Du harcèlement psychologique à la paroisse Notre-Dame

La paix du Christ ne règne pas dans les hautes sphères de l’Église catholique montréalaise. Le directeur général de la plus importante paroisse de la métropole a été congédié de façon « brutale, cavalière et humiliante » après avoir subi du harcèlement psychologique de la part du clergé, vient de trancher la justice.
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Jean-Charles Boily dirigeait la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal, qui gère notamment la basilique Notre-Dame dans le Vieux-Montréal, ainsi que le cimetière Notre-Dame-des-Neiges sur le mont Royal. L’organisation compte plus de 200 employés.
M. Boily s’est plaint d’avoir été mis à l’écart des décisions et intimidé pendant ses quatre ans d’emploi, avant de subir une humiliation totale au moment de son congédiement, pour lequel on lui a demandé d’inviter son équipe.
PHOTO TIRÉE DE LINKEDIN
Jean-Charles Boily
L’homme « a fait l’objet d’une conduite vexatoire, qui a porté atteinte à sa dignité et qui a entraîné un milieu de travail néfaste pour lui », a tranché un arbitre du travail, fin août. « Il y a manifestement absence de remords ou de la moindre reconnaissance d’un comportement fautif de la part de l’employeur. » L’ancien patron avait déjà fait reconnaître le caractère injustifié de son congédiement.
Ce n’était pas une première : un an et demi à peine avant l’embauche de M. Boily, une prédécesseure avait aussi subi un congédiement injustifié dans un contexte de « conduite abusive et vexatoire » à la Paroisse.
Manon Blanchette avait été victime de « harcèlement » en raison d’« attitudes et comportements agressants, rétrogrades et humiliants », ajoutait la décision de Cour supérieure.
Avoir « les bonnes valeurs »
Dans sa décision rendue fin août, le Tribunal administratif du travail lève le voile sur les coulisses de cette paroisse dont les prêtres et les laïcs se partagent le contrôle. Le conseil d’administration de la Fabrique est présidé par un prêtre sulpicien, actuellement le curé Miguel Castellanos, mais les autres membres – et l’essentiel du personnel – proviennent de la société civile.
Cette cohabitation peut créer des frictions : en 2021, quand Jean-Charles Boily embauche une nouvelle employée, le curé Castellanos demande son congédiement immédiat parce qu’« un paroissien lui a confié qu’elle aurait antérieurement fait la promotion de la drogue », selon la version retenue par le Tribunal. Son curriculum vitae incluait effectivement un emploi antérieur dans une entreprise légale de production de cannabis.
Le curé aurait reproché au directeur général de ne pas avoir « les valeurs morales pour travailler à la Fabrique ». M. Boily « est sous le choc et répond à M. Castellanos qu’il ne croit pas que celui-ci ait le monopole des bonnes valeurs », raconte-t-il devant la justice. L’affaire n’ira pas plus loin.
PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE LA FABRIQUE DE LA PAROISSE NOTRE-DAME
Le curé Miguel Castellanos
La même année, Jean-Charles Boily doit rappeler au père Sulpicien la politique de remboursement de dépenses de la fabrique, parce qu’il ne produisait pas toujours de justificatif. « M. Castellanos aurait réagi agressivement, affirmé qu’un curé n’avait pas à justifier ses dépenses et déchiré en morceaux sa carte de crédit corporative », selon la version du plaignant, non contredite par la Fabrique.
Ces deux évènements font d’ailleurs partie d’une longue série de « conduites vexatoires » que le Tribunal administratif du travail a retenue contre la Fabrique de la paroisse Notre-Dame pour conclure à l’existence de harcèlement psychologique.
Encore plus important aux yeux de la justice : la façon dont M. Boily a été congédié. Au printemps 2023, on lui demande d’inviter sa propre équipe de direction pour une rencontre avec le conseil d’administration, mais on le cueille finalement à l’entrée pour lui annoncer son renvoi immédiat. Il est dépouillé de ses appareils électroniques, puis escorté jusqu’à son véhicule devant des employés. Une façon de faire « déraisonnable et déplorable », selon la justice.
Pas de conflit d’intérêts
Jean-Charles Boily n’a pas rappelé La Presse.
La Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal a refusé notre demande d’entrevue. Dans un courriel, l’organisation a assuré avoir « pris connaissance de la décision récemment rendue par le Tribunal administratif du travail et la respecte[r]. »
« Les faits visés par cette décision remontent à une période antérieure », ajoute le message.
La Fabrique améliore en continu ses pratiques de gouvernance et accorde une grande importance à la santé, à la sécurité et au respect des personnes qui y travaillent. Elle ne commentera pas ce cas davantage.
La Fabrique n’a pas non plus voulu commenter le cas de Manon Blanchette, patronne de la Fabrique entre 2016 et 2017. La principale intéressée n’a pas rappelé La Presse.
Manon Blanchette est la veuve de l’homme d’affaires Pierre Péladeau et la mère de son plus jeune fils, Jean Péladeau. Au moment de son congédiement, le conseil d’administration de la Fabrique lui reprochait de s’être placée en conflit d’intérêts en négociant une commandite avec Québecor et de ne pas avoir dévoilé ce lien familial. La justice a blanchi l’ex-dirigeante, concluant que son renvoi était injustifié.
Au total, la Fabrique de la paroisse Notre-Dame a été condamnée à verser 218 000 $ à M. Boily et 160 000 $ à Mme Blanchette.
Dans les dernières années, la Fabrique a aussi fait les manchettes pour les longs conflits de travail survenus au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, retardant des centaines d’inhumations.
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