«Macbeth»: une coche au-dessus
Le Metropolitan Opera retransmettait samedi dans les cinémas, en formule « Live at Home », et désormais sur demande sur l’application Apple TV, la nouvelle production de Macbeth dirigée par Yannick Nézet-Séguin. Le chef avait présenté cet opéra l’été dernier au Festival de Lanaudière, mais la proposition new-yorkaise se situait un sérieux cran au-dessus, et pas seulement en raison de la plus-value scénique.
Si nous partons du commentaire de la prestation lanaudoise, nous avions un « vainqueur vocal » avec la basse Alexandros Stavrakakis en Banquo, un excellent Matthew Cairns chantant Macduff avec panache, sûreté de ligne, impact et clarté, ainsi qu’un couple infernal très contrasté. Face à une Saioa Hernández tonitruante, qui a fait grand effet mais nous a laissé fort circonspect, Étienne Dupuis présentait une leçon de chant et de probité musicale. Nous écrivions cependant que Dupuis « n’est pas de la race des plus grands stentors qu’on a connus dans ce rôle et qu’on ne comprend pas pourquoi Macbeth est si méchant ».
Immense baryton
Tous ces questionnements et ces équilibres, la représentation du Metropolitan Opera diffusée samedi les réaligne. En premier lieu grâce à un baryton qui semble taillé sur mesure pour ce rôle, vocalement comme physiquement. Quinn Kelsey a tout du grand baryton verdien : timbre, puissance et, atout décisif dans ce rôle, une présence scénique véritablement hypnotisante. Il traduit et habite avec une quasi-animalité l’itinéraire psychologique de Macbeth, dominé par son épouse, puis progressivement dévoré par son destin.
Face à lui, Lise Davidsen fait exactement ce que Saioa Hernández ne faisait pas : elle multiplie les nuances, les ombres et les lumières, insidieuse dans sa manipulation. C’est le rôle qui lui importe, et pas son aigu au bout du crescendo ! Chose étonnante, la soprano a reçu des critiques respectueuses mais plutôt tièdes au début de la série de représentations. Nous ne saurions nous prononcer sur ce que l’on entendait alors en salle. Mais samedi, à l’écran, la chanteuse restituait fidèlement les métamorphoses de Lady Macbeth au fil des actes, et le couple dégageait une sacrée aura. Les incarnations de Freddie De Tommaso en Macduff et de Ryan Speedo Green en Banquo complétaient impeccablement le tableau.
Lorsqu’on ajoute à cela la luxuriance des forces chorales et orchestrales de la maison new-yorkaise, sous une baguette que nous avions qualifiée de « houle » et qui devenait ici de plus en plus riche et exaltée, il y avait de quoi passer un après-midi musical de haute tenue.
Rien ne manquait dans les mouvements de foule, les ballets, les apparitions de sorcières (fort importantes sur le plan symbolique dans l’abolition de tout ordre établi) ni dans les tensions dramatiques du Macbeth de Louisa Proske. La metteuse en scène et son équipe réussissent surtout un spectacle intemporel sur cet opéra de la destruction, avec des moyens intelligents et des codes classiques, comme la quasi-absence de coloris. Lorsqu’on a regoûté il y a quinze jours au sinistre Così fan tutte de Phelim McDermott — façon motel et parc d’attractions dans l’Amérique des années 1950 —, que nous avions vilipendé en 2018, ce type d’intelligence conceptuelle s’avère d’autant plus précieux. Le spectacle était précédé de l’hymne ukrainien annoncé par le directeur général de l’institution, Peter Gelb, soulignant que le pays avait besoin « du soutien du monde plus que jamais ».
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