« Vous êtes russes maintenant » : des Ukrainiens formés pour devenir soldats

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Trois jeunes Ukrainiens racontent l'endoctrinement qui a débuté à l'école avec l'entraînement militaire, puis l'effacement de la langue ukrainienne et de leur identité. Un dossier que suit attentivement le Canada, qui s'active pour le retour des milliers de jeunes ukrainiens déportés en Russie.
Ayant grandi en Crimée sous occupation russe, Matvii Chos craignait d'être enrôlé dans l'armée russe dès sa majorité.
Si vous êtes un homme et que vous avez 18 ans, ils vous enrôlent presque immédiatement
, a raconté le jeune homme de 19 ans à CBC News. Il s'est donc inscrit dans une université de Moscou pour éviter la conscription et a ensuite fui la Russie avec l'aide d'une organisation ukrainienne à but non lucratif.
Selon lui, le lavage de cerveau
et la militarisation ont commencé bien plus tôt. Des classes de cadets spéciales ont été mises en place dès 2020, alors qu'il était en sixième année. Ils étaient formés à diverses techniques militaires – chargement et rechargement d'armes, marche au pas, soins d'urgence – un effort coordonné, d'après Matvii Chos, pour former de futurs soldats destinés à combattre ses compatriotes ukrainiens.
Ce que fait la Russie, c'est occuper des territoires, kidnapper des enfants et les transformer en soldats russes.
Lors de la conférence internationale Voies vers la paix
, qui s'est tenue à Toronto le 29 septembre, cinquante pays ont signifié leur préoccupation face à la militarisation des enfants dans les territoires ukrainiens occupés et appelé au retour immédiat, sûr et inconditionnel
des enfants ukrainiens transférés de force en Russie.
Interdit de parler ukrainien
D'autres jeunes, qui se sont entretenus avec CBC News, ont décrit les différentes manières dont la culture et les valeurs russes leur ont été imposées dès leur enfance.
Daria Fursova, 23 ans, se souvient de la rapidité avec laquelle le programme scolaire de son école primaire a changé après l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, alors qu'elle avait 11 ans. L’administration a déclaré qu’il n’y aurait plus de livres ukrainiens à l’école, dans les classes
, a-t-elle relaté.
Peu de temps après, son école a cessé d'enseigner l'ukrainien et a commencé à lui enseigner l'histoire et la langue russes.
Parler ukrainien et tatar de Crimée — une langue considérée comme hautement menacée
par l'UNESCO — était interdit, même pendant les récréations, abonde Daria Tomashova, 18 ans, qui affirme que l'endoctrinement est omniprésent
, des manuels scolaires jusqu’aux émissions de télévision.

Un homme et ses deux enfants observent l'arrivée de chars russes en Crimée, en 2017.
Photo : Reuters / Stringer .
Daria Fursova a quitté la Crimée pour étudier à Kiev en 2021, c'est-à-dire avant l'invasion à grande échelle de l'Ukraine. Mais tous n’ont pas eu cette chance et, aujourd’hui, nombre de ses anciens camarades de classe ont rejoint l'armée russe.
20 000 enfants enlevés
Au-delà de la russification de la Crimée occupée, la communauté internationale s'inquiète de la manière dont la Russie a séparé de force des dizaines de milliers d'enfants ukrainiens de leurs familles, avant de les emmener sur le territoire russe. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié cet acte d'enlèvement de masse
assimilable à un génocide.
Nombre de ces enfants ont témoigné avoir subi des sévices pendant leur détention en Russie, notamment le placement en cellule d'isolement pour manque de coopération dans des camps de rééducation. D'autres se sont vu attribuer une nouvelle identité, ont été naturalisés comme Russes et placés de force dans des familles d'accueil en Russie.
Les autorités ukrainiennes estiment que la Russie a déplacé illégalement 20 000 enfants depuis le début de l’invasion en février 2022. Parmi eux, seuls 2650 environ ont été retournés à leurs familles jusqu’ici.
Cette campagne coordonnée a conduit à des poursuites devant la Cour pénale internationale contre le président russe Vladimir Poutine et la commissaire russe aux droits de l'enfant, Maria Lvova-Belova.

Maria Alekseyevna Lvova-Belova, commissaire présidentielle aux droits de l'enfant en Russie depuis le mois d'octobre 2021. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / AFP / MIKHAIL METZEL
Ottawa s'implique
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, affirme tenir Vladimir Poutine personnellement responsable des politiques qui ont conduit à ce que des enfants ukrainiens soient volés
à leurs familles.
J’espère que nous pourrons assurer le retour intégral de tous les enfants ukrainiens et que chaque personne ayant commis une injustice en kidnappant ces enfants subira les conséquences prévues par le droit international
, a déclaré Mme Anand dans une interview accordée à CBC.
Le Canada a engagé près de 7 millions $ pour soutenir les organisations œuvrant au retour des enfants ukrainiens chez eux et pour financer un soutien psychologique face aux traumatismes subis en raison de l’endoctrinement, de la militarisation et de la tentative russe de convertir ces enfants ukrainiens en membres de la machine de guerre russe
, précise la ministre.
L'une de ces organisations est Save Ukraine, une association caritative qui identifie les enfants kidnappés et mène des opérations de sauvetage.
Son fondateur, Mykola Kuleba, se dit reconnaissant du leadership du Canada sur cette question, mais souligne la gravité de la situation actuelle, certains jeunes Ukrainiens combattant vraisemblablement comme soldats russes sur le champ de bataille.
Nous devons comprendre que le temps presse pour ces enfants, et que, chaque jour, nous perdons un enfant emmené de force par l'armée russe
, a déclaré M. Kuleba, ancien commissaire aux droits de l'enfant d' Ukraine.

Mykola Kuleba, fondateur de Save Ukraine.
Photo : La Presse canadienne / Sammy Kogan
Matvii Chos fait partie de ceux qui ont bénéficié des services de Save Ukraine, qui lui a permis de fuir la Russie en lui fournissant nourriture, abri, soutien psychologique et documents d'identité.
Mais le processus a été éprouvant, a confié le jeune homme. Il a dû se rendre deux fois au consulat ukrainien en Biélorussie et a raconté que, si les autorités russes l’avaient fouillé et avaient trouvé quoi que ce soit, suggérant qu’il était pro-ukrainien, il aurait risqué plus de dix ans de prison en Russie.
J’ai réussi à m’échapper
, a déclaré Matvii Chos à l’assemblée des délégués de la conférence de Toronto, mais beaucoup d’enfants sont encore là-bas
.
D'après un article (nouvelle fenêtre) de Matvii Chos, CBC News
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