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Wednesday, October 28, 2026

«Le Venezuela est uni contre un système dont il sait qu’il ne fonctionne pas»

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La cheffe de l’opposition et prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, est rentrée au Venezuela dimanche, après un exil de près d’un an. Ce retour marque une étape importante dans la transition politique du pays, accentuant la pression sur le pouvoir intérimaire pour la tenue d’élections. Dans une entrevue accordée au Devoir à son domicile, dans le quartier huppé d’Altamira, sur les hauteurs de Caracas, Claudia Macero, l’une des plus proches collaboratrices de Mme Machado, revient sur les perspectives de l’opposition, l’implication des États-Unis et l’avenir politique du pays.

En quoi le retour d’exil de Maria Corina Machado marque-t-il une étape importante dans la transition politique au Venezuela ?

Maria Corina va pouvoir accompagner le processus de transition en trois phases [stabilisation, redressement et transition politique] voulu par les États-Unis. Elle va conférer à ce processus une légitimité, celle d’être soutenue par la population. C’est ce qui lui fait défaut actuellement. Son retour va contribuer à renforcer la pression et à faire avancer les choses plus rapidement.

Est-ce qu’il faut en conclure que des élections pourraient bientôt avoir lieu ?

Il y a des gens ici [le pouvoir intérimaire en place à Caracas] qui ne souhaitent pas qu’il y ait un processus électoral présidentiel, car celui-ci mettrait en évidence non seulement le rejet dont ce régime fait l’objet, mais aussi la sympathie pour des idées différentes, telles que celles défendues par Maria Corina. Ils vont retarder autant que possible un processus électoral.

De notre côté, nous nous battons contre l’idée que le Venezuela n’est pas prêt pour un processus électoral. Nous l’avons déjà démontré d’innombrables fois.

Comment Marina Corina Machado va-t-elle s’y prendre pour rassembler l’ensemble de la population autour d’un même projet ?

Le Venezuela est déjà uni. Il est uni contre un système dont il sait qu’il ne fonctionne pas. Chavez, Maduro, Delcy [Rodriguez, l’actuelle présidente du Venezuela par intérim], c’est la même chose. Nous en souffrons depuis 27 ans.

De plus, nous travaillons sur une initiative qui va démarrer sur le terrain avec Maria Corina, et qui s’appelle le Grand Accord national [pour le rétablissement de la démocratie et la stabilité au Venezuela].

Il s’agit de recueillir les contributions des partis politiques, mais aussi de tous les Vénézuéliens. Où que tu sois, tu pourras organiser une assemblée pour dire « je vois l’éducation comme ça », « je pense que la sécurité devrait être comme ça », etc. Cette plateforme unitaire nous permettra de mettre en place un gouvernement qui reconnaît la volonté du peuple.

Que diriez-vous aujourd’hui à ceux qui continuent de croire au projet de Hugo Chavez et qui pourraient s’inquiéter pour leur avenir ?

Nous leur disons « nous ne sommes pas comme eux ». Ici, il n’est pas nécessaire d’être dans l’opposition pour connaître des difficultés. En d’autres termes, ce ne sont pas seulement les opposants qui ont souffert de ce système.

Il y a aussi un grand nombre de personnes qui ont cru en ce projet, mais qui comprennent aujourd’hui que le socialisme ne fonctionne pas. Il faut un processus de changement qui repose sur la liberté économique et sur la liberté d’expression, qui font défaut aujourd’hui.

Javier Milei en Argentine, Abelardo de la Espriella en Colombie ou encore Nayib Bukele au Salvador, incarnent la poussée de la droite radicale en Amérique latine. Maria Corina Machado les prend souvent en exemple. Veut-elle marcher dans leurs pas ?

On pose souvent cette question à Maria Corina. Il y a des idées qui fonctionnent et d’autres qui ne fonctionnent pas, et cela n’a parfois rien à voir avec un spectre politique ou idéologique.

Je pense que le Venezuela doit avancer dans un processus qui lui est propre, où nous tirons le meilleur de tout ce qui a fait ses preuves en Argentine, au Salvador, ou dans différents pays de la région, et même en Europe.

Si être radical, c’est être en faveur de la justice, contre l’oppression et l’illégalité, sommes-nous radicaux ? Absolument. Si être radical, pour la droite, signifie que l’on veut donner aux gens la possibilité de choisir, que l’on puisse aller au supermarché et acheter ce que l’on peut avec son argent. Absolument.

Que pensez-vous de l’implication des États-Unis dans la transition politique et économique au Venezuela ?

Nous faisons confiance aux valeurs et aux aspirations des États-Unis. Ils ont besoin, dans leur propre intérêt et pour leur propre sécurité, d’un pays et d’un gouvernement démocratiques.

Nous disons aux États-Unis que notre souhait est qu’ils accompagnent ce processus de transition, avec Maria Corina sur le terrain, afin que les Vénézuéliens puissent avoir confiance et adhèrent à ce processus de transition.

Dans une récente entrevue, Maria Corina Machado a affirmé que l’émissaire choisi par Washington pour négocier l’accord sur l’exploitation du pétrole vénézuélien, Alejandro Betancourt, était responsable d’une « corruption obscène ». Demandez-vous la nomination d’un nouvel émissaire ?

Tout ce que je peux dire, c’est qu’il y a ici suffisamment de personnes capables d’investir et de le faire en toute transparence. C’est ce que nous allons encourager, la présence de personnes transparentes, dignes de confiance, capables de faire des affaires et qui, au final, deviendront des alliés et apporteront un bénéfice tant aux entreprises qu’à notre pays.

Ce reportage a été réalisé avec le soutien financier du Fonds québécois en journalisme international.

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