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Wednesday, October 14, 2026

L’étonnant retour du Super Audio CD en musique classique

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Depuis un peu plus d’un an, Warner Classics réédite plusieurs de ses intégrales ou enregistrements emblématiques signés Karajan, Giulini, Klemperer ou Muti en format Super Audio CD (SA-CD). Que signifie la réapparition de ce support, et comment s’explique-t-elle ?

Le SA-CD est né au tournant des années 2000. Il ne s’agissait nullement d’une modeste opération de marketing, mais d’une véritable révolution sonore.

Lors de l’invention du disque compact, les spécifications techniques définissant le signal sonore avaient été fixées à une résolution de 16 bits et à une fréquence d’échantillonnage de 44,1 kHz — ce qui signifie, schématiquement, qu’un son est décrit par environ 700 000 données chaque seconde. La logique cartésienne aurait voulu des chiffres ronds, comme 16 bits à 48 kHz, mais le 16-44,1 permettait de combler Herbert von Karajan (intime du patron de Sony et artiste vedette de PolyGram-Universal) en faisant tenir sa Neuvième de Beethoven sur une galette de 12 centimètres.

Avec la technologie SA-CD, ces 700 000 paramètres par seconde grimpent à 2,8 millions. Cette définition rivalise avec les 24 bits à 96 kHz du format PCM (2,3 millions), lequel culmine à 24 bits à 192 kHz. À ce niveau de résolution, le débat s’ouvre quant aux finesses perceptibles par l’oreille humaine. Le SA-CD repose par ailleurs sur une technologie de codage baptisée Direct Stream Digital, différente de celle de la modulation par impulsions et codage (mieux connue sous son sigle anglais, soit PCM, pour pulse-code memory).

Il y a 25 ans, le SA-CD répondait à plusieurs impératifs. Le premier concernait le piratage, qui inquiétait beaucoup l’industrie ; la solution apportée par le SA-CD était résumée par ce mot d’ordre mémorable : « Pour voler le son, il faudra désormais voler l’usine ! » Le second tenait au déploiement du multicanal : sur ce terrain, la configuration 5.1 (deux enceintes avant, deux enceintes arrière, une voie centrale et un caisson de graves) s’est imposée.

Pourtant, les freins à son adoption ont été nombreux. D’abord, comme souvent dans l’industrie (songeons au duel VHS-Betamax), un temps précieux a été dilapidé dans une guerre fratricide opposant le SA-CD au DVD-Audio, ce qui a plongé les mélomanes dans l’attente. Ensuite, le grand public n’a jamais éprouvé un besoin viscéral d’écouter la musique sur cinq canaux. Enfin, et surtout, pour la première fois dans l’histoire de la reproduction phonographique, le moteur de l’évolution technologique n’a pas été le gain de fidélité (78 tours-33 tours, mono-stéréo, vinyle-CD), mais l’aspect pratique (compression MP3, dématérialisation, plateformes de diffusion en continu).

Au bout du compte, le support a fini par être largement délaissé, y compris par des labels comme Pentatone, qui en avaient fait leur ADN, car le coût de pressage se heurtait à l’effondrement général des ventes de disques physiques.

Des atouts

Si le SA-CD refait surface aujourd’hui, ce n’est pas à la faveur d’un certain « retour du CD » dépeint çà et là, mais sous l’impulsion d’une forme de bon sens.

Dans l’exploitation de leurs fonds de catalogue, les éditeurs valorisent leur patrimoine en numérisant et en rematriçant les bandes mères avec les outils technologiques les plus pointus. Chez Warner, les résultats se sont révélés spectaculaires dans les rééditions Klemperer, Furtwängler ou Giulini. Or, si l’on crée des fichiers en 24 bits à 96 kHz ou en 24 bits à 192 kHz pour les graver sur un simple CD, le flux retombe de plus de deux millions de données par seconde à 700 000. Le SA-CD et le Blu-ray Audio demeurent les seuls supports physiques capables de restituer l’intégralité du travail accompli.

L’écart s’entend-il à l’écoute de ces SA-CD (stéréo seulement) ? Indéniablement. Dans la somptueuse intégrale des Symphonies de Tchaïkovski par Riccardo Muti, on passe du gris aux couleurs vives avec un relief inédit. Ce cycle a toujours figuré parmi les réussites majeures du répertoire « occidental » : là, cela fait de moins en moins de doute. Il en va de même avec les Symphonies nos 5, 6, 8 et 9 de Schubert par Karajan. Relief et richesse sonore sont les maîtres mots.

Peut-on en profiter par ailleurs ? Oui. La plupart de ces rematriçages se retrouvent sur Qobuz et Presto, les sites d’écoute en ligne qui donnent accès à la haute résolution.

Par contre, même si les SA-CD sont lisibles sur les lecteurs CD, pour avoir la qualité SA-CD, il faut un lecteur SA-CD. C’est précisément là que le bât blesse : le repli du format s’explique en grande partie par son abandon progressif par Sony lui-même sur ses gammes grand public. Certes, des appareils compatibles subsistent sur le marché. Mais lire un SA-CD sur un lecteur CD revient à lire sa piste CD. On profite alors du rematriçage, mais pas de toute sa définition, laquelle, précisément, justifie ces parutions.

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