Sourbrodt, un mois après les flammes

Il est dix heures du matin et le soleil réchauffe déjà sur la terrasse de Pascale et Philippe. Sa maison, il l’a fait construire il y a deux ans, tout près d’ici, presque collée à la réserve naturelle. " Trois maisons plus loin, on est dans les fagnes ". Ce jour-là, en juillet, il n’était pas chez lui. Il était parti. " Quand j’ai entendu que les fagnes brûlaient, on a paniqué ", raconte-t-il. Les premiers jours, il envisage même de tout vendre. Un mois plus tard, assis dans son transat, il respire un peu mieux. " Le feu ici, aux abords, était quand même maîtrisé, ça, c’était déjà un gros soulagement ", dit-il. Mais la peur n’a pas complètement disparu.
Le ciel devenu orange
Un peu plus loin, dans le jardin de Xavier, la limite entre la pelouse et la fagne est presque invisible. Le jour où tout a basculé, il se souvient d’abord de la couleur du ciel. " Subitement, il y a tout qui est devenu orange ici. L’air était irrespirable. C’était vraiment la guerre. " Le village de Sourbrodt est évacué, le taux de monoxyde de carbone dans l’air devenu trop élevé. Xavier, lui, ne quitte pas les lieux du regard. Il pense déjà à demain. " Il serait peut-être bon d’y réfléchir pour pouvoir agir plus rapidement ", glisse-t-il, pensant aux accès difficiles pour les pompiers et aux coupe-feu qu’il faudrait creuser autour du village.
Xavier, un des riverains des Fagnes, un mois après l’incendie. © David Wathelet
Un parking transformé en poste de ravitaillement
C’est sur le parking de son entreprise que Cindy a vécu ces journées d’incendie. Pas de flammes sous leurs yeux, mais une organisation à monter dans l’urgence. " On a commencé par une tonnelle et cinq personnes ", raconte Cindy. Très vite, le monde afflue. " On s’est retrouvés avec trois, quatre tonnelles, deux camions frigo, un barbecue, et des personnes qui se sont relayées pendant soixante heures. " Pompiers, agriculteurs, tracteurs chargés d’eau : tout le monde passe par ce point improvisé. " Quand ils n’avaient pas le temps de s’arrêter, on leur faisait des packs, on faisait drive-in, un peu comme dans un fast-food ", sourit-elle. Un mois plus tard, ce qui reste, ce ne sont pas les images de fumée. " Ce qui me reste en tête, c’est surtout l’élan de solidarité qu’il y a eu, plus que les images de l’incendie ", confie-t-elle. Elle pense déjà à la suite. " J’espère qu’il y aura un gros débriefing, une grosse analyse de ce qui s’est passé, pour que ces heures hors contrôle ne durent la prochaine fois que quelques minutes. "
Attendre que les barrières tombent
Trois mille hectares ont brûlé. Des barrières empêchent encore aujourd’hui d’accéder à certains sentiers, là où le paysage, dit-on, ressemble à une terre lunaire. Personne, pourtant, ne parle de partir. Philippe continue de venir deux fois par mois dans sa maison de vacances. Xavier court toujours autour de chez lui, même si certains chemins restent fermés. Cindy espère que la fagne " redeviendra un beau terrain de jeu ". Tous attendent la même chose : que les barrières tombent, pour retourner marcher dans ce paysage qu’ils connaissent depuis toujours.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.