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Tuesday, November 3, 2026

Enfoui sous les boues du Nil depuis 2 600 ans, cet édifice égyptien révèle un savoir-faire étonnant des bâtisseurs de l’Antiquité

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Le delta du Nil est une région majeure dans l'histoire des civilisations. Ces plaines fertiles ont en effet accueilli très tôt des communautés humaines, dont certaines ont participé au développement des sociétés complexes de l'Égypte ancienne, avant l'émergence de la civilisation pharaonique. S'il s'agit donc d'un terrain privilégié pour l'archéologie, l'accumulation des alluvions du Nil et les déplacements successifs des bras du fleuve ont enfoui certains sites d'occupation sous d'épaisses couches de boue, rendant la prospection des niveaux les plus anciens très compliquée.

L’apport des méthodes géophysiques à l’archéologie

De plus, ces sites ont généralement été occupés régulièrement au cours du temps, chaque nouvelle communauté construisant ses édifices au-dessus des précédents. Ces sites « multi-couches » sont donc d'autant plus difficiles à étudier. Dans ce contexte, la prospection géophysique s'avère essentielle. Non invasive, elle permet, par divers moyens (méthodes sismiques, géoradar, tomographie de résistivité électrique, prospection magnétique...), de « sonder » le sous-sol et d'obtenir des cartes ou des coupes qui peuvent mettre en évidence les structures enfouies.

Identifier des sites archéologiques enfouis grâce au géomagnétisme

En archéologie, la prospection de nouveaux sites peut s’avérer difficile compte tenu du fait que les vestiges sont souvent partiellement ou totalement enfouis. Comment, dans ce cas, évaluer rapidement l’intérêt et le potentiel archéologique ou l’étendue d’un site sans avoir recours à un laborieux travail de fouille ? Certaines méthodes géophysiques viennent désormais au secours des archéologues en permettant une investigation rapide et détaillée du sous-sol. C’est le cas de la méthode magnétique.... Lire la suite

Lorsque les anomalies détectées méritent d'être étudiées plus précisément, elles peuvent donner lieu à des fouilles archéologiques. Mais là encore, tout n'est pas évident. Des structures très différentes peuvent en effet produire une réponse géophysique similaire, et les interprétations sont donc souvent incertaines, voire multiples. D'un autre côté, réaliser des fouilles demande du temps et des moyens conséquents qui ne sont pas forcément disponibles, notamment pour atteindre les niveaux profonds.

Un empilement de vestiges difficilement accessibles

Ainsi, si les archéologues connaissent depuis longtemps le site de Buto (aussi appelé Tell el-Fara'in), dans le nord-ouest du delta du Nil, seuls les niveaux peu profonds ont pu jusqu'à présent faire l'objet de fouilles. Si les chercheurs ont ainsi identifié des restes de l'ère romaine (de 30 av. J.-C. à 395 apr. J.-C.) au-dessus de vestiges de la période de la dynastie ptolémaïque (de 305 à 30 av. J.-C.), les niveaux plus anciens restent encore largement inexplorés. Les archéologues supposent toutefois qu'une partie importante de l'histoire du site serait enfouie plus profondément.

Le site de Buto est déjà livré d'impressionnants vestiges. © Faris knight, Wikimedia Commons, domaine public

Pour étudier ce qui se trouve à la base de cet étrange monticule, appelé Kom C, qui marque la topographie du site de Buto, les chercheurs ont d'abord fait appel à l'imagerie radar par satellite. Celle-ci repose sur l'émission d'impulsions de micro-ondes par un satellite, puis sur la mesure des ondes réfléchies par la surface. L'analyse des signaux reçus permet de repérer de légères variations dans les propriétés de la surface, notamment son humidité et sa rugosité. Ces contrastes peuvent parfois révéler indirectement la présence de structures enfouies.

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Dans le cas de Kom C, l'analyse des images a ainsi fait apparaître une anomalie de forme ovale, de 128 mètres de long sur 62 mètres de large. Pour étudier plus précisément cette anomalie, les chercheurs ont ensuite réalisé une prospection par tomographie de résistivité électrique. Cette méthode consiste à faire circuler un courant électrique dans le sol, puis à mesurer la manière dont il se propage à travers les différents matériaux. Comme leur résistivité varie notamment en fonction de leur composition, de leur porosité et de leur teneur en eau, les mesures permettent de reconstituer une image du sous-sol et de repérer des structures enfouies.

Profil 2D de résistivité électrique aligné avec un mur de briques partiellement exposé. Les couleurs indiquent les variations de résistivité et donc potentiellement la présence de structures enfouies. © Abouarab et al., Acta Geophysica (2026), CC BY 4.0

D’étonnantes fondations qui révèlent le savoir-faire des bâtisseurs

Cette méthode a permis de mettre en évidence une véritable stratigraphie archéologique, avec plusieurs niveaux d'occupations superposés. Sous les vestiges des périodes ptolémaïque et romaine, les chercheurs ont identifié une grande construction datant de la XXVIe dynastie (688 à 525 av. J.-C.), située entre trois et six mètres de profondeur. Mais, c'est ce qui se trouve encore en dessous qui a le plus surpris les chercheurs : un épais niveau de sable, de toute évidence non associé aux sédiments du Nil. Pour les archéologues, ce niveau pourrait s'apparenter à une forme de fondation permettant de stabiliser la construction dans un contexte très argileux. Ce lit de sable aurait donc permis de répartir judicieusement le poids de la construction, de faciliter l'évacuation de l'eau souterraine et de limiter les déformations et les mouvements de l'argile.

Cette découverte, relayée dans la revue Acta Geophysica, témoigne de la maîtrise des contraintes géotechniques par les bâtisseurs de la période saïte, il y a plus de 2 500 ans !

Profil géologique du site de Buto. Le niveau de sable ayant servi de fondation est présenté en jaune. © Abouarab et al., Acta Geophysica (2026), CC BY 4.0

Pour valider cette interprétation, les archéologues ont réalisé un sondage, qui a révélé la présence d'épais murs en briques crues reposant bien sur une couche de sable. Des indices découverts à proximité laissent penser que la construction enfouie pourrait être une tombe ou un édifice religieux de la période saïte. Mais sa fonction exacte reste encore très mystérieuse et nécessitera de nouvelles investigations.

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