Manifestations en France : grosse journée de contestation sociale à travers tout le pays, brèves tensions et dégradations à Paris

La CGT a recensé jeudi à 13h00 "plus de 250.000 manifestants" dans 73 villes, dans le cadre de la journée de mobilisation à l’appel des syndicats pour les salaires, prévenant le gouvernement que seule une "réponse" aux revendications arrêterait la mobilisation. Le décompte de 250.000 manifestants "n’est qu’un début", a assuré la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, avant le départ du cortège parisien. "Nous savons d’ores et déjà que cette journée (du 5 novembre) sera un succès et que nous serons au-dessus des journées de manifestations précédentes", a-t-elle ajouté, estimant qu’un "nouveau cap" avait été franchi dans la mobilisation. "Ils ont tout essayé pour casser la mobilisation, ils ont essayé la répression, ils ont essayé les vacances, ils ont essayé les violences, ils n’ont pas réussi". Pour Sophie Binet, "le message est 'Rien ne nous arrêtera, la seule chose qui fera cesser la mobilisation est la réponse aux revendications'" et "plus vous attendez, plus la facture s’élèvera". Son homologue de la CFDT, Marylise Léon, a indiqué avoir "de très bonnes remontées" des manifestations du matin, décrivant une mobilisation "massive". "Pour la CFDT, il faut une impulsion, c’est l’augmentation du Smic et il faut des négociations ensuite. Une négociation, ça ne demande pas toujours trois plombes. On peut tout à fait négocier en un mois, quelques semaines, et avoir des vraies revalorisations et un vrai respect du travail", a insisté Marilyse Léon. Dans plusieurs villes dont les cortèges sont partis le matin, les manifestants étaient plus nombreux que lors d’autres manifestations des dernières semaines, selon le décompte des autorités.
"Urgence sociale, urgence climatique" ou encore "Hôpital en danger". A Perpignan, 3500 manifestants, selon la police, 6000 selon la CGT se sont rassemblés en matinée. Clermont-Ferrand recense sa plus forte mobilisation de l’automne (5200 personnes selon la préfecture). "Ça fait trois semaines qu’on se mobilise et c’est complètement stérile, il n’y a aucune prise de conscience de ce qui se passe, on voit juste les casseurs et des poubelles qui brûlent", déplore Raphaël, agriculteur de 50 ans, venu manifester avec ses enfants à Bayonne. Il n’a pas souhaité donner son nom de famille comme la plupart des personnes interrogées jeudi.
Tandis qu’à Lyon des tensions sont apparues en tête de cortège, à Marseille, Léa, 31 ans, "en a ras-le-bol de compter son argent". "Ce mouvement social donne espoir, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu ça", estime l’assistante sociale.
Ce premier appel depuis la rentrée à rassembler secteur public et privé voit se rallier lycéens et étudiants (avec des tentatives de blocages comme à Strasbourg, Marseille ou Bordeaux), les gilets jaunes (qui ont relancé les protestations contre la vie chère depuis trois samedis) mais aussi, entre autres, les agriculteurs de la Confédération paysanne. A Vincennes, en banlieue parisienne, l’accès au lycée Alice Milliat a été bloqué dès l’aube par des poubelles amassées par une cinquantaine d’élèves. "Même nous, alors qu’on est un des lycées les plus favorisés de la région, on n’a pas d’infirmière", souligne Aglaé, 16 ans, en première. Dans le cœur de Paris, des dizaines de lycéens se sont massés rue de Rivoli, faisant face à un important dispositif policier. Catherine, 61 ans, professeure d’histoire-géo est présente depuis le petit matin avec une dizaine de professeurs pour "veiller à ce que (les lycéens) soient le plus en sécurité possible".
Près d’un millier de lycées sont bloqués ou fermés administrativement, selon le Snes-FSU, principal syndicat du second degré, quand Matignon n’en décompte que 81 sur les 3700 du pays. Près de 16% des enseignants sont en grève, dénombre le ministère de l’Education. Dans l’Enseignement supérieur, 33% des établissements sont "perturbés" selon le ministère, soit 60 sur 184. L’Union étudiante recense, elle, "90%" des quelque 70 universités de France "mobilisées", c’est-à-dire bloquées ou fermées.
"On a envie de dire qu’on veut vivre dignement de notre travail", a plaidé sur RMC-BFM TV Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, un message lancé tant à l’Etat qu’aux employeurs. Les autorités attendent 500.000 à 700.000 personnes hors de Paris et 40.000 à 80.000 personnes dans la capitale. Mercredi soir, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé mobiliser 70.000 policiers et gendarmes, promettant "une réponse d’une extrême fermeté" aux éventuels "débordements". "Ce n’est pas avec des mesures sécuritaires qu’on va mettre fin aux manifestations, c’est en répondant aux revendications", a critiqué sur LCI Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, évoquant 260 manifestations prévues. Si à Angoulême aucun bus ne circule, dans les transports franciliens, les perturbations restaient limitées. A la gare Montparnasse de Paris, Jeanne, psychologue qui ne souhaite pas donner son nom de famille, attendra quatre heures avant d’arriver à Tours mais se montre compréhensive : "C’est pénible de se lever tôt, d’attendre, et de voir son train annulé, mais c’est normal qu’il y ait grève, il faut qu’il y ait grève".
Les syndicats demandent une revalorisation du Smic, qui n’a pas connu de coup de pouce depuis 2012, une augmentation de l’ensemble des salaires, davantage de justice fiscale, une préservation des services publics, et toujours de meilleures conditions d’études pour les jeunes. Le ministre des Relations avec le Parlement Laurent Panifous a évoqué sur franceinfo l’annonce " probablement demain" (vendredi) d’une "mesure sur le Smic". "Augmenter les charges ou augmenter les salaires, il faut choisir !", ont prévenu, dans une tribune publiée dans les Echos, les fédérations patronales, alors que le projet de budget 2027 a été rejeté mercredi par l’Assemblée nationale.
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