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Friday, October 23, 2026

Étude | La dépression pourrait être causée par un dérèglement du rythme circadien

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Un dérèglement de l’horloge interne de l’organisme pourrait expliquer jusqu’à un quart des cas de dépression, conclut une étude australienne qui étoffe pour une première fois l’existence de ce sous-type de dépression.

Publié à

Jean-Benoit Legault La Presse Canadienne

Ces travaux, même s’ils demeurent préliminaires, pourraient avoir des répercussions cliniques importantes, puisque les patients qui présentent une telle dépression circadienne semblent moins susceptibles de répondre aux antidépresseurs classiques et plus susceptibles de rapporter des effets secondaires indésirables.

« Ça fait quand même plusieurs années qu’on a un peu la puce à l’oreille que s’il y a des problématiques avec l’horloge biologique, […] que ça peut être un facteur de risque pour certains types de dépression, a dit la professeure Rébecca Robillard, du département de psychologie de l’Université d’Ottawa.

« Et là où c’est particulièrement intéressant, c’est que ça nous amène à réfléchir à comment on traite ces types de dépression-là. Est-ce que les médicaments antidépresseurs standards, c’est vraiment la voie pour les gens qui ont ce profil un peu différent de dépression ? »

En étudiant quelque 11 400 personnes qui présentaient une dépression sévère, les chercheurs ont constaté qu’environ le quart correspondait à au moins trois des six critères proposés dans le cadre de l’étude pour une dépression circadienne, y compris une somnolence diurne excessive, une sensation de fatigue le matin et une tendance à aller au lit tard.

« Ces participants étaient plus jeunes, plus souvent de sexe féminin, présentaient un âge d’apparition plus précoce et faisaient état d’un profil clinique plus grave en termes de nombre d’épisodes dépressifs et de gravité des symptômes », rapportent ainsi les auteurs.

La dépression circadienne se caractérise par des troubles du sommeil, un manque d’énergie et une activité physique réduite pendant la journée.

Les personnes souffrant de dépression circadienne pourraient donc être plus susceptibles de voir leurs symptômes dépressifs déclenchés par des perturbations de leur rythme circadien ou des changements dans leur cycle veille-sommeil, par exemple après le passage à l’heure d’été ou la naissance d’un enfant.

L’équipe australienne a également constaté que les cas circadiens présentaient un risque génétique plus élevé pour certains troubles neurodéveloppementaux (comme le TDAH) et certains troubles de l’humeur (dépression majeure, anxiété et trouble bipolaire) ; des phénotypes liés au cycle veille-sommeil, notamment un point médian du sommeil retardé, l’insomnie et une préférence pour le soir ; ainsi que des marqueurs métaboliques et inflammatoires.

Impact clinique

« Le point le plus intéressant, encore une fois, c’est que c’est ça nous parle un peu de la mécanique en arrière, des mécanismes par lesquels la dépression peut évoluer, et donc c’est une des avenues de thérapie qu’on peut essayer d’exploiter », a commenté la professeure Robillard.

D’un point de vue clinique, disent les chercheurs australiens, « la définition d’un sous-type circadien de la dépression pourrait permettre de proposer des options de prise en charge plus personnalisées.

Plus précisément, ils émettent l’hypothèse que les personnes présentant ce sous-type circadien « pourraient tirer un bénéfice particulier des chronothérapies, c’est-à-dire des traitements comportementaux ou pharmacologiques qui ciblent explicitement le système circadien ».

« Ce sous-type circadien a été associé à une efficacité rapportée plus faible des (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) et des (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline), ainsi qu’à davantage d’effets indésirables, ce qui suggère son utilité clinique », préviennent les auteurs.

Étant donné qu’une plus grande gravité de la dépression est généralement considérée comme un facteur prédictif d’une meilleure réponse aux antidépresseurs, poursuivent-ils, « notre constatation du contraire pourrait revêtir une importance clinique et venir étayer l’hypothèse selon laquelle ce sous-type circadien reposerait sur un mécanisme physiopathologique unique, contrairement à d’autres formes de troubles dépressifs sévères ou persistants ».

Autrement dit, les antidépresseurs classiques pourraient n’être que d’une très faible pertinence pour les patients qui présentent une dépression circadienne, puisque l’origine de leur problème est ailleurs. « Si on vise à côté de la cible, il y a peut-être un meilleur traitement qui pourrait être ajouté », a dit la professeure Robillard.

« Ces résultats cliniques, ceux relatifs à la réponse au traitement et les données génétiques viennent étayer l’hypothèse selon laquelle un sous-type circadien correspond à un profil distinct et cliniquement pertinent des troubles dépressifs », disent les chercheurs australiens.

Cette étude arrive d’autant plus à point, selon la professeure Robillard, qu’avec l’arrivée prochaine de l’hiver et le changement d’heure dans quelques semaines, on recommencera à entendre parler de la dépression saisonnière, « et qu’on parle de dépression saisonnière ou qu’on parle de troubles circadiens, bien souvent on va venir jouer avec un peu le même type de traitement pour venir restaurer la situation ».

« Ça nous dit qu’il y a peut-être d’autres choses (en plus des antidépresseurs) à explorer, a-t-elle conclu. Ça serait bien d’en parler à son médecin […] pour voir, par exemple, s’il y a quelque chose à explorer au niveau de la luminothérapie […], mais le soleil est notre meilleur ami, donc juste de sortir dehors le matin, de s’exposer à la lumière. »

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le British Journal of Psychiatry.

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