En Inde, les initiatives en santé numérique ont entraîné «une hausse de 12% de vaccination chez les bébés»

À l'occasion de ses 10 ans, l'Observatoire de la e-santé dans les pays du sud (Odess) a récompensé l'ONG Khushi Baby, programme d'amélioration de la santé maternelle et infantile au Rajasthan (Ouest). Accompagnée par l'Odess depuis 2017, la plateforme Khushi Baby est désormais utilisée par 85 000 agents de santé communautaires et 60 000 patients. Ruchit Nagar, médecin et cofondateur de la plateforme, revient sur son bilan.
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RFI : Comment Khushi Baby est-il venu au monde ?
Ruchit Nagar : Khushi Baby est né en 2014 pour résoudre un problème de santé majeur en Inde. Chaque année, 500 000 enfants de moins de 5 ans décèdent des suites de maladies évitables par la vaccination. Nous n'avions aucun moyen d'identifier ces enfants, de savoir qui s'était fait vacciner ou non. L'objectif était donc de créer un outil à destination des agents de santé locaux, au sein des communautés, pour qu'ils puissent collecter et suivre les données vaccinales des bébés. Jusqu'alors, elles étaient majoritairement compilées sur papier et beaucoup de données étaient ainsi perdues.
On a mis au point une application pour les soignants, qui envoie aussi des rappels sur le téléphone des familles dans leurs dialectes, lorsqu'il y a un rendez-vous médical, une prise de médicament ou un vaccin à faire. Et cela a bien fonctionné. On constate 12 % de vaccination en plus chez les bébés dans les régions dans lesquelles nous sommes implantées.
L'idée de départ était même de créer un carnet de santé numérique sous forme de bijoux, mais elle a finalement été abandonnée, pourquoi ?
Effectivement. On s'est rendu compte que les nouveau-nés portaient des colliers avec un petit pendentif noir qui était censé les protéger du mauvais œil. On s'est dit que c'était une occasion de relier technologie et tradition. L'idée était d'insérer dans ces colliers une puce électronique qui contiendrait les données vaccinales des bébés, et qui se déverrouillerait chez le médecin.
Mais de nouveaux défis sont arrivés : comment on se procure ces puces en grand nombre ? Comment rendre disponible dans les mains de chaque soignant un smartphone capable de lire la puce, sachant que ces technologies sont onéreuses et pas forcément disponibles sur le marché local ? Nous avons finalement abandonné cette idée.
Avez-vous pu obtenir le soutien des autorités de santé ?
Oui. Nous sommes allées voir les autorités avec notre outil pilote. Le problème, c'est qu'elles-mêmes étaient désorganisées : il existait de multiples bases de données différentes et aucune n'était connectée. C'est un frein au bout de la chaîne, pour les agents de santé qui se trouvent sur le terrain et doivent s'occuper de tous les problèmes de santé de toute la communauté.
On a donc dû créer un outil commun. Aujourd'hui, cette plateforme est utilisée par 85 000 professionnels de santé au Rajasthan, au Maharashtra et au Karnataka et regroupe les données de 60 millions de personnes. Le projet de départ était également concentré sur la santé infantile et maternelle.
Quand nous avons rencontré le gouvernement de l'État, ils nous ont demandé de les aider au moment de la pandémie de Covid-19, puisque notre plateforme nous permettait de savoir par exemple si tel ou tel patient avait des comorbidités, d'autres pathologies, etc. Toutes ces informations étaient très précieuses pour mettre en place des services publics adaptés. Et c'est vers cela que l'on tend actuellement.
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