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Friday, October 2, 2026

Le contre-exemple albertain

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Mark Carney semble en voie de réussir à apaiser le séparatisme albertain, au fort cher coût de compromissions climatiques successives et d’une réécriture perpétuelle de ses politiques publiques. Le premier ministre s’apprête maintenant à devoir composer à la fois avec un second flanc indépendantiste, si le Parti québécois est élu lundi soir, comme le prédisent jusqu’ici les sondages. Auquel cas ses contorsions de pacification dans l’Ouest risquent rapidement de le rattraper, lui ayant lié les mains dans l’Est.

Ce prélude référendaire albertain, tout comme celui qui se dessine au Québec, est accueilli pour l’heure avec une discrétion fédérale la plus totale. Pas de grands rassemblements ni de grands discours. Tout au plus quelques figures conservatrices (mais toujours pas l’ex-premier ministre Stephen Harper) implorent-elles leurs concitoyens des Prairies de ne pas reconduire la consultation sur l’indépendance qui s’y tiendra dans moins de trois semaines.

Les libéraux fédéraux, pour leur part, préfèrent se raccrocher, dans les deux cas, à la timidité de l’appui à la souveraineté — à peine 23 % des Albertains souhaiteraient voter le 19 octobre pour que la province entame « un processus juridique et contraignant » sur la question, selon la sondeuse Janet Brown, soit encore moins que les 30 % d’appui à l’indépendance du Québec. Quoiqu’une certaine curiosité séparatiste inquiète dans l’Ouest — jusqu’à 42 % songeraient néanmoins à voter oui, ne serait-ce que pour « envoyer un message » à Ottawa, a révélé un sondage Pollara.

Or, bien que les paroles de Mark Carney aient été succinctes, ses gestes sont éloquents. Après l’abandon du plafond d’émissions prévu pour les secteurs pétrolier et gazier et de la tarification carbone des consommateurs, de même que l’allégement de l’évaluation environnementale tous grands projets confondus, le premier ministre vient de confirmer l’approbation et la construction accélérées de l’oléoduc Pacific Link vers la côte ouest. L’achèvement de son « grand compromis » avec l’Alberta — ou de son grand repli… Le tout pour apaiser non pas un gouvernement indépendantiste démocratique, mais un groupe néanmoins minoritaire de citoyens en colère qui canalise des décennies de sentiment d’aliénation.

Qu’en sera-t-il, le moment venu, face aux demandes d’un gouvernement québécois péquiste et résolument souverainiste ? Dont le chef, Paul St-Pierre Plamondon, aurait de surcroît été élu en s’enorgueillissant d’être le plus à même de lui tenir tête ? Que Mark Carney se le tienne pour dit : le Parti québécois aura pris bonne note de ses contorsions politiques, jusqu’à présent à sens unique, lorsqu’il contestera la teneur de la réplique tarifaire canadienne à Donald Trump ou qu’il réclamera à son tour une hausse des transferts en santé ou davantage de pouvoirs en immigration. Et les Québécois aussi.

Il y a fort à parier que le « fédéralisme coopératif » dont se targue le premier ministre canadien se heurtera soudainement aux gestes de rupture d’un Paul St-Pierre Plamondon qui s’affairera, en attendant son référendum de fin de mandat, à mettre en lumière ces points de friction. L’offensive est d’ailleurs déjà commencée, le chef péquiste ayant illico vilipendé l’éventualité à peine évoquée au New York Times d’une « hausse contrôlée » de l’immigration temporaire et se hâtant par ailleurs de préparer une cavale constitutionnelle de la toute première heure contre la monarchie.

Ainsi piqué au vif, Mark Carney exhibera-t-il la même attitude conciliante que celle qu’il affiche inlassablement envers l’Alberta ? Ou persistera-t-il à faire la sourde oreille au Québec (sauf pour la défense de la gestion de l’offre et de la culture québécoise, invoquée pour claquer la porte à Donald Trump) et à multiplier les prises de décision sans préavis ? Poser la question permet de présager la réponse.

Car le premier ministre fédéral, empressé à se prémunir contre les menaces trumpiennes, a été clair : il préfère avancer avec ceux qui sont d’accord plutôt que de s’efforcer de persuader ceux qui s’opposent.

Le Parti libéral du Canada a beau supplanter le Parti québécois dans les sondages (44 % d’appui au Québec, contre 30 %), présumer que PSPP — dont le gouvernement serait possiblement majoritaire, lui aussi — tempérera pour autant ses revendications pour le Québec serait pour le moins téméraire. D’autant que les terrains d’entente que s’activent à chercher les libéraux fédéraux dans le Livre bleu du Parti québécois seront limités.

Qu’il le veuille ou non, Mark Carney a donné le ton de sa réplique référendaire en Alberta dans la dernière année. Et toute disparité, dans le cas du Québec, sera immanquablement remarquée. Au premier chef par Paul St-Pierre Plamondon, qui n’attend déjà que ça.

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