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Friday, September 25, 2026

Quel rôle jouent les Houthis dans le conflit au Moyen-Orient ? "Ce n’est pas une marionnette de l’Iran, ils ont leur propre agenda"

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Retour en arrière. 15 mars 2025. Des dizaines de raids aériens s’abattent sur le Yémen. C’est le début de l’opération "Rough Rider" ordonné par Donald Trump. L’objectif du président américain : "anéantir complètement" les rebelles houthistes. Depuis plusieurs mois, ces derniers mènent des frappes contre des navires en Mer Rouge en solidarité avec les Palestiniens de la bande de Gaza, suite à l’offensive d’Israël en représailles de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

L’opération durera presque deux mois. Les États-Unis annoncent fin avril avoir "frappé 800 cibles au Yémen, tuant des centaines de Houthis". Un accord de cessez-le-feu, négocié par Oman, entre finalement en vigueur le 6 mai 2025.

Depuis, les rebelles houthistes s’étaient montrés plus discrets… Jusqu’à cet été 2026. Ils relancent en juillet une offensive contre les forces gouvernementales du Yémen et leur allié saoudien et parviennent, en septembre, à prendre contrôle de l’ensemble du littoral yéménite de la mer Rouge jusqu’au détroit de Bab el-Mandeb, une voie maritime stratégique qui leur permet de disposer d’un moyen de pression dans le conflit au Moyen-Orient. Ils accumulent également des gains territoriaux à l’intérieur du pays qui leur ouvrent la voie vers de grandes villes yéménites comme Aden ou Marib.

Les Houthis contrôlent aujourd'hui environ 30% du territoire, principalement dans le Nord-Ouest. Une zone qui concentre entre 70 et 80% de la population du pays.

© RTBF

Ils attendaient leur heure, cette heure est arrivée.

"Beaucoup d’observateurs s’interrogeaient sur la discrétion des Houthis alors que la guerre faisait rage chez leur allié, en Iran", retrace Didier Leroy, chercheur à l’Institut Royale Supérieur de Défense. "Ne disposaient-ils plus de l’aide iranienne pour leur propre arsenal, ce qui expliquerait qu’ils ne montaient pas au créneau en solidarité avec Téhéran ? Ou avaient-ils été suffisamment refroidis par les frappes américaines dans le cadre de l’opération Rough Rider en 2025 ? Ou par les raids israéliens qui ont suivi et tué une partie de leur gouvernement ? Force est de constater qu’en fait ils planifiaient plutôt cette campagne offensive terrestre le long de la plaine littorale de la façade occidentale du Yémen sur la mer Rouge. C’était manifestement cela qui primait. Ils attendaient leur heure, cette heure est arrivée. Et là c’est clair, qu’ils ont effectué des gains territoriaux non négligeables."

Le double front houthiste

Souvent présentés comme agissant en soutien avec l’Iran, les Houthis sont loin d’être une "simple marionnette de Téhéran", souligne Didier Leroy. "Ils ont aussi leur propre agenda."

À l’échelle nationale d’abord, les rebelles houthistes sont engagés depuis douze ans dans une guerre civile contre les forces gouvernementales du Yémen, reconnues par la communauté internationale, et leurs alliés saoudiens. Cette nouvelle offensive marque en réalité une nouvelle étape dans un conflit qui remonte à la prise de contrôle par les Houtis de la capitale du Yémen, Sanaa, en septembre 2014.

Davantage qu’un soutien à l’Iran, l’objectif de cette nouvelle offensive est donc surtout d’étendre leur contrôle territorial sur le Yémen et d’affaiblir l’Arabie saoudite. Les frappes contre l'Arabie saoudite, et réciproquement, se sont d’ailleurs fortement intensifiées ces derniers jours.

À l’échelle internationale ensuite, les Houtis font partie de l'"Axe de résistance" qui désigne l’alliance politique et militaire entre l’Iran, le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza et diverses milices en Irak et en Syrie. Il s’agit d’un groupement informel de tous les ennemis affirmés d’Israël et des Etats-Unis, et coalisé par Téhéran. Ce réseau, soutenu par les Gardiens de la Révolution, permet à l’Iran d’exercer son influence et de mener des opérations militaires contre Israël sans une confrontation directe.

Dans ce cadre, les Houthis ont considérablement développé leurs capacités politiques et militaires ces dernières années. "C’est un partenaire de plus en plus important de Téhéran, ça c’est clair", constate Didier Leroy. "Un partenaire qui a en plus cumulé les victoires, là où les autres partenaires de Téhéran ont plutôt cumulé les défaites ces derniers temps, donc c’est pour ça qu’il gagne en visibilité."

Les États-Unis n’interviennent pas, pour le moment

Il semblerait néanmoins que, dans cette nouvelle offensive, les Houthis veillent à ne pas s’aliéner les États-Unis. Dès l’annonce de la prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, les responsables houthistes ont déclaré que seuls les navires saoudiens seraient visés.

Ryad a depuis demandé à plusieurs reprises à son allié américain d’intervenir pour contenir les dernières avancées des Houthis, selon des médias américains, mais sans succès pour l’heure. Dimanche, comme pour justifier sa décision de ne pas intervenir, le président américain Donald Trump a affirmé que les Houthis avaient accepté de ne pas s’en prendre aux Etats-Unis.

"C’est évidemment pour les Houthis une manière de gagner du temps et surtout de consolider cette présence qui leur donnera un levier sur le goulot d’étranglement que constitue le détroit de Bab-el-Mandeb", estime Didier Leroy.

Mais la situation pourrait rapidement évoluer. Les Houthis ont d’ores et déjà annoncé qu’ils frapperaient les intérêts américains au Moyen-Orient si Washington s’engageait en faveur de l’Arabie saoudite ou intervenaient dans le détroit de Bab el-Mandeb.

Une crise humanitaire qui n’en finit pas

Le Yémen connaît l’une des pires crises humanitaires au monde que les recrudescences de ce conflit viennent à chaque fois un peu plus accentuer. L’acheminement de l’aide y est en effet de plus en plus compliqué.

Depuis début septembre, les combats entre les forces gouvernementales, appuyées par les avions saoudiens, et les Houthis ont fait des centaines de morts au Yémen, selon des sources dans les deux camps. Au total, selon une estimation de l’AFP basé sur ces sources, quelque 750 combattants ont été tués, ainsi que des dizaines de civils.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNCHR), l’intensification des combats au Yémen pourrait entraîner de nouveaux déplacements massifs et pousser un nombre croissant de personnes à fuir, tant à l’intérieur du Yémen que vers Djibouti, la Somalie et d’autres pays. Plus de 130.000 personnes ont déjà été contraintes de fuir leur foyer depuis le début du mois de septembre.

Avant même cette récente escalade, plus de 5,2 millions de personnes étaient déplacées à l’intérieur du Yémen. L’ONU estime que plus de 22 millions de personnes – soit près de la moitié de la population - ont besoin d’une assistance humanitaire dans le pays.

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