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Monday, September 21, 2026

Après les Backrooms, cet autre phénomène du web va avoir droit à son film

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A24 s’attaque à ce qui est sans doute le plus grand projet d’écriture collaborative du web pour son prochain film d’horreur. Ses milliers d’auteurs n’ont pas été prévenus, et ils dégainent un argument juridique qui pourrait coûter très cher au studio.

Confier 10 millions de dollars à un vidéaste de 20 ans pour adapter une légende née sur un forum : sur le papier, le pari avait tout du suicide commercial. Sorti en mai, The Backrooms de Kane Parsons a finalement rapporté 402,5 millions de dollars, le plus gros succès de l’histoire d’A24. Le studio américain récidive donc, et vise cette fois la Fondation SCP, avec un film annoncé en salles pour 2027.

Dix mille monstres nés sur un forum

La Fondation SCP hante Internet depuis juin 2007, quand un forumeur de 4chan publie la fiche de SCP-173, une statue meurtrière qui ne se déplace que hors de votre champ de vision. L’idée essaime, un wiki dédié ouvre en 2008, et le catalogue de cette agence fictive de confinement du paranormal dépasse aujourd’hui les 10 400 « objets » répertoriés, plus quelque 6 300 récits annexes. Le tout écrit bénévolement, par des milliers de contributeurs, au point de revendiquer le titre de plus grand projet d’écriture collaborative de l’histoire.

Le projet s’intitule V/H/S: SCP, nouvel épisode de la saga d’horreur en images amateur retrouvées, dont A24 a acquis les droits mondiaux de production et de distribution aux côtés de Spooky Pictures et d’Image Nation. Sortie prévue en salles en 2027, dans la foulée d’un V/H/S/Mixtape attendu en octobre en streaming. L’annonce assume d’ailleurs la logique, et vante un folklore du web qui arrive avec ses « audiences intégrées, extrêmement dévouées ». Des fans par millions, sans studio ni éditeur à qui acheter les droits.

La licence que même Hollywood ne peut pas racheter

Sauf que la Fondation a répondu le 15 septembre, par une mise au point d’une politesse très ferme. Le wiki confirme n’avoir eu aucun contact avec les cinéastes, producteurs ou distributeurs, puis rappelle les règles du jeu : tout son contenu est publié sous licence Creative Commons BY-SA 3.0. N’importe qui peut adapter les récits SCP, y compris pour en tirer profit, à une condition non négociable : placer l’œuvre dérivée sous la même licence. Une recette que chacun a le droit de cuisiner et de vendre, à condition de laisser chaque client repartir avec la recette.

Concrètement, si le film contient bien du contenu dérivé de l’univers SCP, la Fondation estime qu’aucune exclusivité de distribution ni aucun verrou numérique ne pourra s’y appliquer, et que chacun pourrait légalement le copier et le rediffuser après sa sortie. Le communiqué laisse deux portes de sortie aux producteurs : publier le film sous CC BY-SA, ou en retirer tout élément emprunté au wiki. Kane Parsons, lui, portait à l’écran sa propre série YouTube ; le dossier juridique des Backrooms tenait sur un ticket de métro. Ici, l’œuvre appartient à tout le monde, donc à personne.

A24 va devoir composer avec la règle d’or du folklore numérique : on n’achète pas ce qui appartient à tout le monde. Et si le studio va au bout sans plier, vous pourriez bien, en 2027, copier et partager un film A24 tout à fait gratuitement, et en toute légalité.

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