Croissance à zéro au Québec : « C’est moche! »

Le constat est brutal : le Québec est en panne sur le plan économique. Avec la guerre tarifaire qui perdure et la stagnation de la population active, la croissance économique du Québec est à zéro. Selon l’économiste en chef de la Banque nationale, Stéfane Marion, « on va se le dire, en toute franchise, c’est moche et ce n’est pas acceptable ».
Indépendamment de [leurs] visions politiques, clairement, les politiciens au Québec doivent avoir une allégeance en priorité à l’économie du Québec
, a expliqué Stéfane Marion à Zone économie mardi.
Le surplace qu’on voit présentement, c’est troublant. Oui, ça reflète un peu les tensions commerciales avec les États-Unis alors que le Québec se fait frapper par des tarifs plus importants que les autres provinces, mais il y a d’autres choses.

Un graphique montrant l'évolution du PIB réel par industrie canadien et québécois.
Photo : Radio-Canada
Le tarif effectif moyen sur les exportations du Québec s’élève à 11,5 %, selon les calculs de la Nationale, avec les droits annoncés depuis le début de 2025 et ceux de 50 % imposés depuis le mois d’août par l’administration Trump.
C’est la raison pour laquelle le secteur manufacturier, au cours des 12 derniers mois, est en contraction de 4,8 % au Québec, alors que, dans le reste du Canada, c’est autour de 2,5 %. Alors, ça frappe deux fois plus fort le secteur manufacturier [du Québec].

Un graphique montrant les taux tarifaires moyens sur les exportations des provinces canadiennes avant et après les tarifs douaniers de Donald Trump.
Photo : Radio-Canada
Le Québec a perdu environ 130 000 emplois depuis le début de l’année. Deux grandes raisons pour expliquer ce recul, selon Stéfane Marion : Il y en a la moitié [de ces pertes d’emplois] qui pourrait être attribuable au cyclique – les tarifs, les taux d’intérêt un peu plus élevés –, mais l’autre moitié, c’est les enjeux propres au Québec.
On ne peut pas que blâmer monsieur Trump
, affirme l’économiste de la Nationale. La moitié de la baisse d’emploi provient du vieillissement de la population
, dont les effets sont amplifiés, ces jours-ci, par la réduction de l’immigration.
Le Québec représente maintenant 26 % de tous les départs à la retraite au Canada. C’est 83 000 individus qui, dans les 12 derniers mois, ont quitté le marché du travail pour prendre leur retraite. C’est historique! On doit calibrer nos politiques d’immigration pour permettre à nos entrepreneurs d’avoir un bassin en croissance.

Ce sont 83 000 individus qui, dans les 12 derniers mois, ont quitté le marché du travail pour prendre leur retraite au Québec (axe Y exprimé en milliers).
Photo : Radio-Canada
Vous savez, la baisse du bassin de travailleurs en région est aussi importante présentement que ce qu’on a subi au pire de la COVID
, où des milliers de personnes ont été mises à pied.
Le nouveau gouvernement du Québec prévoit une réduction importante de l’immigration permanente et temporaire. Paul St-Pierre Plamondon propose de faire passer le nombre d’immigrants permanents de 45 000 à 35 000 par année. Et il envisage de réduire de moitié le nombre d’immigrants temporaires, actuellement autour de 530 000.
Si le gouvernement garde ce cap, il est crucial, selon Stéfane Marion, de provoquer une importante amélioration de la productivité. Pour cela, dit-il, il faut encourager plus fortement les investissements en ce sens et compenser les tarifs américains par un allégement de la réglementation qu'il qualifie de punitive
en ce moment.
Les cibles d’immigration présentées actuellement ne sont tout simplement pas compatibles avec ce qu’on a comme problème de main-d’œuvre.
Hausse de taux à venir
Un autre enjeu important pour le Québec : c’est la possibilité de voir la Banque du Canada augmenter son taux directeur à plusieurs reprises dans les prochains mois, alors que la croissance est meilleure qu’attendu au Canada, mais anémique au Québec.
La Banque du Canada a révisé à la hausse ses prévisions d’inflation au Canada pour 2027, les faisant passer de 2 % à 3,1 %. C’est une révision majeure, qui laisse clairement entrevoir d’autres hausses du taux directeur, après la majoration annoncée mercredi.
Dans les circonstances, la croissance économique du Québec pourrait être ralentie davantage par la politique monétaire de la Banque du Canada.
Ajoutant qu’une politique d’austérité, comme celle envisagée dans le cadre financier du Parti québécois durant la campagne électorale, pourrait également faire pression sur la croissance du PIB.
Si le Québec est parvenu à échapper à la récession dans les derniers mois, l’année 2027 s’annonce complexe. Tout un défi pour le nouveau gouvernement du Québec.
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