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Thursday, October 8, 2026

Voilà à quoi pouvait ressembler un Homo sapiens il y a 300.000 ans

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Lorsqu’en 2017 les fossiles d’anciens humains mis au jour sur le site de Jebel Irhoud, au Maroc, ont été attribués à Homo sapiens et datés de 300.000 ans, l’histoire de notre espèce a été littéralement réécrite. Nos ancêtres directs ont non seulement vécu plus tôt qu’on ne le pensait, mais aussi bien plus au nord-ouest de l’Afrique qu’on ne le supposait. Mais à quoi ressemblaient-ils ?
Le designer brésilien Cicero Moraes est un spécialiste de la reconstitution des visages, aussi bien dans le cadre de la recherche en médecine légale que pour la fabrication de prothèses ou pour des expositions. En se basant sur des logiciels de modélisation 3D, il donne aujourd’hui un visage à un sapiens de Jebel Irhoud. Une image forte, même s’il ne s’agit que d’une proposition.

À quoi ressemblaient les premiers Homo sapiens il y a 300.000 ans ?

Une proposition en effet, car toutes les reconstitutions faciales d’individus anciens se heurtent à plusieurs inconnues, même si elles s’appuient sur des données irréfutables. Dans ce cas précis, l’équipe de Cicero Moraes a virtuellement « habillé » de chair et de poils le crâne reconstruit en 2017 par les chercheurs de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionnaire de Leipzig à partir de divers ossements issus du site de Jebel Irhoud. Une animation vidéo réalisée à partir de scans en trois dimensions le présentait sous tous les angles. Il a donc suffi de récupérer les vues nécessaires – frontale et latérale – afin de générer leur propre modèle.
Mais ce crâne virtuel ne peut dire à lui seul quel volume de tissus mous le recouvrait. C’est pourquoi le travail de reconstitution s’appuie également sur une tomographie du visage d’un humain moderne en procédant à l’ajustement de son crâne pour qu’il corresponde à celui de Jebel Irhoud. Cette technique, qui s’appelle la déformation anatomique, a pour « objectif d’adapter la structure du crâne du donneur au crâne cible et de propager cet ajustement aux tissus mous, ce qui aboutit à une approximation faciale cohérente avec l’apparence de l’individu de son vivant », expliquent les chercheurs dans la revue heritage.

reconstitution du visage du premier Homo sapiens, Jebel Irhoud, Maroc

Photogrammes obtenus à partir de la vidéo de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionnaire de Leipzig et ajustements progressifs pour réaliser la déformation anatomique. Crédits : Moraes et al., 2026, heritage

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Le crâne du premier Homo sapiens est un assemblage de plusieurs spécimens

Une fois achevé, le modèle créé a été confronté aux données numériques obtenues sur les ossements sources, afin de vérifier leur correspondance exacte. Ainsi, le volume endocrânien obtenu par le design 3D, de l’ordre de 1364 ml, correspond assez bien à celui du fossile assemblé (1375 ml) de la vidéo originale, alors que celui d’un humain moderne tourne autour de 1328 ml en moyenne.
Et ce, bien que la reconstitution proposée par l’équipe de l’Institut Max-Planck consiste en réalité en un crâne composite : la partie du crâne la plus importante provient en effet du spécimen Irhoud 1 (le premier découvert sur le site en 1961), la mandibule avec les dents est issue d’Irhoud 10, et d’autres fragments d’Irhoud 21 et 22, tous ces fossiles ayant été mis au jour dans la même couche stratigraphique.

reconstitution du visage du premier Homo sapiens connu, Jebel Irhoud, Maroc

Achèvement de la reconstitution médico-légale du visage par projection des tissus mous, ajout des cheveux et ajustement des couleurs. Crédits : Moraes et al., 2026, heritage

Couleur de peau et cheveux relèvent de la convention

Après ces diverses interventions, la touche finale consiste à ajouter de la couleur, des cheveux et une pilosité faciale, pour finaliser ce que les chercheurs appellent « la version artistique », destinée au grand public. Mais ils admettent que ces éléments ne relèvent que de l’hypothèse : « les teintes de peau, l’éclairage et les parures capillaires, ne reposent pas sur des preuves directes tirées du fossile, mais reflètent des conventions artistiques inspirées d’études anthropologiques sur les populations humaines archaïques et modernes, suggérant ainsi des traits plausibles pour un individu originaire d’Afrique du Nord ayant vécu il y a environ 315.000 ans », soulignent-ils.
Voici donc le visage plausible du premier Sapiens connu, qui a vécu au Paléolithique moyen, à l’époque où le Sahara était une oasis de verdure.

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