Comment le Yémen a replongé dans une guerre multi-fronts

Après quatre ans de cessez-le-feu, la guerre au Yémen a regagné en intensité ces dernières semaines. Les combats ont repris en juillet et se sont intensifiés à partir du mois de septembre. Le Yémen a désormais renoué avec une guerre sur plusieurs fronts.
Publié le :
5 min Temps de lecture
L'étincelle a eu lieu le 13 juillet. Les forces gouvernementales yéménites soutenues par l'Arabie saoudite ont bombardé la piste de l'aéroport de Sanaa, la capitale tenue par les Houthis depuis 2014. Elles voulaient empêcher l'atterrissage d'un avion en provenance d'Iran. Ce dernier était certes un appareil civil, mais Riyad impose de fortes restrictions aux avions atterrissant à Sanaa pour éviter des livraisons d'armes de Téhéran à son allié yéménite.
Les Houthis ont dénoncé ce bombardement comme un acte d'agression. Les fronts, gelés depuis quatre ans, se sont alors réactivés.
Question de temps
L'étincelle était un prétexte. La reprise des combats semblait être une question de temps : le contexte régional y poussait. Les États-Unis cherchent à asphyxier le régime iranien et celui-ci répond par une pression sur des détroits importants pour le commerce mondial : Ormuz, le long de ses côtes, et Bab el-Mandeb, le long des côtes yéménites. « Les Iraniens ont commencé à évoquer la question des deux détroits, ce qui montre bien le lien entre ce qui se passe au Yémen et ce qui se passe de l'autre côté de la région », relève Ahmed Nagi, analyste spécialiste du Yémen au sein du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).
De l'autre côté, le statu quo était également devenu insuffisant : le gouvernement et son allié saoudien ne souhaitaient pas non plus maintenir le cessez-le-feu. De leur point de vue, « la diplomatie n'a rien donné. Gagner du temps auprès des Houthis ne fonctionnait pas comme il fallait. Les opérations ciblées ne donnaient pas non plus de résultats, indique Ahmed Nagi. C'est pour cette raison que les Saoudiens et le gouvernement yéménite ont décidé de lancer cette opération. »
À lire aussiComment la guerre au Yémen déborde sur la Corne de l'Afrique
Le contrôle du détroit essentiel de Bab el Mandeb
Depuis 2022, les lignes de front étaient figées : un premier cessez-le-feu négocié avait été prolongé dans les faits. Mais après le bombardement de l'aéroport de Sanaa, elles ont été réactivées en plusieurs points. Les Houthis ont lancé des assauts sur leur flanc oriental : dans la province d'Al Jawf, frontalière avec l'Arabie saoudite, et celle de Maarib, riche en pétrole.
Mais leur principale offensive a commencé le 3 septembre, sur le littoral Ouest : les rives de la mer Rouge. Arrivant des zones sous leur contrôle au Nord et à l'Est, ils sont descendus jusqu'au détroit de Bab el Mandeb. En une semaine, ils ont conquis la ville portuaire de Mokha et des îles, renforçant leur emprise sur cette voie maritime stratégique reliant l'Asie à l'Europe. Ils ont ensuite poussé leur avantage plus à l'Est, dans les hauteurs surplombant le littoral.
L'objectif était double : empêcher une contre-attaque sur les positions récemment conquises et progresser vers Taïz, la troisième ville du pays et plus grande ville encore tenue par les forces gouvernementales.
« Avancer jusqu'à la capitale »
Trois semaines après leur revers, les forces gouvernementales ont lancé une contre-offensive. Les combats se concentrent sur les secteurs récemment perdus : Bab el Mandeb et Mokha. Mais avec le soutien de l'Arabie saoudite, elles ont aussi frappé les deux plus grandes villes, Sanaa et Hodeïda, situées plus loin des lignes de front. « À mon sens, cette fois-ci, il ne s'agit pas de mettre la pression sur les Houthis dans une région précise. Il s'agit plutôt d'affaiblir les Houthis au point de ne plus avoir à faire face à ce problème à l'avenir », analyse Ahmed Nagi, de l'ICG.
« Notre objectif est de vaincre les Houthis et de mettre en œuvre notre plan visant à avancer jusqu'à la capitale, Sanaa, qu'ils contrôlent », confirme Riad Yassin Abdallah, l'ambassadeur du Yémen en France, à RFI. Au bout de 24 heures, le gouvernement yéménite en exil en Arabie saoudite revendiquait déjà un premier succès : la reprise du détroit de Bab el-Mandeb. Les troupes loyalistes y ont repris des positions, faisant reculer les Houthis. Mais le mouvement rebelle reste, pour l'heure, présent dans cette zone.
À lire aussiRiad Yassin Abdallah, ambassadeur du Yémen en France: «Nous pouvons vaincre les Houthis»
Diplomatie à l'arrêt
« Cela ne se limitera pas à la côte ouest. Pour certains fronts, ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne se manifestent », anticipe Ahmed Nagi. Le moment est à l'escalade : la reprise d'un processus diplomatique entre les deux parties paraît aujourd'hui peu probable. « Les Houthis adoptent une position de plus en plus maximaliste dans leurs revendications ; ils demandent aux Saoudiens de simplement quitter le pays, de cesser de soutenir le gouvernement yéménite et de leur verser des indemnités pour la guerre menée contre eux. Pour les Saoudiens, cela n'est pas réaliste, car cela reviendrait à laisser l'ensemble du Yémen aux mains des Houthis. »
Aujourd'hui, les deux parties cherchent à établir un nouveau rapport de forces sur le terrain pour contraindre l'autre à des concessions. Dans cette perspective, des négociations ne pourront reprendre que lorsque les combats auront redessiné les lignes de front.
À lire aussiYémen: la population prise au piège de l'escalade des combats
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.