Quatre mois pour faire fructifier 300 000$
Investir en Bourse en ayant un horizon temporel éloigné est un luxe. S’offrir la possibilité de faire preuve de patience en cas de repli des marchés permet en effet d’espérer une croissance appréciable du capital. À l’inverse, lorsque l’argent s’avère nécessaire dans un horizon de quelques mois, est-il réaliste d’espérer faire mieux qu’avec un compte épargne sans pour autant compromettre le capital ?
Un client me demandait récemment de discuter des possibilités entourant des placements à court terme pour une somme de 300 000 $ qui lui permettraient d’obtenir un meilleur rendement tout en privilégiant la sécurité du capital et en gardant la flexibilité nécessaire pour retirer une partie ou même la totalité de cet argent en mars prochain.
Il cherchait à obtenir le beurre et l’argent du beurre, en somme.
Liquidité et protection du capital
Actuellement, les écarts entre les taux d’intérêt offerts dans les comptes épargne à intérêt élevé et ceux qui sont offerts dans les certificats de placement garanti (CPG) de 120 jours sont marginaux, ce qui, d’entrée de jeu, complexifie la réponse à cette question difficile.
Bien que le capital soit garanti par l’émetteur du certificat, il n’est généralement pas disponible avant la fin du terme lorsqu’il s’agit d’un CPG non rachetable. Concrètement, dans notre exemple, le client devrait renoncer à la possibilité de retirer son argent avant le mois de mars si les plans devaient changer pour ne finalement gagner que quelques centaines de dollars.
Si la protection du capital est primordiale, Épargne Placement Québec offre potentiellement le meilleur des compromis, certains produits étant à la fois liquides, associés à des taux concurrentiels et dotés d’un capital garanti par le gouvernement du Québec.
Remettre le rendement en perspective
Actuellement, ce client bénéficie d’un taux de 2 % dans son compte épargne bancaire, ce qui représente potentiellement un revenu d’intérêts de 2000 $ en quatre mois. Même si l’on suppose qu’un portefeuille diversifié génère le double, soit un rendement de 4 % sur la même période, le gain supplémentaire ne serait que de 2000 $. Est-ce suffisant pour justifier le risque de subir une perte en capital ? Dit plus clairement encore, est-ce qu’investir dans un portefeuille équilibré ou modéré plutôt qu’acheter des produits garantis devrait être envisagé dans ce type de situation ?
Procédons dans l’ordre. D’abord, même si la portion obligataire était composée d’obligations ayant une courte durée, elle ne serait pas sans risque et n’offrirait pas la protection du capital recherchée ici. Il s’agit d’une confusion fréquente : même composé d’obligations dont les échéances sont relativement courtes, ce produit n’est pas nécessairement adapté à un besoin de liquidités dans quatre mois, notamment parce que sa valeur peut fluctuer avec les écarts de crédit et les taux d’intérêt.
De plus, même pour un portefeuille se limitant à 40 % en actions, une baisse de 10 % survenue pendant la période d’investissement de quatre mois signifierait une perte de 12 000 $ seulement sur cette portion. Le rendement des titres à revenu fixe pourrait théoriquement atténuer cette perte, mais il pourrait tout aussi bien l’amplifier.
Ainsi, la réponse variera pour chaque personne. Elle dépendra de sa situation financière et de sa capacité à accepter des fluctuations des marchés. Par exemple, la réponse ne sera pas la même pour un individu détenant de nombreux autres placements ou ayant accès à une marge de crédit inutilisée ou à des revenus importants que pour celui dont l’investissement correspondrait à une portion importante de ses actifs ou qui aurait des engagements financiers serrés.
Quelques bonnes questions à poser avant de trancher
À quoi servira l’argent en mars ? Il existe une nuance importante entre la possibilité de devoir recourir à du capital pour un projet encore incertain ou pouvant être reporté et la possibilité de devoir faire un retrait pour des obligations fiscales ou financières ou un engagement formel.
Est-ce que la totalité est requise ? Si seule une partie de la somme à investir est assurément requise dans quatre mois, il est possible de conserver cette part en réserve de liquidités et d’investir le reste dans un portefeuille diversifié et dans des placements garantis.
Que me restera-t-il après impôt ? vous demanderez-vous. La fiscalité demeure un élément d’analyse à considérer en matière d’investissement. Si la stratégie retenue pour préserver le capital implique du revenu d’intérêts, il serait notamment important d’utiliser en priorité les droits de CELI inutilisés.
Les solutions à ce dilemme très fréquent entre sécurité et rendement ne sont pas universelles, mais une chose l’est : il vaut mieux choisir en fonction de sa capacité financière afin d’éviter de mauvaises surprises au moment de retirer l’argent.
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