir. Ils sont rentrés par la porte le jour. Ils sont venus avec un statut temporaire, mais un statut temporaire qui contenait une promesse
, a rappelé M. Dutil.
Et aujourd’hui, ils ne sont pas dans la rue, ils ne sont pas en quête d’emploi. Ils travaillent, ils paient des impôts. Ils envoient leurs enfants à l’école, ils vont à l’épicerie, ils construisent une maison.
Marc Dutil évalue qu'une centaine de travailleurs de Canam sont à risque d'une telle expulsion
. J’ai l’impression que ce que vivent les régions du Québec n’est pas bien compris.
Deux décisions passées en cause
Deux décisions ont eu un impact sur le sort des immigrants temporaires. D’abord, le gouvernement fédéral a annoncé, en 2025, qu’il allait réduire le nombre de résidents temporaires à 5 % de la population du pays avant la fin de 2026. Cela comprend les travailleurs étrangers temporaires et les étudiants étrangers.
Ottawa impose aussi un plafond de 10 % de travailleurs étrangers temporaires dans une entreprise pour ce qui est de la catégorie à bas salaire. Plusieurs immigrants n’ont donc pas pu renouveler leur permis de travail, puisque leur employeur n’avait plus la possibilité de les embaucher, étant donné le plafond de 10 %.
Ensuite, le gouvernement du Québec a décidé, en 2025, de mettre fin au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) avant de le réactiver, l’été dernier, pour une période de deux ans.
En parallèle, le gouvernement a créé le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), qui est un système d’invitation pour les travailleurs étrangers.
Dans une entrevue accordée à Anne-Marie Dussault mercredi soir à ICI RDI, la nouvelle ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Catherine Gentilcore, a dit que le plan de son gouvernement était clair, stable depuis très longtemps, donc au niveau des seuils, ça m’étonnerait beaucoup que ça bouge
.
C’est justement les situations qui vont être prioritaires pour nous, c’est-à-dire de travailler avec les gens qui sont sur le territoire. On avait fait certaines promesses par rapport au PEQ, où on disait qu’il y avait certaines personnes que nous allions garder sur le territoire assurément. Donc, moi, mon objectif, c’est de tirer ça au clair le plus rapidement possible
, a-t-elle déclaré.

La nouvelle ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Catherine Gentilcore, était de passage mercredi soir à ICI RDI.
Photo : Radio-Canada
« On perd » quand les gens partent, « on s’enrichit quand ils viennent nous voir »
La contribution fiscale d’un individu, d’un citoyen, débute lorsqu’on travaille
, a expliqué Marc Dutil en entrevue. De la grossesse de maman jusqu’à l’âge adulte, un cycle de deux décennies coûte environ 400 000 $. Autrement dit, ça coûte quelque chose amener quelqu’un à l’âge adulte pour travailler.
Or, poursuit le président de Canam, un immigrant formé, éduqué, diplômé, souvent multilingue, qui est capable demain de faire la job, on ne l’a pas éduqué, on ne l’a pas mis au monde, il est prêt à venir chez nous, on n’a pas besoin de donner personne en échange. Il est là, disponible.
M. Dutil ajoute qu’il n’y a pas de travailleurs québécois disponibles pour répondre à tous les besoins de Canam. Le taux de chômage dans Chaudières-Appalaches et le plus bas au Québec, l’un des plus faibles au Canada, à seulement 2,3 % en septembre.
Le Québec n’est pas une société qui déménage, qui suit le travail.
Il faut donc, selon le patron de Canam, compter sur des travailleurs étrangers.
Je pense que l’illusion que l’IA, les robots vont remplacer [les travailleurs], c’est faux, parce que le robot qui soude déplace celui qui a la soudeuse dans ses mains, mais j’ai besoin d’un programmeur. J’ai besoin de quelqu’un de maintenance. J’ai besoin d’un contrôleur de qualité.
On pensait qu’Autocad remplacerait les dessinateurs. On pensait que les machines à contrôle numérique remplacerait les travailleurs. Ça ne s’est jamais passé
, a illustré M. Dutil.
L’analyse de Marc Dutil déborde du simple calcul économique. On perd à l’échange quand des gens nous quittent, on s’enrichit quand ils viennent nous voir.
Et il s’inquiète pour l’avenir du Québec, dans un contexte de vieillissement de la population.
Quand quelqu’un vient chez nous, travaille, paie ses impôts, les enfants vont à l’école. Et, arbitrairement, nous les renvoyons chez eux, j’ai l’impression que c’est une parole perdue. Est-ce qu’ils vont revenir? Est-ce que notre réputation en sera une encore de terre d’accueil?
, demande le patron de Canam.
Je sais qu’on aime se comparer à l’Ontario. On a des gens qui parlent un français fonctionnel, qui savent travailler, qui traversent la frontière en Ontario, parce que c’est là qu’ils vont gagner leur vie, on perd à l’échange.
À lire aussi :
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.