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Friday, October 23, 2026

Réseaux sociaux et démocratie: le Brésil comme cas d’école

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Luis Inacio Lula da Silva face à Flavio Bolsonaro : le dernier débat de la campagne présidentielle brésilienne a lieu vendredi 23 octobre au soir. À deux jours du second tour, les deux candidats restent au coude à coude dans les sondages. Traditionnellement, ces rendez-vous télévisés étaient des moments importants de la campagne. Mais aujourd’hui, les réseaux sociaux ont pris une place prépondérante. Et le Brésil est un cas d’école.

En 1901 déjà, l’éditorialiste états-unien Arthur Brisbane écrivait : « Utilisez une image, elle vaut mille mots. » Cette affirmation n’en est devenue que plus vraie depuis l’émergence des réseaux sociaux. Dans cet entre-deux-tours au Brésil, une image a ainsi suscité beaucoup de réactions. Celle d’un partisan de Lula perché sur le toit d’une sortie du métro sur la grande avenue de São Paulo, l’avenue Paulista lors d’un rassemblement des partisans du président sortant candidat à sa réélection. Visage masqué mais torse athlétique dénudé, drapeau de Lula à la main. Les réseaux sociaux l’ont baptisé le « gostoso da Paulista » (le « beau gosse de l’avenue Paulista »). Par lui, la gauche devenait énergique, désirable.

Le « gostoso da Paulista » n’est pas qu’anecdotique. Car c’est bien sur les réseaux sociaux que le camp Lula a concentré ses efforts. Avant le premier tour, il n’avait pas investi ce champ, laissant ainsi de la place à son adversaire. Arrivé en deuxième position le 4 octobre et sans report de voix possible, Lula a changé de stratégie. Avec succès : ses posts ont suscité près de quatre fois plus de réactions que ceux de son adversaire. Sa chaîne WhatsApp, au nom éloquent d’« armée de Lula », a trois fois plus d’abonnés que celle de Flavio Bolsonaro, baptisée elle « régiment de Flavio ».

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Force mobilisatrice

Le vocabulaire militaire souligne un peu plus que c’est bien là que se joue la bataille électorale. Le Brésil est l’un des pays qui comptent le plus grand nombre d’utilisateurs des réseaux sociaux et les plateformes y sont devenues une source majeure d’information. Devancé par son rival début octobre, Lula remonte désormais dans les sondages. La nouvelle stratégie numérique redonne de l’espoir à son camp.

La force mobilisatrice des réseaux sociaux est documentée. Lors du printemps arabe en 2011 déjà, Facebook et Twitter ont servi la mobilisation. Ils ont permis l’expression de griefs dans des pays où les médias traditionnels étaient très contrôlés et facilité l’organisation des manifestations. Les plateformes, parfois différentes, ont encore accompagné les grandes mobilisations de ces dernières années.

En septembre 2025 au Népal, les manifestants avaient même organisé sur la plateforme Discord une consultation pour déterminer qui devait prendre la tête d’un gouvernement de transition.

Déstabilisation

Mais leur force déstabilisatrice est connue également. Les réseaux sociaux véhiculent aussi de fausses informations. Certaines sont amplifiées par des États étrangers, pour peser sur les résultats d’un scrutin. En décembre 2025, la Cour constitutionnelle de Roumanie avait ainsi invalidé le premier tour de la présidentielle, estimant notamment que TikTok avait été instrumentalisé en faveur du candidat pro-russe. C’était la première fois que le rôle d’une plateforme conduisait à l’annulation d’un scrutin.

Il y a la question de l’impartialité des plateformes ; elle est posée dans la campagne qui s’achève au Brésil. Lula accuse Meta d’avoir favorisé son adversaire. Une douzaine d’organisations ont aussi relevé des indices d’un possible traitement favorable au candidat d’extrême droite. Le groupe états-unien rejette les accusations, reconnaissant uniquement des « dysfonctionnements » techniques. Le différend sera tranché par le tribunal suprême électoral.

La liberté d’expression en question

Une démocratie peut-elle s’assurer de ne pas être déstabilisée par les nouveaux outils technologiques ? Là encore, l’exemple du Brésil est instructif. En 2014, il a été l’un des pionniers à adopter une législation garantissant les droits des internautes. L’un de ses objectifs était alors de garantir la liberté d’expression et la protection des usagers.

Mais en janvier 2023, une tentative de coup d’État a posé la question en d’autres termes : quelle a été la part de la désinformation et des discours de haine dans ce mouvement ? Ce sont ces motifs qui sont invoqués l’année suivante par un juge de la Cour suprême pour ordonner à X de bloquer des comptes. Elon Musk, propriétaire d’X, a dénoncé une censure. Le bras de fer a conduit à l’interdiction au Brésil pendant plus d’un mois de la plateforme détenue par l’homme d’affaires d’extrême droite. X a finalement dû se conformer à la législation brésilienne.

Deux visions de la liberté d’expression s’opposent aujourd’hui. L’une, aujourd’hui portée par des personnalités comme Elon Musk ou Donald Trump, défend une liberté individuelle qui ne doit pas avoir de limite : Flavio Bolsonaro, défendant un « Internet libre » et promettant de révoquer les décrets pris par le président sortant, fait partie de ce camp.

Et ceux qui ont une vision d’une liberté qui s’arrête là où commence celle de l’autre ; c’est la position défendue par Lula qui veut au contraire « avancer encore » dans la régulation. Les réseaux sociaux interrogent l’un des droits les plus fondamentaux d’une démocratie. Et pour les Brésiliens, l’un des enjeux de ce scrutin de ce dimanche sera de choisir entre ces deux définitions.

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