Lutte contre les Airbnb illégaux | Au cœur d’un blitz d’inspection

« Ville de Montréal. Inspection. Veuillez ouvrir. » Cette phrase, les patrouilleurs de l’escouade contre les Airbnb illégaux la répéteront souvent aujourd’hui. En cognant aux quelque 200 portes d’un immeuble de logements, ils cherchent à repérer de visu des appartements offerts illégalement en location à court terme.
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Nous sommes le 28 octobre, au petit matin, rue Saint-François-Xavier dans le Vieux-Montréal. La Presse accompagne une dizaine d’inspecteurs dans un « blitz d’inspection » ordonné dans les derniers jours.
Ce lieu n’a pas été choisi au hasard. Les inspecteurs détiennent des informations voulant que jusqu’à 60 % des logements puissent y être illégalement loués sur des plateformes d’hébergement touristique. Ce sont des locataires, « les yeux et les oreilles de l’escouade », qui ont sonné l’alarme en coulisses, via un groupe de messagerie texte.
PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE
Breffage des patrouilleurs contre les Airbnb illégaux avec le cheffe de l’escouade, Korinne Foucher (à gauche)
La journée commence tôt, dès 8 h, par une réunion en présence de la dizaine d’inspecteurs, dans une salle réservée par l’un des propriétaires de l’immeuble. Ce dernier collabore à l’opération, un fait rare, nous dit-on. La cheffe de l’escouade, Korinne Foucher, donne une série d’instructions à ses employés, en insistant sur un mot d’ordre : le respect.
« Si vous avez des touristes, n’hésitez pas à y retourner plus tard, surtout s’ils se préparent pour la journée ou s’ils vous refusent l’accès », leur dit-elle.
On ne s’obstine pas avec les gens, mais on fait valoir le fait qu’on a le droit d’être ici et que ça fait partie de nos pouvoirs.
Puis, les inspecteurs se divisent les étages et partent en trombe. Leur objectif : aller le plus rapidement possible pour ne pas laisser le temps aux occupants d’anticiper leur arrivée. En cognant aux portes, ils découvrent le plus souvent des occupants incrédules, qui pensent parfois avoir affaire à des policiers. Dans certains cas, personne ne répond et dans d’autres, on entend la porte se verrouiller.
« Le défi, c’est de voir quand le décor est monté de toutes pièces, explique Mme Foucher entre deux appartements. Ils inventent des photos de famille, ils vont mettre une brosse à dents ou une brosse à cheveux sur le coin du lavabo, ils vont remplir le frigidaire, les garde-robes. »
Un travail de moine
Outre le travail d’inspection, il y a la collecte d’informations. En temps réel, les photos prises dans les appartements sont transmises à deux préposés, qui tentent de les transformer illico en éléments de preuve.
« L’objectif, c’est d’ensuite pouvoir aller lier les logements qu’on visite aux annonces illégales que l’on trouve sur l’internet. On a donc besoin de documenter toutes les caractéristiques architecturales de chaque appartement. On vérifie tout de A à Z », résume Mme Foucher.
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Les patrouilleurs doivent documenter toutes les caractéristiques architecturales des appartements qu’ils inspectent.
C’est en suivant ce modus operandi que l’escouade peut commencer à prouver la culpabilité des hôtes, puis en venir à imposer de lourdes sanctions financières allant de 1000 $ à 4000 $, selon la nature de l’infraction.
« Ça pourrait être encore plus cher, mais en ce moment il y a des lois qui empêchent qu’on donne des amendes plus élevées. De toute façon, nous, on peut y aller à plusieurs reprises. L’idée, c’est d’être assez dissuasif pour que ça cesse durablement », note la gestionnaire.
Sur place, le vice-président de la société Canadian Urban Limited, qui a acquis le bâtiment en mai, se dit soulagé par la présence de la Ville. « On était conscients du problème, et on était déterminés dès le premier jour à y remédier », avance Kasper Hemmingsen.
Selon lui, ce sont surtout des propriétaires d’unités qui mettent les logements sur les plateformes de location. Des stratagèmes, comme de faux baux avec des locataires qui signent et qu’on ne revoit plus jamais, sont parfois utilisés.
On ne cherche pas une solution temporaire, ni à juste réduire le nombre de locations touristiques illégales. Notre objectif, c’est de les éliminer complètement.
Il dit toutefois s’attendre à ce que cela prenne du temps, en travaillant avec la Ville de Montréal. « On ne reculera pas. […] Les plus belles propriétés méritent les plus beaux quartiers résidentiels. Et les locations touristiques illégales sont fondamentalement incompatibles avec cette vision. »
Des changements en cours
Tout cela survient alors qu’une grande réforme du règlement Airbnb est en cours à Montréal.
En campagne l’an dernier, la mairesse Soraya Martinez Ferrada s’est en effet engagée à « s’aligner » avec certaines municipalités comme Québec et Sherbrooke, où les citoyens peuvent mettre en location leur résidence principale pour un maximum de 90 jours par année, peu importe à quel moment.
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Korinne Foucher avec des membres de son escouade
Pour l’heure, toutefois, rien n’est encore concrétisé. Jusqu’à nouvel ordre, c’est toujours le règlement de l’ex-administration Plante qui s’applique. Celui-ci proscrit les locations touristiques dans une résidence principale en dehors d’une fenêtre estivale allant du 10 juin au 10 septembre.
Sur le terrain, la force de frappe de l’escouade sera quant à elle bientôt augmentée. La Ville embauchera d’ici quelques mois huit nouveaux inspecteurs, qui porteront son effectif total à près d’une vingtaine d’employés.
« On veut que les gens se sentent écoutés, qu’ils ne se sentent pas abandonnés par la Ville. Le but, c’est d’avoir un règlement que les gens respectent et adoptent, mais aussi qu’on parvienne à appliquer. Savoir qu’il y a une escouade qui sera là pour le défendre, c’est rassurant », conclut Korinne Foucher.
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