Meurtre d’une jeune femme et de sa grand-mère | L’accusé s’est confié à un agent double

« Il faut faire attention à ne pas trop parler, il pourrait y avoir un agent d’infiltration dans la cellule », avertit Mahad Farrah dès son arrivée au centre de détention. Le jeune homme ne croyait pas si bien dire. Il a longuement bavardé avec un policier qui s’est fait passer pour son co-détenu après son arrestation pour les meurtres d’une jeune femme et de sa grand-mère.
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L’homme de 26 ans subit son procès pour les meurtres de Jade Racette Beaulieu, 22 ans, et de sa grand-mère Huguette Maranda Racette, 73 ans. Les deux victimes sont abattues en décembre 2022 dans une résidence du quartier Pointe-Saint-Charles, à Montréal.
Mahad Farrah ne serait pas le tireur, mais aurait plutôt commandé le crime pour se venger de la jeune femme. Jade Racette Beaulieu, une travailleuse du sexe, l’avait dénoncé à la police comme étant son proxénète avant sa mort, allègue la Poursuite.
PHOTO FOURNIE PAR LE SERVICE DE POLICE
Mahad Farrah
C’était au tour d’un policier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de s’adresser au jury cette semaine. Il a agi comme agent d’infiltration auprès de Mahad Farrah, se faisant passer pour le co-détenu de l’accusé lors de son arrestation, selon son témoignage.
Novembre 2023. L’agent double se trouve déjà dans la cellule 31 du Centre opérationnel Ouest quand Mahad Farrah est arrêté. Il y rencontre l’accusé, un homme grand et élancé vêtu d’une camisole blanche, d’un pantalon noir et d’une paire d’espadrilles Air Force One.
Ce dernier affiche un large sourire et engage aussitôt la conversation avec lui. « Il m’explique qu’il est là pour un double meurtre », a affirmé le témoin. Farrah ajoute qu’il a également un dossier de proxénétisme en Ontario. Il porte un bracelet de surveillance électronique, aurait-il expliqué.
Mahad Farrah y va d’une savante mise en garde. Il explique à l’agent d’infiltration qui se trouve dans sa cellule qu’il faut faire attention, puisqu’il pourrait y avoir un agent d’infiltration dans la cellule.
Le mauvais tireur ?
Le volubile Mahad Farrah poursuit la discussion avec sa nouvelle connaissance, ignorant qu’il est en fait un agent du SPVM. L’accusé et son « co-détenu » se mettent à jaser de sport, de femmes et de la différence entre les peuples de la Somalie et du Djibouti.
Il va même jusqu’à raconter que les policiers ont arrêté le mauvais tireur, selon le témoin.
Après deux heures et demie de bavardage, le sourire de Mahad Farrah laisse place à de la nervosité et de l’agitation. L’agent d’infiltration sort rapidement prendre des notes à l’insu du jeune détenu. Le policier évite de prendre trop de temps à écrire pour ne pas enlever de la crédibilité au scénario, a-t-il précisé au jury.
Dès son retour, Mahad Farrah hoche la tête de droite à gauche et fait les cent pas. Il semble réfléchir. Il se questionne sur le fait qu’on lui ait installé un bracelet de surveillance, alors que la victime dans son dossier est morte. « Il m’explique que les deux dossiers sont reliés […] J’arrive à la conclusion que ce sont les mêmes victimes dans les deux dossiers », a déclaré le témoin policier mardi passé.
Farrah continue à parler. Il confie que la grand-mère est morte. « Elle n’est pas morte par un picket, elle s’est fait laguer [descendre] », a-t-il décrit, d’après le témoignage du policier.
Me Claude Berlinguette-Auger et Me Simon Lapierre représentent la Couronne dans ce dossier. L’accusé est défendu par Me Josée Goulet et Me Laurence Juillet St-Jean. Le procès présidé par le juge Daniel Royer se poursuit pour les prochaines semaines au palais de justice de Montréal.
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