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Saturday, October 24, 2026

L’exemple du «cheuf»

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Il y a déjà plusieurs décennies que des historiens nationalistes ont entrepris de réhabiliter Maurice Duplessis, que les fédéralistes auraient accusé d’avoir plongé le Québec dans la « Grande Noirceur » afin de mieux déprécier ses efforts pour défendre l’autonomie de la province.

La classe politique est demeurée plus circonspecte. En 1977, le gouvernement Lévesque a tiré sa statue des caves du parlement, où elle était entreposée depuis 16 ans, mais l’obscurantisme et la corruption qui avaient marqué son régime ont continué d’alimenter la controverse.

François Legault vantait déjà ses mérites, mais Éric Duhaime s’est clairement présenté comme l’héritier du « cheuf » jeudi, lors de la cérémonie d’assermentation des 19 députés conservateurs élus le 5 octobre dernier. Une première pour cette bannière depuis l’assermentation ayant eu lieu en novembre 1935, peu avant que Duplessis, dernier héritier du Parti bleu, fondé en 1850 par George-Étienne Cartier, ne le saborde pour fonder l’Union nationale.

Le Duplessis dont se réclame le chef du Parti conservateur du Québec n’est évidemment pas celui de la « loi du cadenas », qui s’intitulait officiellement Loi protégeant la province contre la propagande communiste (1937), ou encore celui du scandale du gaz naturel de 1957, causé par le délit d’initié qui avait enrichi plusieurs ministres et hauts fonctionnaires. C’est plutôt sa lutte acharnée en faveur de l’« autonomie provinciale », ancêtre de la « troisième voie », et du rapatriement de notre « butin » qu’entend poursuivre M. Duhaime maintenant que la Coalition avenir Québec n’est plus dans le portrait.

Il devrait toutefois réfléchir aux écueils auxquels s’est heurté son héros.

Le chef conservateur propose de s’allier à d’autres provinces canadiennes afin de créer un rapport de force face à Ottawa. C’est précisément ce qu’avait fait Duplessis dès son arrivée au pouvoir en 1936, estimant que l’autonomie provinciale constituait l’essence même du pacte confédératif de 1867. Une vision que défendait aussi, il est bon de le rappeler, son prédécesseur et adversaire libéral Louis-Alexandre Taschereau.

Le premier ministre unioniste avait trouvé un allié, également libéral, en la personne de son homologue ontarien Mitchell Hepburn pour faire échec à la volonté centralisatrice d’Ottawa qu’avaient justifiée les recommandations de la commission Rowell-Sirois, mise sur pied en 1937 afin de tirer les leçons constitutionnelles et fiscales de la crise économique des années 1930. Son rapport est à l’origine de programmes comme l’assurance-emploi, les allocations familiales ou encore le Régime de pensions du Canada.

Cette alliance s’est dissoute après la Seconde Guerre mondiale. Alors que Duplessis a exigé le retour des revenus fiscaux — le fameux « butin » — cédés temporairement au gouvernement fédéral et a institué un impôt provincial sur le revenu en 1954, l’Ontario, dirigé par un nouveau premier ministre, a préféré s’entendre avec Ottawa.

Il a démontré que le Québec ne doit compter que sur lui-même pour arracher des morceaux d’autonomie, et que cela peut avoir un coût. Les universités québécoises ont souffert pendant des années de son refus qu’Ottawa les subventionne directement, tandis que les autres provinces n’avaient soulevé aucune objection à voir le fédéral piétiner leur champ de compétence. Après sa mort, un transfert fiscal a finalement permis au Québec de préserver le sien, mais le sous-financement d’hier n’a jamais été rattrapé.

Il était assez divertissant d’entendre aussi bien Paul St-Pierre Plamondon qu’Éric Duhaime se réjouir des résultats du référendum tenu lundi dernier en Alberta.

Parler d’une remise en cause de l’ordre constitutionnel et des abus de pouvoir du régime fédéral, comme l’a fait le nouveau premier ministre, ressemble plutôt à un abus de langage. On ne lui fera pas l’injure de croire qu’il pense réellement que les colonnes du temple ont été ébranlées.

De son côté, le chef conservateur est aussi allé un peu vite en affaires en présentant Danielle Smith comme une solide alliée du Québec dans le combat pour l’autonomie. S’il s’agit d’arracher des milliards de dollars à Ottawa, il est vrai que sa recette semble bonne : Mark Carney est un banquier qui sait que l’argent est fait pour être dépensé. Mais dépouiller le gouvernement fédéral de ses pouvoirs au profit des provinces est une tout autre affaire.

D’ailleurs, l’appétit pour des changements constitutionnels a semblé diminuer au fur et à mesure que les résultats du référendum étaient comptabilisés. Il serait intéressant de sonder les Québécois sur les questions auxquelles les électeurs albertains étaient invités à répondre. Leur désir d’autonomie serait sans doute plus manifeste, mais à quel point ?

Une majorité d’Albertains entendent laisser au fédéral la possibilité d’utiliser son « pouvoir de dépenser » pour s’ingérer dans des domaines qui sont aussi manifestement de compétence provinciale que la santé ou l’éducation. Ils ne tiennent pas non plus à ce que les lois provinciales aient préséance sur les fédérales. Le prétendu rapport de force s’est dégonflé. À Ottawa, on doit être mort de rire.

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