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Sunday, October 25, 2026

Cinq questions pour comprendre les élections en Israël

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Plus de 7 millions d’Israéliens sont appelés aux urnes, mardi, pour renouveler leur Parlement, la Knesset. Une lutte qui s’annonce très serrée, selon les derniers sondages.

Après trois ans de guerre dans la bande de Gaza, au Liban et en Iran, un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et de graves accusations de défaillances sécuritaires ayant précédé les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, le premier ministre Benyamin Nétanyahou apparaît plus fragilisé que jamais.

Le chef du Likoud, qui détient un record de longévité au pouvoir avec plus de 18 ans cumulés à la tête du gouvernement, pourrait toutefois créer la surprise et déjouer les prédictions.

Voici ce qu’il faut savoir.

Qu’est-ce que ça prend pour gagner?

La Knesset compte 120 sièges. Pour obtenir la majorité parlementaire, un parti doit en remporter 61. Or, en raison du système électoral proportionnel en Israël, aucun parti n’a réussi cet exploit jusqu'à maintenant.

Contrairement au Canada ou à la France, par exemple, les élections en Israël se déroulent à l'échelle d'une circonscription unique nationale, ce qui signifie qu'il n'y a pas de découpage géographique par ville ou par région. Le pays en entier représente ainsi une seule circonscription.

Les électeurs votent pour un parti et non pas pour un candidat en particulier.

Les partis en lice obtiennent des sièges en fonction de leur part des suffrages à l'échelle nationale, à condition d'avoir recueilli 3,25 % de l'ensemble des voix pour se qualifier. Franchir ce seuil permet à un parti d'obtenir au minimum quatre sièges.

Si un parti recueille moins de 3,25 % des voix, il n'obtient aucun siège et ses voix sont disqualifiées.

Lors des dernières élections israéliennes, en 2022, le seuil minimum de votes à atteindre représentait environ 155 000 voix. Cette année, ce nombre risque d’être bien plus élevé, selon le quotidien Haaretz, qui explique qu’il y a plus de 540 000 nouveaux électeurs enregistrés et que le taux de participation pourrait être plus important cette année que lors des dernières élections.

Qui sont les principaux candidats?

Il y a essentiellement deux camps qui s’affrontent : l'un pro-Nétanyahou et l'autre anti-Nétanyahou.

D'un côté, il y a le bloc de droite mené par le premier ministre sortant et son parti, le Likoud. Il est appuyé par les partis issus de la droite nationaliste, de l'extrême droite et des formations ultra-orthodoxes. Lors des dernières élections en 2022, cette coalition regroupait 64 sièges.

En face, on retrouve le bloc de l’opposition, mené par l'ancien général de l’armée israélienne et chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot. Il s’appuie sur l'alliance baptisée « Ensemble », qui regroupe les anciens premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid, ainsi que d'autres partis centristes, libéraux ou de gauche, comme Israël Beytenou de l’ancien ministre Avigdor Liberman.

Quel rôle jouent les petits partis?

On les surnomme les faiseurs de rois. En raison du système proportionnel, les petits partis ont plus de difficultés à se faire élire, mais ils détiennent un pouvoir de négociation considérable qui leur permet de faire pencher la balance du pouvoir.

Cela est d’autant plus vrai quand les deux principaux blocs en lice sont au coude-à-coude, autour de 50-52 sièges chacun à en croire les sondages.

En échange de leur collaboration, les petites formations peuvent exiger des postes ministériels ou des engagements sur des politiques importantes pour leurs électeurs. Le parti ultra-orthodoxe Shas, par exemple, a utilisé son poids politique, allant jusqu’à menacer de faire tomber la coalition au pouvoir, pour maintenir l'exemption des Haredim du service militaire, un sujet très polarisant en Israël.

Pour déloger la coalition pro-Nétanyahou et accéder au pouvoir, Gadi Eisenkot, quant à lui, pourrait devoir compter sur l’appui des partis arabes.

Les derniers sondages attribuent à ces formations, qui représentent la minorité arabe israélienne, soit environ 20 % de la population, entre 12 et 14 sièges sur les 120 que compte la Knesset.

Il y a un mois, la Commission électorale centrale, saisie par des membres de la coalition de Benyamin Nétanyahou, avait voté l'invalidation des deux listes à majorité arabe en vertu d'une loi fondamentale interdisant à toute formation ou à tout candidat de participer aux élections s'ils nient l'existence de l'État d'Israël en tant qu'État juif et démocratique ou soutiennent la lutte armée d'un État ennemi ou d'une organisation terroriste contre Israël.

Cette décision a toutefois été invalidée par la Cour suprême israélienne, qui a estimé que les arguments présentés par la Commission électorale ne suffisaient pas à justifier l'invalidation des deux listes : Raam (un acronyme en hébreu signifiant « Liste arabe unie ») et la Liste unifiée, qui rassemble trois partis à majorité arabe.

Que se passe-t-il au lendemain des élections?

Si la lutte est très serrée, il ne faut pas s’attendre à des résultats clairs le soir des élections. Au lendemain du scrutin, le pays entre traditionnellement dans une période intense de négociations politiques et de dépouillement des votes.

Le processus en vue de la formation d’un gouvernement s'étale ensuite sur plusieurs semaines, selon un calendrier précis.

Dans la semaine qui suit le scrutin, la Commission centrale des élections publie les résultats officiels définitifs. Par la suite, le président israélien – qui exerce une fonction principalement honorifique – reçoit individuellement les représentants de tous les partis élus à la Knesset. Chaque parti lui recommande le nom de l’élu qu'il estime le plus apte à former le prochain gouvernement.

Sur la base de ces recommandations, le président désigne officiellement un candidat – généralement le chef du parti ayant obtenu le plus de votes – et lui accorde un délai de 28 jours pour bâtir sa coalition.

En cas d’échec, un autre candidat est désigné. Il dispose lui aussi de 28 jours pour former un Cabinet.

En cas de nouvel échec, le pouvoir de décision revient directement aux membres de la Knesset, qui auront 21 jours pour proposer une solution en désignant un élu soutenu par au moins 61 députés. Ce dernier n'aura toutefois que 14 jours pour former un gouvernement.

Si toutes ces options n'aboutissent à aucune solution, la Knesset est alors considérée comme dissoute et de nouvelles élections législatives doivent avoir lieu dans les 90 jours suivants.

Pendant tout ce temps, c’est le gouvernement sortant qui assure l'intérim.

Quels sont les scénarios possibles?

Pour Myriam Shermer, spécialiste de la politique israélienne, plusieurs scénarios sont possibles à l’issue des élections du 27 octobre.

  • Impasse politique et nouvelles élections

Si aucune coalition ne parvient à atteindre le seuil de 61 sièges nécessaires pour passer le test du vote de confiance à la Knesset, le pays pourrait être confronté à une impasse politique qui risque de durer de longs mois.

Selon l’autrice du livre Knesset 2026 - Comprendre la politique israélienne, des résultats très très serrés comme l’annoncent les sondages pourraient effectivement nous renvoyer à la situation qu’on a connue en 2019 avec des élections à répétition.

Entre 2019 et 2022, Israël a connu une grave crise politique marquée par l'organisation de cinq élections législatives anticipées, en raison de l'impossibilité de former un nouveau gouvernement ralliant l’appui de 61 députés.

La crise n’a pris fin qu’en novembre 2022, lorsque Benyamin Nétanyahou a réussi à remporter une majorité claire de 64 sièges avec ses alliés de l'extrême droite et des partis ultra-orthodoxes.

Mme Shermer souligne toutefois que le contexte a considérablement changé en sept ans. « Il ne faut pas oublier que les Israéliens sont épuisés après trois ans de guerre et que [Benyamin] Nétanyahou lui-même n'a pas le même âge non plus, il a 77 ans, il n’a plus trois ou quatre ans à perdre avec des élections à répétition, comme en 2019. »

  • Un gouvernement d’union

L’autre scénario possible, mais fortement improbable en raison de la polarisation politique dans le pays, est celui d’un gouvernement d’union nationale, selon Mme Shermer.

Selon ce scénario, MM. Nétanyahou et Eisenkot se tendent la main pour travailler ensemble au sein d'un même gouvernement. Mais tout le monde est assez sceptique quant à l’éventualité d’un tel scénario, précise la spécialiste.

Gadi Eisenkot a par ailleurs récemment exclu toute alliance ou participation à un gouvernement avec Benyamin Nétanyahou.

Ce scénario n’est pas inédit : en 2020, Benyamin Nétanyahou et le centriste Benny Gantz avaient, malgré leur profonde inimitié, conclu un accord de partage du pouvoir après trois élections en moins d'un an, qui prévoyait une rotation au poste de premier ministre. Mais l'attelage s'était défait au bout d'un an, entraînant un nouveau scrutin.

  • Un gouvernement minoritaire

Si aucun bloc ne parvient à réunir 61 sièges, un gouvernement minoritaire pourrait se constituer, en s'appuyant sur le soutien ponctuel de certains députés.

Tout comme le Likoud de Benyamin Nétanyahou s’était appuyé sur les partis de l’extrême droite en 2022, le Yashar de Gadi Eisenkot pourrait compter sur le soutien des élus arabes israéliens pour obtenir le vote de confiance à la Knesset sans toutefois les inclure dans un gouvernement, estime la spécialiste israélienne.

La formation Raam de Mansour Abbas se dit prête à travailler avec le bloc de Gadi Eisenkot, mais les principales figures du bloc d'opposition se montrent réticentes à assumer publiquement une telle hypothèse, en raison de l'hostilité d'une grande partie de l'électorat juif à toute forme d'alliance avec les Arabes israéliens.

Une telle coalition peut être très compliquée à maintenir, ajoute enfin Mme Shermer, mais ça peut permettre d’éviter des élections à répétition dans l'immédiat.

Avec des informations de l'Agence France-Presse, The Israel Times, Jerusalem Post, Haaretz et Yedioth Ahronoth

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