Manifestations en France: chez la jeunesse, une mobilisation entre références culturelles et humour acide

Sur les pancartes, les snaps ou les réels Instagram, la jeunesse française fait preuve d'une très grande créativité pour exprimer ses revendications. Lycéens et étudiants, mobilisés depuis début octobre, ont massivement recours à des références de la culture d'internet, des films, des animes, ainsi qu'à l'histoire et à la littérature.
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Un proviseur qui entre dans le cercle, comme sur un ring, sous les acclamations d’un public de lycéens survoltés. Ce n’est pas un passage coupé de Fight Club, ni une partie de Smash Bros, mais bien une vraie scène qui s’est déroulée au début du mois d’octobre, dans un lycée bloqué à Laval. Le proviseur exécute quelques pas de danse face à un lycéen. Il vient de participer à une « battle d’aura », dont la vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux.
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Battles d'aura en manifestation
La battle d’aura est sans doute l’un des phénomènes les plus représentatifs de l’imprégnation, par les codes d’internet, des mobilisations lycéennes et étudiantes qui traversent la France depuis la fin du mois de septembre. Le concept est simple : deux adversaires s’affrontent en enchaînant les références à des « mèmes » d'internet, les poses et les danses virales. Gagne celui qui fait crier le public le plus fort ! Comme le « Harlem Shake », qui parlera aux plus anciennes générations d’internautes, la battle d’aura a ça de puissant qu’elle est un événement joyeux et très rassembleur.
Difficile de retracer l’origine exacte des battles d’aura, mais il semblerait que la tendance ait pris son essor en Amérique latine. Elle s’est progressivement immiscée dans les manifestations de jeunes dans plusieurs pays. À Rome et dans plusieurs villes italiennes, cela fait une petite semaine que des places sont occupées par des jeunes qui y organisent des battles d’aura. Si elles ne s’inscrivent pas directement dans le cadre des manifestations, elles revêtent, par l’occupation de l’espace public, un aspect politique : la jeunesse s’organise et le fait entendre.
Une importante viralité
La mobilisation lycéenne et étudiante française est aussi marquée par une très forte présence d’images et de vidéos sur les réseaux sociaux. Chaque manifestant peut documenter le mouvement depuis l’intérieur de la mobilisation. Pour certains, la recherche de la viralité est assumée. Des manifestants se filment, ou sont filmés, portant des costumes décalés et multipliant les références : Dark Vador, Pikachu et même Napoléon. Sur Instagram, un utilisateur du nom de hleibovici se fait passer pour Gandalf, personnage du Seigneur des anneaux. En blouse et avec une fausse barbe, il tourne gentiment en dérision les policiers. Certains de ses réels dépassent les 300 000 vues.
Dans une autre vidéo, un Gandalf (impossible d’affirmer qu’il s’agit du même utilisateur) apparaît au sommet d’un immeuble, un fumigène à la main. Au loin, on entend le bruit des affrontements, une scène surréaliste. La référence au Seigneur des anneaux n’est pas une spécificité française. Déjà en août 2026, plusieurs personnes déguisées en Gandalf avaient manifesté devant la résidence du milliardaire Peter Thiel à Buenos Aires, en Argentine. Peut-être la célèbre réplique « You shall not pass ! » (« Vous ne passerez pas ! ») explique-t-elle l’engouement des manifestants du monde entier pour le vieux magicien.
« Bismillah c’est les ténèbres »
L’humour et la dérision sont des éléments centraux des manifestations de lycéens et d’étudiants. Un ton acerbe et grinçant que l’on retrouve notamment sur les pancartes dans les cortèges français. Une manière de dédramatiser et de faire communauté, explique François Jost, sémiologue interrogé par l’AFP. Le chercheur y voit le signe d’une génération « un peu désabusée », qui se dit « qu’il vaut mieux en rire ». La classe politique, l’État et les institutions ne sont pas épargnés, particulièrement la police.
Un slogan s’est retrouvé inscrit sur de nombreuses pancartes : « Bismillah c’est les ténèbres ». Une phrase au sens obscur, d'où elle tire justement sa popularité. Son origine se trouve dans une capture d’écran d’une conversation sur Snapchat, dans laquelle un individu se présentant sous le nom de Mamadou, un policier selon les manifestants, tentait de s’infiltrer en utilisant le langage des jeunes, accumulant les clichés.
« Bismillah c’est les ténèbres » s’est depuis imposé comme l’un des slogans du mouvement lycéen, dénonçant en sous-texte les violences policières présumées. Trente-six enquêtes ont été ouvertes par l’IGPN, la police des polices, depuis le début du mouvement. La phrase connaît un succès grandissant à l’étranger, où on l’a vue inscrite sur des pancartes en Italie. Greta Thunberg, militante écologiste suédoise, l’a elle aussi prononcée lors d’un déplacement en France. Une séquence qui a fait le tour des réseaux sociaux.
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