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Monday, October 12, 2026

Vos parents vous donne leurs affaires ? Ce que cache ce geste va vous toucher

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Le tri des affaires avant la fin de vie a connu un large écho avec le « döstädning » suédois, popularisé par un livre devenu un succès mondial. Mais la pratique reste minoritaire. Les travaux sur le rapport des personnes âgées à leurs objets décrivent surtout une tendance à conserver, et éclairent les raisons de ceux qui font le choix inverse.

Une pratique moins répandue qu'on ne le croit

Le gérontologue David Ekerdt, de l'université du Kansas, décrit l'ensemble des biens accumulés au fil de la vie comme un « convoi matériel ». En théorie, ce convoi devrait s'alléger avec l'âge, à mesure que disparaissent les rôles et les activités pour lesquels les objets avaient été acquis.

Les données disent l'inverse. En 2014, David Ekerdt et Lindsey Baker ont analysé les réponses d'Américains de plus de 50 ans à une grande enquête nationale sur la santé et la retraite. Après 50 ans, la probabilité de se défaire de ses affaires diminue progressivement. Après 70 ans, environ 30 % des personnes interrogées déclarent n'avoir rien trié, donné ni cédé au cours de l'année écoulée, et plus de 80 % n'ont rien vendu.

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Ni l'état de santé ni l'absence de besoin n'expliquent entièrement ce recul. Selon les auteurs, cette inertie préserve le confort et la disponibilité des objets familiers, mais elle peut aussi devenir un souci pour la personne et pour son entourage, notamment lors d'un déménagement ou d'un décès.

Le « döstädning », ou rangement avant la mort

Le terme suédois associe les mots « mort » et « nettoyage ». Il a été popularisé par Margareta Magnusson, peintre et illustratrice suédoise, dans un livre paru en 2017 et traduit dans de nombreux pays. Elle y décrivait le tri qu'elle avait dû faire après la mort de sa mère, de sa belle-mère puis de son mari, et la charge que représente une maison entière à vider.

Elle recommandait de commencer vers 65 ans, tout en estimant qu'il n'est jamais trop tôt. Ses conseils pratiques consistaient à commencer par les gros meubles et les vêtements, et à garder les photographies et les objets chargés de souvenirs pour la fin. Margareta Magnusson est morte en mars 2026, à plus de 90 ans.

 La transmission de biens matériels de son vivant préparerait à la fois à la fin de vie et au temps restant à vivre, une démarche qui s'apparente à la notion d'immortalité symbolique. © FredFroese, iStock

Choisir à qui transmettre

Donner de son vivant permet de décider soi-même du sort de ses objets, plutôt que de le laisser au hasard d'une succession. En 2004, une étude publiée dans une revue de gérontologie américaine a interrogé 54 personnes de 50 à 90 ans qui se séparaient de leurs affaires en emménageant dans un logement plus petit.

Les chercheurs ont qualifié ce processus d'« échange final de cadeaux » : la personne transmet des objets auxquels elle tient en espérant une reconnaissance durable de la part de ceux qui les reçoivent. Les difficultés apparaissent lorsque donateur et bénéficiaire ne donnent pas le même sens ni la même valeur à l'objet. Un refus peut alors être vécu comme une blessure, en particulier pour les objets liés à l'identité de la personne.

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Ce geste ne traduit donc pas un détachement vis-à-vis des choses. Il témoigne au contraire de l'importance accordée à certains objets, et du souhait qu'ils continuent d'être appréciés.

Laisser une trace

Les chercheurs distinguent plusieurs formes d'héritage : biologique, matériel et un héritage de valeurs fait de convictions, d'expériences et de traditions. Une étude qualitative publiée en 2023 dans The Gerontologist a interrogé 16 personnes âgées qui avaient rédigé un tel héritage de valeurs. Pour ses auteurs, cette démarche préparait à la fois à la fin de vie et au temps restant à vivre.

Ces travaux s'inscrivent dans la notion d'immortalité symbolique : le sentiment de se prolonger à travers ce que l'on transmet. Des chercheurs de l'université de la Colombie-Britannique, au Canada, ont observé que la conscience de sa propre mortalité augmente la disposition à transmettre des biens liés à son identité, une façon, selon eux, de dépasser les limites de sa propre existence.

Quand le geste doit alerter

Dans la grande majorité des cas, donner ses affaires relève d'une démarche réfléchie et souvent sereine. Se défaire soudainement d'objets auxquels on tient figure toutefois parmi les signaux d'alerte d'une crise suicidaire, surtout s'il s'accompagne d'un repli sur soi, d'une tristesse persistante ou de propos évoquant la mort.

Dans ce cas, mieux vaut en parler directement avec la personne et solliciter un professionnel de santé. En France, le numéro national de prévention du suicide, le 3114, est joignable gratuitement à toute heure, y compris par les proches.

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