Grand format : pourquoi cet été 2026 a-t-il été exceptionnel ? (et ne le sera plus tant que ça)

Voici le village de Trois-Ponts, dans le sud de la province de Liège. Et ses habitants, représentés par des points.
Cet été, c’est l’équivalent de toute sa population qui est décédée, et même plus. C’est comme si Trois-Ponts avait été rayé de la carte.
Chacun de ces points représente un Belge qui n’aurait pas dû mourir cet été, et qui pourtant est décédé. En cause, pour la plupart : les périodes de forte chaleur que l’on a connues. Ils sont 2945. Au moins*.
Les scientifiques de Sciensano obtiennent ce chiffre en comparant le nombre de décès observés au nombre de décès attendus sur la base des tendances passées. C’est le bilan macabre d’un été hors norme qui, demain, n’aura plus rien d’exceptionnel…
L’été le plus chaud qu’ait connu la Belgique depuis 1833 (début des mesures), avec une température moyenne record de 20,3 °C, soit plus de 2 °C au-dessus de la normale.
En un été, 3 vagues de chaleur se sont succédé, presque 4, si la définition du phénomène avait été un peu différente.
L’IRM parle de « vague de chaleur » lorsque les maxima à Uccle atteignent au moins 25 °C durant au moins 5 jours consécutifs, dont au moins 3 jours avec 30 °C ou plus.
Ces bulles représentent toutes les vagues de chaleur relevées en Belgique depuis 1911. Plus une bulle est grosse, plus la vague est longue.
Plus elle est haute, plus elle est intense, c’est-à-dire plus sa température maximale moyenne est élevée.
Entre 1911 et 1991, la Belgique connaissait en moyenne un peu moins d’une vague de chaleur tous les 3 ans. De 1991 à 2020, on est passé à une tous les 18 mois. Et depuis 2021, à plus d’une par an.
En 2026, on est donc à 3 vagues en un seul été. Cumulées, elles auront duré 30 jours. Avec une température maximale la plus élevée de 40,4 °C atteinte à Houyet le 27 juin.
La vague de chaleur du mois de juin est la plus marquante. Elle est particulièrement longue (12 jours dont 7 à 30 °C ou plus).
Précoce, elle surprend les Belges et ne leur laisse aucun répit. Les nuits chaudes (15 °C ou plus) s’enchaînent pendant deux semaines. Le mercure ne redescend pas. Impossible d’évacuer la chaleur accumulée durant la journée.
La chaleur tue. Cette première vague de chaleur aura causé 2035 décès supplémentaires en Belgique du 18 juin au 3 juillet, selon Sciensano : 48,8% en plus qu’attendu.
Le 27 juin est le jour le plus meurtrier : 641 décès selon Sciensano (654 selon Statbel), plus du double d’un 27 juin ordinaire.
Dézoomons pour retrouver toute l’année 2026. En rouge : les décès quotidiens en Belgique depuis le 1er janvier.
Superposons la courbe des décès de l’année 2020, l’année du Covid-19.
Le pic du 27 juin 2026 approche celui du 10 avril 2020 : 675 décès en pleine pandémie.
Reprenons uniquement la courbe 2026, et enroulons-la sur un cercle : chaque jour occupe une position sur l’anneau. Plus le trait s’éloigne du centre, plus la surmortalité de ce jour-là est élevée.
Si l’on reprend le même anneau, mais avec une courbe pour chaque région, on voit que c’est la Wallonie qui est la plus touchée. Selon Sciensano, sur la période du 18 juin au 3 juillet, le sud du pays affiche un taux de surmortalité impressionnant de + 78,2%, contre + 65,6% à Bruxelles et + 31,2% en Flandre.
Sur l’ensemble de l’épisode, du 18 juin au 12 juillet, l’arrondissement de Liège est le plus touché (+ 80,8%), suivi par celui de La Louvière (+ 60,5%).
À l’échelle européenne, dans la semaine du 22 au 28 juin, la Belgique est clairement le pays le plus touché, avec la France. Pour établir cette carte, EuroMOMO, le réseau européen de surveillance de la mortalité, se base sur un « z-score », qui mesure l’écart entre les décès observés et les décès attendus. En France et en Belgique, cet écart est « très élevé ».
Les humains souffrent, la nature aussi. Malgré cette première vague de chaleur, le mois de juin a été particulièrement pluvieux. Puis le ciel s’est tu : plus une goutte à l’horizon.
Les mois de juillet et d’août ont été très secs : en 46 jours, du 1er juillet au 15 août, il est tombé à peine 13 mm à Uccle, contre 115,6 mm en moyenne sur la période de référence 1991-2020.
Et il a fait particulièrement sec dans les Hautes-Fagnes où l’on n’a enregistré que 19 mm de précipitations. C’est presque 10 fois moins que d’habitude (170 mm).
Résultat : le 13 août, aux alentours de 13h, c’est l’étincelle. À l’est de Jalhay, au nord d’Ovifat, à quelques pas de la frontière allemande, le feu prend.
Les pompiers montent à l’assaut. Mais l’incendie finira par ravager plus de 2655 ha.
Jamais autant de surface n’avait brûlé en Belgique en une seule année : 3038 hectares depuis le 1er janvier, soit 13 fois la moyenne des vingt dernières années et près de 40% de plus que le précédent maximum.
Prenons un peu de recul, grâce au modèle climatique MAR mis au point par Xavier Fettweis, climatologue et professeur à l’ULiège. La courbe que vous voyez donne le nombre de jours à plus de 30 °C par été depuis 1950 pour un point situé sur la Grand-Place de Bruxelles, en plein îlot de chaleur.
Un coup d’œil dans le rétro confirme que l’été 2026 est un « ovni climatique » : il surpasse de presque un facteur 2 l’anomalie de températures du fameux été 1976.
Si on fait une moyenne sur 10 ans pour lisser les données (c’est la ligne pleine en bleu), la courbe ne fait que monter.
Et à l’avenir ? La ligne rouge est la moyenne de six modèles climatiques, dans un scénario d’émissions élevées de dioxyde de carbone liées aux activités humaines.
Dans le scénario qui se profile, l’été que nous venons de vivre va devenir progressivement la norme. Sachant que l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, nous sommes même en avance sur les prévisions.
Il faudra donc s’adapter, sans oublier les efforts à faire pour atténuer le réchauffement climatique, ce qui demande de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Côté wallon, la ministre du Climat, Cécile Neven (MR), a promis une vingtaine de mesures d’ici à la fin de l’année.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.