Un bon départ pour le gouvernement du PQ
Depuis quelques mois, Pauline Marois est revenue à la case communautaire de son formidable parcours professionnel. L’instigatrice des services d’urgence sociale dans les années 1970 à Montréal et ancienne travailleuse sociale a fait de la lutte contre l’itinérance une affaire personnelle.
L’ex-première ministre du Québec et chancelière de l’UQAM pourrait se la couler douce au terme d’une carrière consacrée à la recherche du bien commun, mais, par les temps qui courent, elle visite plutôt les refuges et les campements avec son époux, Claude Blanchet. Son message se résume à une formule choc : le gouvernement doit aller plus vite et faire mieux pour faire reculer l’itinérance, véritable crise humanitaire au Québec.
Le leadership manifesté par Mme Marois contraste avec l’approche du gouvernement caquiste. Il a quand même investi dans la lutte contre l’itinérance, ce n’est pas comme si la cause indifférait le gouvernement sortant. Son plan d’action interministériel (S’allier devant l’itinérance) prévoyait des sommes de 280 millions sur cinq ans et l’action coordonnée de 23 ministres et organismes. Il se dégageait cependant des politiques publiques de la CAQ une impression de collage de mesures ponctuelles insuffisantes pour infléchir la situation. L’absence de coordination a privé le gouvernement Legault de retombées concrètes et durables, en dépit de sa bonne foi.
La crise humanitaire s’est rappelée à notre impuissance, encore cet automne, lorsqu’un bambin d’un an a été retrouvé sans surveillance dans le campement Notre-Dame, un incident troublant qui a fait réagir l’ensemble des chefs en campagne. La crise a connu deux soubresauts encore plus tragiques récemment. À Montréal-Nord, une femme est morte dans l’incendie d’un campement. À Sorel-Tracy, une femme est décédée après avoir passé la nuit dans un bâtiment public pour se réchauffer, en vain, faute de ressources en hébergement.
Mme Marois n’est pas la seule à faire preuve de leadership dans ce dossier. Durant la campagne électorale, le président du conseil d’administration de Cogeco et de la Mission Old Brewery, Louis Audet, a exhorté le gouvernement à adopter une loi obligeant les villes à loger et à soigner les sans-abri, tout en forçant du même souffle Québec à éponger les frais. La construction de logements est la clef de voûte de cette stratégie, qui a porté des fruits dans d’autres pays dans le monde, et même dans certaines villes américaines, afin de faire reculer l’itinérance. En s’appuyant sur les plus récentes statistiques, qui font état de la présence d’au moins 5000 personnes en situation d’itinérance à Montréal, M. Audet évalue les coûts du projet à 1,2 milliard de dollars sur 10 ans.
Le nouveau premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, s’est démarqué de ses adversaires durant la campagne en affirmant qu’il prendrait la responsabilité de la lutte contre l’itinérance une fois élu. Il a tenu parole et il s’est activé rapidement pour débloquer vendredi des sommes ponctuelles de 28 millions de dollars (dont 18 millions pour Montréal). L’aide permettra de surmonter les défis de l’hiver et des grands froids à venir dans le respect de la dignité humaine.
Cette mesure a été saluée par la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, mais il reste encore beaucoup à faire, entre autres pour aplanir les contraintes et les exigences légales qui freinent les mises en chantier. Il y a environ un an, trois promoteurs (le Groupe Mach, Cogir et Devimco) ont proposé de construire 2500 logements sur des terrains appartenant à la Ville de Montréal sans faire une prise de profit. Un premier projet de 425 logements est sur le point de voir le jour dans le Sud-Ouest dans le cadre de cette initiative qui a reçu un accueil largement favorable. Des allégements réglementaires stimuleront sans doute des projets semblables dans un futur rapproché.
La nouvelle ministre responsable de l’Habitation, Elsie Lefebvre, a indiqué au micro de Patrick Lagacé, au 98,5 FM, qu’elle a l’intention de réduire la bureaucratie et d’alléger le Code du bâtiment pour encourager davantage la construction de logements toutes catégories. Cet allégement est souhaitable, mais il est indissociable d’une meilleure coordination des ministères, organismes provinciaux et municipaux, villes, arrondissements, promoteurs et ressources de prise en charge de l’itinérance.
Le premier ministre St-Pierre Plamondon n’aura pas l’énergie et la disponibilité requise pour assurer la dimension opérationnelle de cet effort de coordination. Le leadership et l’intérêt qu’il manifeste sur la question de l’itinérance sont des signes encourageants. Il aura aussi besoin d’une personnalité politique capable de rallier les forces vives sur le terrain. En prenant l’initiative de tenir un Sommet national sur l’itinérance (avec l’appui de Marguerite Blais, Michelle Courchesne, Françoise David et Véronique Hivon), Pauline Marois a démontré que ce rôle de rassembleuse lui revient d’office.
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