Un enfant atikamekw retrouvera les siens 72 ans après son décès

La quête de vérité de Manon Ottawa, lancée il y a 12 ans, tire à sa fin : elle a retrouvé les restes de Maxime, le petit frère de son père. Maxime n’avait que 6 mois quand il a été emmené seul à l'hôpital loin de sa communauté de Manawan, où il n’est jamais revenu. Il y retournera maintenant pour son dernier repos, plusieurs décennies plus tard.
Mme Ottawa avait une pensée pour son père et ses grands-parents, jeudi, lors d’une conférence de presse pour annoncer que des tests d’ADN confirmaient que les restes d’un enfant inhumé à Québec appartiennent bel et bien au jeune Maxime.
Mon père m’avait demandé de faire des recherches. Je lui ai dit oui, mais, dans ma tête, je me disais : "comment je vais faire pour faire des recherches?"
a expliqué la dame.
Elle s’est tournée vers Awacak (petits êtres de lumière
en langue atikamekw), une organisation qui aide les familles autochtones à retrouver la trace de proches disparus dans des établissements de santé au Québec.
Leurs efforts leur ont permis de mieux retracer le parcours de bébé Maxime. L’enfant, atteint d’une infection cutanée, a été transporté par hydravion vers l’hôpital de La Tuque, seul, en août 1954, puis il a été transféré à Québec, où il est décédé 43 jours plus tard, le 5 octobre. Ses parents n’ont appris le décès de Maxime que deux ans plus tard.
Maxime, ce n’est pas juste un nom dans un dossier, c’est un enfant de notre famille qui méritait d'être retrouvé et de retourner chez lui.
J’ai toujours vu ma grand-mère regarder vers le lac avec un air perdu, mais aujourd’hui, je comprends à quoi elle pensait. Elle attendait encore son enfant. J’aurais tellement aimé qu’elle soit là pour ce moment
, a souligné Manon Ottawa.
Awacak et Manon Ottawa ont également appris qu’après son autopsie (réalisée, encore une fois, sans le consentement des parents), Bébé Maxime a été enterré dans un lot avec quatre autres personnes.
L’an dernier, la Cour supérieure autorisait l’exhumation des restes de l’enfant atikamekw. C’est la première fois qu’on donnait le feu vert pour exhumer un lot commun.
L’exhumation a eu lieu du 14 au 19 octobre 2025 et la famille Ottawa a finalement obtenu les résultats des tests d’ADN le 30 septembre dernier, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Ce qui a donné une signification encore plus profonde à [leur] histoire, car la réconciliation ne se limite pas aux paroles. Elle passe aussi par la recherche de la vérité, la réconciliation des souffrances et le respect de la dignité de nos familles
.

Manon Ottawa a attendu longtemps avant de mettre du tissu dans son porte-bébé. Elle a juré de le préparer adéquatement que lorsqu'elle aurait retrouvé le petit frère de son père.
Photo : Radio-Canada / Dominique Degré
Maintenant, le poupon pourra finalement retourner chez lui. Une cérémonie aura lieu à Manawan à compter du 26 octobre. Nous veillons sur le corps pendant trois jours et deux nuits [avant de l’inhumer à nouveau]
, a précisé Manon Ottawa. Mais déjà, devant les médias, des membres de sa communauté et des familles engagées dans leur propre quête, elle tenait symboliquement un porte-bébé et une paire de petits mocassins.
Aujourd’hui, nous avons offert des mocassins à Bébé Maxime pour préparer le voyage au pays de nos ancêtres
, a-t-elle expliqué solennellement.
De l’espoir pour d’autres familles
La fin de l’histoire de Bébé Maxime a cependant marqué le début de celle d’autres familles. D’autres familles m’ont écrit
, a relaté Manon Ottawa, dont un dont l’oncle n’a jamais été retrouvé, des familles qui ont eu espoir de continuer pour retrouver leur enfant perdu
.
Au plan juridique, l’autorisation pour exhumer le lot ouvre la porte pour de prochains cas
, a fait valoir Me Olivia Malenfant, l’avocate d’Awacak.
À cela s'ajoutent les restes des autres personnes inhumées près de Bébé Maxime. Les documents obtenus par Awacak indiquent que la moitié d’entre elles – dans le même lot que lui et dans les lots adjacents – sont des enfants atikamekw ou innus.
L’an dernier, Radio-Canada apprenait que cinq de ces familles avaient demandé l’aide d’Awacak pour en savoir plus sur le sort de leur proche. Trois familles songeaient également à demander à leur tour une exhumation. Me Malenfant n’a pas voulu donner davantage de détails sur ces cas.
L’avocate a toutefois estimé qu’Awacak aidait présentement des familles à retrouver la trace de quelque 250 enfants autochtones disparus dans les établissements de santé au Québec.
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