Harcèlement des jeunes: quand l'intelligence artificielle devient une confidente

De plus en plus de jeunes victimes de harcèlement se tourneraient vers des outils conversationnels artificiels pour évoquer leurs situations, d'après la dernière étude de l'association e-Enfance, publiée le 29 octobre. Si cet interlocuteur virtuel peut avoir quelques bienfaits temporaires et limités, l'heure est plus que jamais à la prévention et à l'accompagnement, prévient l'organisation.
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L'association e-Enfance, en partenariat avec la Caisse d'Épargne, a publié jeudi 29 octobre le baromètre annuel sur le harcèlement et le cyberharcèlement des jeunes. Cette sixième édition se concentre sur l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) par les victimes pour demander conseils et assistance.
Cette année, l'étude, qui porte sur des jeunes de 6 à 18 ans, confirme que le harcèlement et le cyberharcèlement sont devenus des phénomènes qui s'installent durablement dans la société. De fait, près d'un jeune interrogé sur trois déclare avoir subi une situation de harcèlement. Le cyberharcèlement progresse également rapidement, aidée par les réseaux sociaux, les jeux vidéo et l'utilisation massive de l'intelligence artificielle.
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Interlocuteur artificiel
Confronté à cela, les jeunes victimes sollicitent l'IA pour demander de l'aide, révèle l'enquête. « Ce qui nous interroge, c'est surtout que les enfants ont besoin de cette technologie pour parler, pour pouvoir avoir une conversation avec un interlocuteur qui puisse les aider », détaille Samuel Comblez, psychologue et directeur général adjoint de l'association e-Enfance.
« Ce que l'on voit, c'est que les jeunes utilisent l'intelligence artificielle avec un sentiment immédiat d'avoir été aidés. Mais nous observons surtout que ça les soulage de manière assez immédiate, poursuit-il. Est-ce que, pour autant, parce qu'ils se sentent soulagés, ils sont complètement protégés ? Cela reste une question ouverte qu'il va falloir certainement creuser, parce que je pense que les choses sont à différencier : le soulagement vient dans un premier temps, mais l'impression de protection doit se confirmer. »
« L'intelligence artificielle ne peut évidemment pas tout faire »
Qui plus est, les jeunes semblent se tourner d'abord vers l'IA pour s'entraîner, en quelque sorte, ou se préparer à parler ensuite à leurs parents. Le nombre de jeunes qui parlent à leurs proches a d'ailleurs augmenté par rapport à 2025, passant de six à sept cas sur dix.
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Si l'intelligence artificielle apporte un apaisement immédiat, elle n'est en aucun cas une solution pérenne et suffisante à la question grave du harcèlement. Et pour cause, dans certains cas extrêmes, le recours à l'IA a pu conduire plusieurs adolescents au suicide. En 2025, un adolescent américain de 16 ans s'est donné la mort après avoir échangé pendant plusieurs mois avec ChatGPT pour lui expliquer ses problèmes. Ses parents ont déposé plainte, reprochant à ChatGPT d'avoir fourni à leur fils les moyens de passer à l'acte.
« Ce n'est pas forcément une mauvaise chose que l'intelligence artificielle soit utilisée dans un premier temps pour pouvoir évoquer ces situations », estime toutefois Samuel Comblez. Pour autant, « il ne faut pas que le jeune s'enferme dans cette relation et finisse par privilégier uniquement l'intelligence artificielle pour pouvoir s'en sortir, développe le psychologue. Pour pouvoir sortir des situations de harcèlement et de cyberharcèlement, il faut quand même l'aide d'un adulte. L'intelligence artificielle ne peut évidemment pas tout faire. »
«Il faut quand même l'aide d'un adulte», Samuel Comblez, psychologue
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«Il faut quand même l'aide d'un adulte», Samuel Comblez, psychologue
Finir par croire que le problème vient de soi
Perte de confiance en soi, anxiété... Le harcèlement, sous toutes ses formes, touche aussi bien les jeunes victimes que leur entourage. Une sorte d'anticipation anxieuse s'installe en effet après un harcèlement. La victime ou le témoin ressent une anxiété quasi-permanente à l'idée que cela recommence ou que cela lui arrive à son tour.
« Près d'une victime sur deux dit avoir perdu confiance en elle et quatre sur dix se sont repliées sur elles-mêmes à force d'être humiliées », constate Samuel Comblez. D'autant qu'un enfant « peut finir par croire que le problème vient de lui, poursuit-il. C'est souvent ce que l'on entend sur notre plateforme 3018 et ça suppose que faire cesser les violences, c'est évidemment essentiel. Au-delà de la cessation de ces violences, il faut également aider les jeunes victimes à retrouver leurs place et sa confiance dans les autres, et ça prend souvent un petit peu plus de temps. »
Le baromètre 2026 d'e-Enfance souligne ainsi l'urgence de renforcer les outils de prévention et d'accompagnement existants, et aussi de mieux les faire connaître au public. Pour se faire aider par un adulte, il y a le 3018, un numéro national ouvert tous les jours de 9 heures à 23 heures et destiné aux victimes de cyberharcèlement et aux parents. Cependant, plus de sept jeunes sur dix et plus de six parents sur dix ne connaissent pas l'existence de cet outil d'accompagnement national.
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