Affaire Nooran Rezayi : un an plus tard, les proches toujours en quête de réponses

Un an, jour pour jour, après la mort tragique de Nooran Rezayi, un adolescent de 15 ans abattu par un policier de Longueuil pendant une intervention dans un quartier résidentiel de l’arrondissement de Saint-Hubert, trop de questions demeurent sans réponse quant aux circonstances du drame, déplore Me Fernando Belton, qui représente la famille Rezayi.
Pourquoi Nooran est-il décédé? Pourquoi les policiers qui répondaient à l’appel ont-ils tiré si rapidement? Pourquoi l’intervention de la police s’est-elle déroulée de cette façon?
, a énuméré Me Belton en entrevue à l'émission Première ligne, à ICI RDI.
Toutes ces questions, a souligné l'avocat, se posaient déjà peu après la mort de Nooran Rezayi et dans les jours qui ont suivi. Aucune n’a encore obtenu de réponse.
L’appel qui a tout déclenché
Le 21 septembre 2025, en après-midi, une personne a appelé le 911 et a signalé la présence d'un groupe de jeunes masqués et armés dans un quartier résidentiel. Des agents du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) ont été dépêchés sur les lieux. Peu après leur arrivée, l'un des agents a rapidement ouvert le feu à deux reprises sur Nooran Rezayi, dans des circonstances nébuleuses.
La mort de l’adolescent a été constatée à l’hôpital, une trentaine de minutes après qu'il eut été atteint par balle, selon les notes transmises aux policiers de Longueuil par la centrale 911.
Une enquête du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) a été déclenchée puisqu’une personne avait perdu la vie lors d’une intervention policière.
Rapidement, il a été confirmé que la seule arme à feu découverte sur les lieux était l’arme de service d’un policier. À ce jour, aucune accusation n'a été déposée contre le policier qui a tiré, et trop peu d'informations ont été divulguées aux yeux de la famille de l'adolescent.
En quête de l’identité des policiers concernés
Tout récemment, à la fin août, les parents de la victime ont annoncé qu’ils allaient présenter une demande à la Cour supérieure afin de connaître l’identité du policier qui a fait feu sur leur fils et celle de son coéquipier, et tenter d’obtenir une réponse aux multiples questions en suspens. Me Belton affirme que la cause sera entendue les 8 et 9 octobre prochains.
De notre point de vue, on estime qu'il n'y a pas d'enjeu de sécurité présentement [...] il y a énormément de mesures qui ont été prises pour assurer la sécurité de ces agents-là. Ça fait, en fait, opposition à un principe fondamental de notre démocratie que tous les médias défendent, la publicité des débats
, souligne Me Belton.
La démarche ne plaît pas à la Ville de Longueuil, qui soutient que la divulgation de l'identité du policier poserait un risque sérieux à sa sécurité physique, puisqu'il a déjà reçu des menaces sur les réseaux sociaux et qu'un contrat pour son assassinat a été rendu public sur le réseau Instagram, trois jours après l'opération policière. Le Procureur général du Québec conteste aussi cette demande.
Si la Cour leur donne raison, Longueuil sera déjà prête à intervenir en demandant une ordonnance de non-publication des deux identités pour des motifs de sécurité
, précise la journaliste et animatrice Isabelle Richer.
Une telle ordonnance de non-publication ne serait valide que jusqu'à ce que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) rende sa décision.

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Des délais éprouvants
L’attente, douloureuse pour la famille et les proches, semble interminable, mais pour le monde judiciaire, les délais ne sont pas anormaux, assure Ugo Gilbert Tremblay, professeur de droit à l’Université de Montréal.
Nous sommes sensibles au fait que l’attente de la décision du DPCP puisse être éprouvante pour les proches
, reconnaît l’organisme dans une communication écrite.
En mars dernier, plus de cinq mois après avoir amorcé son enquête, le BEI a remis son rapport au DPCP, mais il n’était pas complet. Les deux derniers rapports d’expertise ont été acheminés aux procureurs à la fin juillet. On peut supposer que, depuis sept semaines, ils appuient sur l'accélérateur, selon M. Gilbert Tremblay.
Le délai requis pour l’analyse d'un dossier par les procureurs aux poursuites criminelles et pénales dépend notamment de la nature et de la complexité du dossier, des circonstances propres à l’affaire ainsi que, lorsque nécessaire, de l’obtention d’éléments de preuve ou de renseignements complémentaires
, rappelle le DPCP.
Quelle que soit sa décision, au terme de son analyse poussée, les conséquences seront lourdes.
S’il décide de porter des accusations, le DPCP doit être convaincu que les preuves fournies apportent une perspective raisonnable de condamnation
, précise M. Gilbert Tremblay. L’identité du policier sera alors divulguée. Si, au contraire, il décide de ne pas porter d’accusation, il devra aussi fournir des justifications. La justification doit être solide. Les implications sont importantes pour la famille, mais aussi pour la confiance du public
, poursuit-il.
Incertitude pour 11 autres jeunes
Par ailleurs, le DPCP a annoncé la suspension des procédures contre 11 adolescents de 13 à 17 ans qui font face à diverses accusations en lien avec les événements qui ont précédé la mort de Nooran Rezayi, le temps d’examiner certaines questions. Un arrêt temporaire ne signifie pas que les accusations sont abandonnées, puisqu’elles peuvent être relancées jusqu’à un an suivant le dépôt de l’arrêt des procédures.
Les arrestations de ces jeunes découlent de l'enquête parallèle menée par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui visait à faire la lumière sur les circonstances ayant mené à l'intervention des policiers ce jour-là, notamment sur les signalements au 911 qui indiquaient la présence d'adolescents cagoulés et armés.
Poursuite civile et enquête administrative
En décembre 2025, la famille de Nooran Rezayi a aussi intenté une poursuite civile qui vise la Ville de Longueuil, de même que les policiers impliqués dans l'intervention. Dans cette poursuite, six membres de la famille soutiennent que des fautes ont été commises lors de l’intervention policière et réclament environ 2,2 millions de dollars en dommages et intérêts.
Selon des vidéos présentées en preuve par les avocats de la famille, il s’est écoulé moins de 10 secondes entre le moment où les policiers ont immobilisé leur voiture-patrouille et celui où un agent a lancé des directives adressées à l’adolescent, avant de lui tirer dessus.
Par ailleurs, une enquête administrative a été déclenchée en juin par le gouvernement du Québec afin de faire la lumière sur la manière dont le SPAL a géré ces événements, à la suite d'une demande de la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier.
Six mois plus tôt, le BEI faisait état, dans des lettres, de plusieurs manquements présumés aux obligations légales et réglementaires du SPAL dans les heures qui ont suivi le décès de Nooran Rezayi.
La confiance du public envers les institutions exige des réponses claires, complètes et transparentes
, avait ajouté Mme Fournier.
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