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Sunday, November 1, 2026

États-Unis: Nithya Raman, une socialiste à l'assaut de la mairie de Los Angeles?

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Officiellement adoubée par les Socialistes démocrates d’Amérique, Nithya Raman est en bonne position face à sa concurrente démocrate pour briguer la mairie de la cité des anges. Avec elle, les deux plus grandes villes du pays pourraient avoir un édile progressiste, après la victoire de Zohran Mamdani, à New York.

Un deuxième bastion démocrate pourrait tomber aux mains des socialistes. Après l’élection tonitruante du représentant des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), Zohran Mamdani, à la mairie de New York en 2025, une nouvelle candidate, elle aussi soutenue par cette organisation de gauche progressiste, entend bien devenir l’édile de Los Angeles. La jeune conseillère municipale, Nithya Raman, pourrait bien déborder par la gauche la maire sortante de la cité des anges, la vétérane afro-américaine du parti démocrate, Karen Bass, de près de trente ans son aînée.

De fait, une majorité de sondages donnent l’Indo-Américaine de 45 ans gagnante au second tour de l’élection, le 3 novembre. La plupart d’entre eux ne rendent certes pas compte d’un écart considérable, mais illustrent toutefois une tendance. Celle d’une aile gauche du parti démocrate à la popularité indéniable, dont plusieurs figures, à l’instar du candidat au Congrès pour le Michigan, Abdul El-Sayed, s’attirent la sympathie d’une jeunesse en quête de promesses de campagnes progressistes sur la politique intérieure comme sur des enjeux internationaux.

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Reconnaissance du « génocide » en Palestine, politique d’urbanisme attirante... Nithya Raman s’inscrit, en apparence, dans la droite lignée de Zohran Mamdani. Comme le maire de New York, elle doit défaire une fidèle représentante du parti démocrate, avec l'objectif d'ouvrir un peu plus la nouvelle voie proposée par les DSA.

« Une ville qui fonctionne »

Lors de son arrivée au conseil municipal en 2020, Nithya Raman avait déjà frappé un grand coup. Alors âgée de 39 ans, elle avait renversé le conseiller sortant, obtenant au passage le plus grand nombre de voix à ce poste dans l’histoire de la cité des anges, selon le Los Angeles Times. Réélue en 2024 malgré une affaire controversée de redécoupages électoraux qui visaient à passer sa circonscription au « mixeur », elle a toujours fait de la lutte contre la précarité immobilière son principal cheval de bataille.

Diplômée en théorie politique de la prestigieuse université de Harvard et d’un master en urbanisme du Massachusetts Institute of Technology (MIT), elle promet d’apporter des réponses à la crise du sans-abrisme, symptomatique de la ville aux quatre millions d’habitants. Jusqu’à récemment, la maire sortante, Karen Bass, pouvait pourtant se targuer d’avoir réduit le nombre de SDF dans la ville entre 2024 et 2025. Les derniers chiffres indiquent néanmoins une hausse sur l’année en cours. De quoi alimenter les nombreuses critiques de son bilan, déjà largement écorné par sa gestion des incendies mortels de janvier 2025.

Un bilan que Nithya Raman avait cependant soutenu, un temps, se rangeant initialement derrière Karen Bass, avant d’annoncer sa candidature par surprise, seulement quelques heures avant la clôture des inscriptions. « Je suis frustrée par l’absence de priorité accordée aux enjeux qui me tiennent le plus à cœur », expliquait en juin dernier la candidate à la radio publique NPR. « Qu’il s’agisse du coût exorbitant du logement, qui pousse les gens à quitter la ville ou de la crise majeure des sans-abris, face à laquelle nous ne réalisons que des progrès minimes, cette maire ne fait pas preuve du leadership attendu. »

Nithya Raman prend la parole lors d’un événement de campagne le samedi 24 octobre 2026 à Sylmar, en Californie.
Nithya Raman prend la parole lors d’un événement de campagne le samedi 24 octobre 2026 à Sylmar, en Californie. AP Photo/William Liang - William Liang

La campagne de Nithya Raman s’ancre ainsi sur une promesse : reconstruire une « ville qui fonctionne ». Elle fustige régulièrement la gestion des dépenses publiques, trop souvent allouées, selon elle, à des « projets politiquement opportuns », alors que l’éclairage public ou la collecte de déchets seraient négligés. Ces propositions sont généralement alignées avec l’agenda des DSA. Elle ambitionne notamment de tripler la production annuelle de logements dans la ville, mais continue également de militer pour maintenir des loyers abordables. Elle s’oppose ainsi à la politique de Karen Bass en faveur des locations de courte durée, notamment via la plateforme Airbnb, et se félicite d’avoir obtenu le vote d’une réduction des augmentations annuelles de loyer applicables par les propriétaires.

Autant de projets dans l’air du temps grâce auxquels Nithya Raman pourrait s'attirer le soutien d’une importante frange progressiste de l’électorat, et qui ne sont pas sans rappeler certains des thèmes de campagne de l’actuel maire de New York.

Mamdani-bis ?

Née en Inde, qu’elle a quitté à l’âge de six ans pour s’installer, avec sa famille, en Louisiane, Nithya Raman est effectivement souvent comparée au champion des DSA dans la Grande pomme, Zohran Mamdani, lui-même originaire d’Ouganda. Leurs politiques, notamment sur les questions du logement, tendent vers des objectifs semblables. « Il y a une forme d'enthousiasme dans l'idée qu'elle va effectivement mener une politique sans doute marquée plus à gauche que Karen Bass », explique Emmanuelle Perez-Tisserant, docteure en histoire, spécialiste des États-Unis et de la Californie. Si la popularité de Nithya Raman et de Zohran Mamdani indique clairement un « changement générationnel », la chercheuse nuance toutefois les assimilations trop hâtives.

Contrairement au maire de New York, l’Angeleno « était déjà élue au sein du conseil municipal depuis un certain nombre d'années », rappelle Emmanuelle Perez-Tisserant. « Et même sur un des aspects centraux, à la fois pour Los Angeles et pour sa campagne – celle du logement et des sans-abris – elle était à la tête du comité [en charge de ces questions, NDLR] et elle s'en est fait exclure récemment. Donc, il y a des choses qui se ressemblent, mais on n’est quand même pas dans la configuration de quelqu'un de totalement extérieur qui viendrait changer complètement le récit. »

La question gazaouie

Ceci étant dit, qu’elle soit parfaitement pertinente ou non, la comparaison entre les deux personnalités politiques a déjà été largement faite outre-Atlantique, en particulier sur la position de Nithya Raman sur la situation de Gaza. Sans détours, elle a ouvertement qualifié de « génocide » les massacres de populations dans l’enclave palestinienne depuis l’attaque terroriste du Hamas le 7-Octobre. Ces propos, tenus en mai dernier lors d’un long entretien sur la chaîne Twitch du streamer politique Hasan Piker, ont été massivement commentés depuis.

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Interrogée en juillet sur sa présence controversée sur le podcast, elle assume : « il faut parler aux électeurs, où qu’ils soient ». « Je serais allée sur beaucoup d’autres plateformes si l’on m’y avait invitée », ajoute-t-elle, avant d’assurer « être en désaccord total » avec certains propos tenus par le passé par Hasan Piker – notamment une phrase selon laquelle les États-Unis auraient « mérité » le 11 septembre, propos régulièrement isolés par le camp républicain pour critiquer le streamer.

Si elle reconnaît aussi résolument le « droit d’Israël à exister » en tant qu’État, la candidate a défendu son utilisation du terme de « génocide » lors d’un événement organisé par la Fédération juive de Los Angeles en septembre. Cette position pourrait se faire sentir dans les urnes, privant Nithya Raman des voix de la communauté juive de la cité des anges – la deuxième plus importante du pays. Pour autant, Emmanuelle Perez-Tisserant considère qu’il s’agit « d’un choix de conviction, mais aussi d’un choix stratégique » qui répond à une lassitude du côté démocrate face à des candidats qui tentent de « ménager la chèvre et le chou », comme Kamala Harris lors de sa campagne présidentielle de 2024.

Par moments, Nithya Raman tient cependant à rappeler son indépendance vis-à-vis des Socialistes démocrates d’Amérique, dont elle n'a pas systématiquement soutenu les idées par le passé.

« Le bilan de Bass est en partie le sien »

« Elle n’est pas du sérail », insiste Emmanuelle Perez-Tisserant. Elle est membre de l’organisation, certes, mais n’a pas été immédiatement soutenue par les DSA lors de la primaire. Ce n’est qu’après sa qualification au second tour que le mouvement socialiste l’a officiellement désignée. « La décision est intervenue après des semaines de débats houleux au sein de la section locale. Certains soutenaient que Mme Raman avait pris ses distances avec l’organisation ces derniers temps et s’en était désolidarisée sur des questions essentielles », rapporte le New York Times.

Si elle avait, par exemple, un temps soutenu le slogan « Defund the Police » (Couper les vivres à la police), promu par les DSA, ses votes au conseil municipal n’ont pas toujours reflété cette position. Elle s’est plusieurs fois prononcée en faveur de l’augmentation de certains budgets pour les forces de l’ordre de la ville, révisant ses propos passés. Ces variations de ton ne lui ont toutefois pas valu le soutien de la Ligue de protection de la police de Los Angeles qui représente les agents de la cité des anges. « Si les coups bas politiques étaient un crime, Nithya Raman serait une fugitive recherchée », a déclaré le syndicat en février 2026, critiquant la candidature surprise de la socialiste.

Depuis sa défection des rangs de Karen Bass, que nombre de ses détracteurs n’hésitent pas à qualifier de trahison, elle n’a d'ailleurs reçu le soutien d’aucun de ses quatorze collègues du conseil municipal, rapporte Politico. « L’un des handicaps structurels de sa campagne, c’est d’être à la fois une campagne d'insider - qui peut effectivement témoigner de ce qui ne marchait pas dans la gestion municipale précédente - mais qui doit également reconnaître que le bilan de Bass est en partie le sien, notamment du fait de sa position à la tête de ce comité sur le logement », remarque Emmanuelle Perez-Tisserant. Des obstacles non négligeables, d’autant que Karen Bass n’a jamais perdu une élection.

Malgré cela, la frondeuse peut compter sur le soutien d’Hollywood, symbole abimé de Los Angeles – dont son mari, le scénariste Vali Chandrasekaran, est issu. L’empire du cinéma de la côte ouest a en effet connu des jours meilleurs, mis à mal par des acteurs internationaux de plus en plus compétitifs. Aussi, l’engagement de la candidate en faveur d’une mission de sauvetage « des boulots de Hollywood » lui permet de jouir d’une grande popularité au sein du milieu. Une renommée qu’elle avait déjà commencé à construire en tant que directrice exécutive de « Time’s Up Entertainment », organisme de lutte contre les violences sexistes et sexuelles fondé après les révélations de l’affaire Weinstein.

Forte de ce soutien, son arrivée aux affaires à Los Angeles donnerait de l’eau au moulin des socialistes, tout en lui confiant la tâche ardue d’organiser les Jeux olympiques d’été de 2028. Ainsi aux mains des DSA, les deux plus grandes villes du pays deviendraient des espaces expérimentaux à échelle réduite pour mesurer les résultats de la politique proposée par le mouvement, alors que chaque nouveau scrutin donne un peu plus le la pour l'élection présidentielle à venir.

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