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Sunday, November 1, 2026

Entre les États-Unis et l'Iran, «le ton a changé», estime le chercheur Thierry Coville

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Troisième journée consécutive de pourparlers à Doha entre médiateurs qatariens et négociateurs iraniens. Vont-ils permettre d'asseoir de nouveau Washington et Téhéran à la table des négociations ? Alors que le président Donald Trump a menacé une nouvelle fois d'intensifier ses frappes sur l'Iran, le chef de la sécurité iranienne a annoncé avoir reçu une lettre de la part du vice-président J.D. Vance. Un signe que le dialogue s'avance ? Analyse de Thierry Coville, spécialiste de l'Iran à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris.

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RFI : Est-ce que vous sentez que les choses s'accélèrent en termes de rhétorique et de négociations concernant la guerre des États-Unis contre l'Iran ?

Thierry Coville : Oui, on sent qu'il se passe quelque chose. D'un autre côté, ce n'est pas non plus nouveau, on savait qu'il y avait des efforts de négociation, notamment par l'intermédiaire du Qatar. Là, ce qui semble quand même nouveau, enfin un peu nouveau, c'est qu'on a des déclarations, on va dire « positives » des deux côtés à la fois. Donc, Donald Trump, si j'ai bien compris – comme il change rapidement d'avis – pense que les négociations vont bien. Et puis j'ai entendu une déclaration de Mohsen Rezaï, qui est le secrétaire général du Conseil de sécurité nationale, qui a dit que le ton, dans la lettre de Vance qui a été envoyée aux Iraniens, a changé, donc ce n'est pas anodin pour lui. C'est plutôt un dur, ce n'est pas anodin s'il dit ça. Donc on sent bien que le ton a changé entre les deux pays. Ce qui ne veut pas dire que tout est réglé parce que le niveau de méfiance est tel entre les deux pays qu'il y a encore beaucoup d'obstacles à franchir.

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Qu'indique justement cette lettre du vice-président Vance ? Peut-elle être interprétée comme une main tendue ?

Oui, il y a plusieurs éléments qui ont été bien notés par les Iraniens. Les Iraniens savent bien que le vice-président Vance est l'un des rares qui est quand même presque officiellement contre l'affrontement entre l'Iran et les États-Unis. Il était quand même chargé des négociations au Pakistan. Quand il y a eu un premier tour de négociation, il a également négocié, je crois, à Genève, avec les Iraniens une fois que le protocole d'accord a été signé. Donc, les Iraniens le tiennent pour quelqu'un qui est quand même favorable à une négociation avec l'Iran. Je crois que le contenu n'est pas très important parce que j'ai compris qu'il propose que les États-Unis envoient des produits, des médicaments en échange du fait que les Iraniens abordent la question du nucléaire. Je pense que ce n'est pas forcément ça qui va attirer les Iraniens pour les négociations.

Ce qui est quand même important, c'est la déclaration de Mohsen Rezaï qui dit que le ton a changé. Donc, quand on voit quand même que Trump n'arrêtait pas de menacer l'Iran ces derniers temps, là, tout d'un coup, il y a une lettre qui vient du vice-président américain avec un ton plutôt conciliant. Donc, je pense que c'est important.

De toute façon, on sait très bien que les éléments de l'accord, ils sont sur la table. Ce qui compte, c'est vraiment qui commence quoi, dans ce qu'on appelle la séquence des événements. C'est ça qui pose problème. Compte tenu de la méfiance énorme qu'il y a entre les deux pays, les Iraniens ne veulent absolument pas tout donner tout de suite. Ils attendent de voir ce que vont donner les Américains. Donc, ce n'est pas anodin que le ton change entre les deux pays.

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Ce double discours semble récurrent…

Le degré de méfiance des Iraniens vis-à-vis de Trump, vis-à-vis des Américains, est gigantesque. On entend souvent en Iran que de toute façon, on se prépare à la guerre, point à la ligne. Donc, il y a un énorme degré de méfiance. Ils sont quand même face à un président qui – ils le savent bien, ils ne vont pas commettre plusieurs fois la même erreur – sort de l'accord sur le nucléaire qu'ils respectaient en mai 2018 et qui leur enfonce un couteau dans le dos, qui les attaque avec Israël alors qu'ils sont deux fois en train de négocier et qui assassine, lors du dernier conflit, le guide iranien. Donc, il y a un énorme degré de méfiance et je pense que les Iraniens ont bien compris, d'après ce que j'entends du côté iranien, que quand il a signé le protocole d'accord en juin avec l'Iran, il a dû faire face à d'énormes critiques, notamment du camp républicain. Là, on voit très bien qu'il est en train de dire "bon, on négocie avec l'Iran", mais il veut montrer qu'il reste sur ses gardes et qu'il est toujours agressif vis-à-vis de l'Iran. Cela, les Iraniens l'ont bien décrypté. Donc, je pense que les Iraniens commencent à bien le connaître.

D'après la déclaration de Mojtaba Khamenei, le nouveau guide, les Iraniens se préparent à un nouveau conflit. Dans ce cadre-là, effectivement, on a l'impression que quelque chose se passe parce que pour une fois, même si les Iraniens ont dit qu'ils n'étaient pas prêts à rencontrer directement les Américains, ils échangent des courriers directement, quasiment sans intermédiaire. Et je le répète, le radical Mohsen Rezaï, qui n'est pas connu pour faire des déclarations favorables aux Américains, dit que le ton de la lettre a changé. Donc, est-ce que du côté iranien ils ne sont pas en train de préparer aussi les esprits au fait qu'il y a peut-être quelque chose qui est en train d'être négocié entre les deux pays ?

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